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lundi 31 octobre 2016

(B)reinedead

(on remarquera que cette chronique, après tant de mois de rien, sort pile pour Halloween... si ça c'est pas de la coïncidence ! )

[Pause-lecture] Victoria, Reine et tueuse de Démons, de A. E. Moorat (Queen Victoria : Demon Hunter, 2009) 


Londres, 1838. 
La Reine Victoria est couronnée : elle reçoit l'orbe, le sceptre, et un arsenal d'armes destiné à pourfendre les démons ! Car au palais de Kensington, il y a de nombreux domestiques pour les tâches les plus ingrates, mais il incombe au souverain d'éliminer les engeances des enfers...
Bienvenue dans l'ère victorienne !
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"À une heure avancée de la nuit, alors qu’il contemplait Perkins, son serviteur, en train de manger son chien, Quimby, l’air sombre, se mit à réfléchir aux événements inhabituels survenus dans la soirée. "

   Origine : Royaume-Uni
   Traduction : Carine Roulet (2011)
   Edition : Eclipse (2011)


Victoria. Tueuse. De. Démons. En costume de sacre, avec des armes trop classes et tout plein de têtes décapitées.

Shut up and take my money ! 

Comme beaucoup je suppose (peut-être même comme vous, qui sait ?), j'ai été fortement interpellé par le titre et la couverture lorsque je suis tombé un peu par hasard sur ce livre dans un étal de bouquiniste, alors que j'étais simplement venu à la base pour .... et allez, voilà qu'il nous raconte encore sa vie ... bref, difficile de ne pas étre titillé par un visuel pareil, d'autant que de manière générale, le concept de fantasy/fantastique historique (ce n'est pas tout à fait ça, mais vous saisissez l'idée) m'intéresse énormément. D'autant plus que la thématique zombies/démons impliquait un ton décalé série B assumé, donc une bonne petite lecture décomplexée et pas prise de tête, peut-être même fendarde, bref un machin à des lieues de mes lectures habituelles, en perspective. 
Et en fin de compte, même si c'était un poil différent et en deçà de mes attentes, c'est bel et bien ce que j'ai eu. n'est-ce pas Les Mystères de Saint-Petersbourg (non, je n'arrêterai pas avec celui-ci)

Oui, je spouale la fin de ma chronique dès le début. Oui, je le sais. Oui, je m'en fous. C'est chez moi ici, je fais ce que je veux. Au moins, comme ça, pas de malentendus entre nous, et puis si jamais ça vous saoule, ça vous permet d'arrêter la lecture à tout moment, et ce en commençant tout de même dans les grandes lignes le verdict final. C'est plus pratique comme ça, non ? 

Bon, maintenant que ce mystère a été éclairci, je pense que nous pouvons revenir à des choses plus triviales. 

La couverture reprend ce tableau bien
connu de la reine en costume de sacre
Comme vous avez pu vous en douter au vu du titre, de la couverture, et du petit résumé, le roman met donc en scène cette bonne vieille Victoria (enfin, jeune dans le cas présent) à peine couronnée, et déjà bien occupée...  À l'époque où Elizabeth Bennett poutrait du zombie grâce à ses skills de ninja, et bien avant qu'Abraham Lincoln ne se mette à la chasse aux vampires, la jeune reine avait elle aussi bien des ennuis dans son royaume avec les forces des ténèbres... car ce ne sont rien de moins que des démons venus tout droit des Enfers, qu'elle doit affronter ! Un sombre complot s'ourdit en effet en plein coeur de l'Angleterre, visant à placer les descendants de Baal sur le trône ...
C'est ainsi l'occasion de revisiter les première années de l'ère victorienne sous un angle un peu inédit - et tellement jouissif ! Les lycanthropes déguisés en valets - perruqués et poudrés, s'il vous plaît ! - les prostituées et parlementaires zombies, les armées de petits ramoneurs possédés, se mêlent joyeusement - le plus souvent avec force et fracas - aux grandes figures de l'époque que l'on est amené à croiser au fil des chapitres. De ce côté là, le mélange fonctionne parfaitement, d'autant qu'il est fait avec suffisamment de décalage et de dérision, mais toujours maîtrisé, pour éviter de somber dans le gros n'importe quoi, ou au contraire dans le "trop au sérieux". Et ça, mine de rien, c'est un très bon point. 

J'ai pourtant eu un peu peur au début de ce côté-là, je vous l'avoue, car à un moment, les chapitres de Victoria s'orientaient un peu trop vers son amourette sa relation avec le Prince Albert, et très honnêtement ... Je n'en avais pas grand-chose à faire. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose - d'autant que ça représente une part très importante et de la vie de la reine, et de l'intrigue - mais ça empiète à mes yeux un peu trop sur l'aspect guerre contre les démons, côté Victoria. Et puis du coup, elle ne commence à véritablement poutrer du démon que vers la moitié-les deux tiers de l'histoire. Petite déception de ce côté-là, car pour une oeuvre qui s'appelle "Victoria, tueuse de démons", la Victoria, elle n'en chasse pas tellement au final.

Le dieu-démon Baal, dont les descendants
cherchent à asseoir leur domination sur le monde ...
Fort heureusement, il y a Quimby. Le seul, l'unique, le grand Quimby. Qui à lui tout seul représente environ les deux tiers du fun de l'histoire. Pour faire simple, disons que c'est une espèce de noble pervers, légèrement malhonnête sur les bords, et plutôt porté sur la nécromancie... Il forme avec son serviteur Perkins, tout aussi dépravé que le maître - et accessoirement changé en zombie suite à un malheureux concours de circonstances - un drôle de duo auquel j'ai curieusement fini par m'attacher à la suite de toutes ces mésaventures à base de chantage zombies, possédés, et rats sauvages dans lesquelles ils se retrouvent embarqués... Le contraste très amusant entre le caractère immoral des deux hommes et leur attitude exagérément guindée propre à la haute société a dû également beaucoup jouer sur ce ressenti. J'ai été surpris tout de même de voir qu'ils étaient aussi présents, mais leur présence permet d'alléger grandement le ton du récit, en apportant beaucoup d'humour au récit. Bon, pas toujours très fin hélas, ça tourne souvent autour de la ceinture, avant comme arrière, si vous voyez ce que je veux dire ... *clind'oeilclind'oeil* (bons dieux que je suis ridicule...)

Par ailleurs, les autres personnages tiennent bien la route, entre la badass Maggie Brown, mentor et protectrice de la reine, le bienveillant et attachant Lord Melbourne, Premier Ministre du Royaume, et le détestable sir John Conroy, odieux manipulateur de l'ombre ... L'intrigue offre de nombreux rebondissements, et nous entraîne dans une aventure haute en couleurs, nous faisant visiter les Palais de Kensington et Buckingham, les fameux clubs de gentlemen de Londres, la Chambre des Lords, les bas-fonds de la ville, sans oublier bien sûr, détour obligé par les asiles glauques de l'époque... Le tout avec moultes scènes d'action, bien riches en hémoglobine, des combats effrennés contre des hordes de revenants ou de lycanthropes, des duels à l'arc, à l'épée, ou encore à l'aide d'armes plus... inédites... Bref, les décors et situations sont assez variés, nous offrant un bel aperçu du Londres de l'époque victorienne, mais version histoire d'horreur-série B... 
Sinon, rien d'exceptionnel dans la plume et la narration, mais le tout est suffisamment maîtrisé pour que ça se lise facilement et rapidement, sans prise de tête, en gardant un bon rythme du début à la fin. Peut-être un peu trop survolé par moments: quelques descriptions, et développements supplémentaires n'auraient pas été de trop, notamment du côté de Victoria et des démons, pour pousser le concept un peu plus loin, d'autant que certains éléments restent encore en suspens à la fin ... 


Bref, un bon petit roman d'horreur historique au ton décalé un peu série B parfaitement assumé, qui offre sans prétention ce qu'il promet, avec un concept qui méritait toutefois d'être poussé un peu plus loin. La partie romantique côté Victoria empiète malheureusement un peu trop sur d'autres développements, et l'humour souvent coïto-scato est loin d'être toujours très fin; cependant rien qui vienne gâcher outre mesure la lecture. Rien d'inoubliable dans ce "Victoria, reine et tueuse de démons" finalement, mais ça reste très plaisant , jouissif même, comme défouloir littéraire, pour passer le temps entre deux lectures moins légères. 

Victoria se doutait-elle que, quelques décennies plus tard, une nouvelle catastrophe s'abattrait sur son royaume ?
(The new adventures of Queen Victoria, par Pab Sungenis - allez voir, c'est rigolo.)

jeudi 3 septembre 2015

La revanche littéraire de la Brigade SOS!

[Pause lecture] Haruhi Suzumiya, tome 1: La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, de Nagaru Tanigawa



Ça ne surprendra pas grand-monde: comme beaucoup de gens, j'ai découvert l'univers de Haruhi Suzumiya par le biais de l'excellent anime de Kyoani. Une fois visionnés les 28 épisodes, le film, et les spin-off humoristiques, et attendant une suite qui ne venait pas, j'ai eu un sentiment de manque, l'impression que ce monde, ses possibilités, cette histoire n'avaient pas encore été exploités complètement, qu'il restait des pistes à explorer - et pour cause, puisqu'à peine la moitié du support original a été adaptée! Etant résolument attaché à cet univers, j'ai donc pris la décision de retourner à la source originelle: la série de light novels.
Je ne reviendrai pas sur la polémique autour de l'édition française et de la communication qui a été faite par Hachette; si ça vous intéresse, sachez que d'autres plus informés l'auront fait mieux que moi. Toujours est-il que le fait que seul l'un des tomes ait été traduit et distribué en France m'avait longtemps rebuté, mais en constatant récemment que mon niveau en anglais n'était finalement pas si mauvais qu'on voulait me le faire croire, j'ai fini par me dire que je pouvais tout à fait inaugurer la série dans la langue de Molière, avant de la poursuivre dans celle des Monty Pythons! Et donc enfin, après plusieurs années d'attente: La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, de Nagaru Tanigawa.


La couverture japonaise du roman. Devinez un peu
qui est la miss à l'air fier d'elle qui apparaît dessus?
Pour les non-connaisseurs, ce premier tome nous introduit le personnage de Kyon, un jeune et fringant lycéen un peu grincheux sur les bords (vous comprendrez donc aisément que je n'ai jamais eu aucune difficulté à le trouver sympathique) qui sera notre narrateur. Des circonstances qu'il préfèrerait oublier l'amènent à se rapprocher de Haruhi Suzumiya, la "fille bizarre" de la classe - et même du lycée tout entier à vrai dire - laquelle, rejettant toute forme d'intérêts pour les humains "normaux", traque les voyageurs temporels, enquête sur les pouvoirs paranormaux, et passe ses temps de pause à tenter de communiquer avec les extra-terrestres. Bref, une fille pas banale, et qui de surcroît, s'ennuie. 
S'ennuie même tellement, qu'après avoir écumé sans succès tous les clubs du lycée, elle finit par embarquer Kyon pour qu'ils créent leur propre club: la Brigade SOS. Le programme d'Haruhi est simple: partir à la recherche d'extra-terrestres, d'espers ou de voyageurs du futur, ou de tout phénomène surnaturel. Rapidement, se joignent à eux - de gré ou de force - trois étudiants: Yuki Nagato, Mikuru Asahina et Itsuki Koizumi. La petite équipe ainsi montée peut rapidement, sous la direction d'Haruhi, partir à la recherche des mystères de ce monde... mais il se pourrait bien que le but de sa quête se trouve finalement plus proche d'elle que la jeune fille ne le pense... et surtout, il est fort possible qu'elle soit plus importante encore qu'elle ne l'imagine. Autant dire que cette nouvelle vie n'est pas de tout repos pour Kyon, puisqu'il se verra le premier confronté à tous ces étranges événements!

La première chose qui m'a surpris avec ce roman, c'a été de constater à quel point son adaptation animée lui était fidèle. Le début de l'histoire garde le même esprit, le même rythme et la même narration, et il n'y a pas d'ajout ou de réelle différence dans son déroulement d'un support à l'autre. Avant de poursuivre, il faut bien que je vous le dise: le premier arc de l'anime, dans lequel Haruhi assistée de Kyon crée la brigade, puis recrute tous les membres, avant que l'on apprenne finalement un par un qui ils sont réellement, est loin d'être ma partie préférée. Manque de bol, tout ça, c'est dans le premier roman. Et je vous avouerai que je craignais du coup un peu de m'ennuyer pendant la suite de ma lecture, d'autant que sans apport supplémentaire, je pensais qu'un maudit sentiment de déjà-vu finirait rapidement par m'assaillir.

Qu'est-ce que je me suis gouré, les cocos!

J'en suis moi-même le premier surpris, j'ai a-do-ré lire La Mélancolie de Haruhi Suzumiya. Tanigawa a réussi à me faire aimer ce début d'aventure que je pensais ennuyeux. Et le pire, c'est que je ne sais même pas vraiment pourquoi, puisqu'il s'y passe exactement la même chose que dans l'anime! Sans doute que l'écriture de Tanigawa, couplée à une excellente traduction française, ne doit pas y être pour rien: la lecture est très fluide et facile, et la narration à la première personne par Kyon, toujours bourrée de sarcasme, de second degré et de réflexions plus ou moins psychologiques et philosophiques, donne son ton particulier et inoubliable au récit. Par ailleurs les événements s'enchaînent de façon rythmée, sans aucune longueur, ce qui les rend vraiment agréable à suivre. J'ai donc au final eu beaucoup de plaisir à re-découvrir les débuts de la Brigade SOS sous un oeil nouveau, et si je n'aurais pas regretté la présence de quelques éléments supplémentaires par rapport à l'anime à me mettre sous la dent, je pense que ceux-ci ne se seraient au final pas avérés nécessaires. D'autant plus que je me régalerai avec la suite, que je compte bien acquérir en anglais sous peu, afin de savoir quelles nouvelles péripéties attendent notre jolie brochette de héros! 


La Brigade SOS au complet! Les illustrations sont malheureusement absentes de l'édition française...

Le mot de la fin


Je ne dirai qu'une chose: si une histoire originale, plus profonde et complexe qu'elle n'en a l'air mêlant comédie lycéenne japonaise, science-fiction, humour, paranormal et réflexions philosophiques, narrée avec sarcasme et second degré, le tout écrit de manière fluide et rapide à lire, ou avec une réalisation irréprochable, et que les langues étrangères nécessaires pour connaître la suite ne vous font pas peur, n'hésitez pas! Foncez lire ou regarder La Mélancolie de Haruhi Suzumiya. Ou mieux: faites les deux! ;)


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dimanche 21 juin 2015

[Japanimation] Ayakashi - Japanese Horror Classic


Série d'animation réalisée par Tetsuo Imazawa, Hidehiko Kadota et Kenji Nakamura
Titre original: Ayakashi
( 怪 〜ayakashi〜 )
Origine: Japon
Studio Toei Animation
Année de production: 2006
11 épisodes de 25 minutes


Allez savoir pourquoi, si certaines oeuvres ont un titre bien défini en version originale, personne n'arrive à se décider sitôt qu'il s'agit de les nommer en dehors de leurs frontières. Un peu l'image du deuxième film Saint Seiya ( l'exemple le plus probant que j'ai pu trouver) qu'en français on appelle, au choix, L'ardent combat des Dieux, La Bataille des Dieux, La Guerre des Dieux, ou parfois plus simplement Asgard le film, et j'en passe et des meilleures. Notez tout de même qu'à chaque fois (excepté pour la dernière proposition) la même notion est conservée, celle d'une marave divine, car il s'agit tout simplement de divergences de traductions. Ce qui n'est pas le cas de l'oeuvre qui nous intéresse aujourd'hui, où là, pour le coup, chacune des propositions met en avant une idée différente. 

L'art de la digression


Le titre japonais était pourtant à la base simplement "Ayakashi", mais par volonté sans doute pour les petits occidentaux incultes que nous sommes de le distinguer d'autres oeuvres du même nom (ou parce qu'ils considèrent qu'on est trop c*ns pour se contenter d'un mot japonais auquel on ne pige rien) le titre de la série a été en versions anglaise et française rallongé étrangement. Ainsi, nous avons l'embarras du choix: Ayakashi - Japanese Classic Horror, Ayakashi - Samurai Horror Tales, Ayakashi: Le théâtre de l'horreur, Ayakashi - Le Petit théâtre de l'Horreur (oui, même pour une différence aussi minime, pas moyen de se mettre d'accord)... c'est la foire au marché du titre! Et si à première vue, tous peuvent paraître semblables, ils véhiculent en fait chacun une idée différente. "Japanese Classic Horror" met l'accent sur le fait qu'il s'agisse de classiques de l'horreur japonaise; "Samurai Horror Tales" insiste de son côté sur le côté "féérique" et "légendaire" de ces histoires, en utilisant la figure quasi-mythique du Samouraï pour le rattacher à ce Japon de légende (un peu comme on le ferait avec nos chevaliers, par exemple); quant au "théâtre de l'horreur", il rappelle le kabuki, une forme de théâtre traditionnel nippon, auquel les histoires racontées se rattachent - on peut aussi aller plus loin en dressant des parallèles et tissant des métaphores entre le théâtre, l'horreur et la mise en scène, mais je n'en ferai rien aujourd'hui.
Peut-être m'avance-je un peu trop, mais cette disparité me donne un peu l'impression que les traducteurs/adaptateurs ne savaient pas trop comment prendre la série, sous quel angle elle devait être visionnée, ce que je n'ai aucun mal à comprendre - peut-être que, si vous n'avez pas vu la série, mes lignes vous aideront à saisir pourquoi. Pourtant, on retrouve des idées communes dans ces titres: l'horreur est à chaque fois présente, ainsi que le fait d'avoir toujours gardé le titre original - ayakashi - au début. Ayakashi, une espèce de mot bizarre utilisé pour définir un yokai comptant certainement quelques anguilles parmi ses ancêtres, mais aussi plus généralement un monstre, un esprit (chose à confirmer par un(e) japonophone de passage, ce serait cool). Et je trouve ça malin non seulement d'avoir gardé ce mot, mais en plus de l'avoir gardé tel quel. Non seulement, parce que, par son sens, il indique l'esprit fantasmagorique de la série, mais aussi parce qu'étant une notion indissociable du folklore japonais, il indique tout de suite dans quelle ambiance il va nous plonger.


Le vif du sujet


Amis amateurs de gore à la recherche de sensations fortes, laissez-moi vous dire que vous vous êtes visiblement gourés d'établissement. Là où l'horreur, telle qu'on l'entend aujourd'hui, exigerait de faire ressentir de la peur et de l'angoisse, à grand renfort de claustrophobie, de sang et de petites filles de gros monstres baveux, celle d'Ayakashi peut paraître un peu vieux jeu, ancrée dans la tradition du conte et du kabuki. Une horreur plus psychologique, portée sur la cruauté des sentiments humains, leurs désirs, leurs peurs et leurs vices incarnés en quelque sorte par les yokai. Il y avait quelque chose en fait qui m'a rappelé la tragédie shakespirienne - vous savez, celle où les malédictions pleuvent par paquet, où un membre du casting sur deux est fou, et où tout finit dans un bain de sang qui n'épargne généralement que le glandu qui arrive après la bataille pour récupérer la couronne et accessoirement constater que le tapis est foutu*. Le tout ancré jusqu'à la vase dans le folklore nippon. 
Ayakashi propose en effet trois histoires différentes, adaptations d'oeuvres pour les deux premières, ou histoire originale pour la troisième, mais toutes tournant autour de légendes et fantômes japonais.

[* Oui, c'est comme ça que je définis une tragédie shakespirienne-type. Il existe évidemment des exceptions, comme Roméo et Juliette où il n'y a pas de couronne à récupérer, ou Richard III, dans lequel ce n'est pas le tapis du salon, mais la pelouse qu'il faudra songer à remplacer.]


Arc I : Yotsuya Kaidan - réal. par Testuo Imazawa


Adaptation de la pièce de kabuki écrite par Tsuruya Nanboku en 1825, Yotsuya Kaidan nous conte la sombre histoire d'Oiwa, une jeune femme trahie par son époux Iemon, qui l'empoisonne et la pousse à la mort pour les beaux yeux d'une autre femme. Trompée et humiliée, Oiwa revient par la suite d'entre les morts pour assouvir sa vengeance. Trahisons, meurtres dans tous les coins, folie, cruauté, malédictions en tous genres...

Quand je parlais de "tragédie shakespearienne", c'est principalement à cette histoire que je pensais. C'est peut-être d'ailleurs inconsciemment cet aspect qui fait qu'elle m'a autant marqué, ajouté à son côté noir et glaucque. A vrai dire, je vous ai résumé très rapidement ce premier arc, mais niveau cruauté et rebondissements macabres, il est en réalité bien plus fourni que ce qu'il pourrait laisser supposer au premier abord. Il a pourtant quelque chose d'assez "à l'ancienne", aussi bien dans sa narration et sa mise en scène, que dans son animation et son chara-design... Pour tout vous dire, au début, je croyais même sincèrement avoir affaire à une série des années 90, c'est dire! Quelle n'a pas été ma surprise en découvrant que l'année de production était non pas 1992, mais 2006... Et pourtant, j'ai trouvé qu'il se dégageait un certain charme de cette animation un peu vieillote... En fait, je trouve même qu'elle sert parfaitement le propos: couplée au design particulier mais à mes yeux réussi des personnages, sa lenteur vient appuyer l'ambiance lourde et dérangeante qui se dégage de l'histoire. Un arc qui m'a donc marqué et que j'ai trouvé particulièrement réussi au niveau de son chara-design, son histoire, sa narration et l'ambiance lourde et glaucque qui s'en dégage, renforcée par une forme pourtant loin d'être au top techniquement.

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Arc II : Tenshu Monogatari - Hidehiko Kadota


Basé sur une nouvelle écrite par Kyoka Izumi en 1917 - qui deviendra par la suite une pièce de kabuki en 1951 - Tenshu Monogatari raconte l'histoire d'amour entre une princesse démone, Tomi, et un jeune fauconnier, Himekawa Zushonosuke (merci l'Internet!). La princesse Tomi est cependant à la tête du terrible château hanté d'Himeji, où elle vit avec ses soeurs démones en se repaissant des humains imprudents qui osent y pénétrer. Mais la rencontre entre Tomi et Zushonosuke va petit à petit faire évoluer cette situation, d'autant que le daimyo local voit d'un très mauvais oeil ce repaire de monstres qui l'importune plus qu'autre chose. Amour interdit, combats désespérés et êtres fabuleux sont au programme dans Tenshu Monogatari.

J'avoue avoir été plutôt surpris en constatant que cet arc avait été globalement préféré au premier, et pas qu'un peu. Pourtant, de mon point de vue, Tenshu Monogatari n'est pas au niveau de Yotsuya Kaidan. Premier point déjà: je ne suis pas très fan de la direction artistique. Certes, le chara-design est moins "daté", mais je lui trouve également beaucoup moins de charme, surtout en ce qui concerne les personnages masculins, assez laids, il faut bien le dire. Et puis, ces couleurs chatoyantes... Autant, dans l'arc suivant, elles conviennent parfaitement, autant ici, je ne les trouve pas forcément adaptées, il y a quelque chose qui sonne faux. Et puis cette animation... Là, pour le coup, malgré quelques scènes d'action plus réussies, elle plombe vraiment l'histoire. Ohlàlà, ces courses à cheval... Je n'en ai pas vu d'aussi raides depuis la Playstation première du nom... Et pour un arc qui en comporte autant, c'est vraiment dommage!

Mais le principal grief que je pourrais faire à l'encontre de Tenshu Monogatari concerne son récit. Non, je ne suis pas vraiment un grand fan des histoires d'amour. Ou plutôt, pour être vraiment exact, j'aime bien les romances, mais quand elles interviennent dans le contexte d'une autre histoire. Mais pourquoi pas, après tout; fondamentalement, je n'ai rien contre, juste que ça ne me passionne pas et qu'il en faut beaucoup pour me convaincre. Autant vous dire que d'emblée, Tenshu Monogatari ne partait pas vraiment gagnant. Et n'a pas fini gagnant non plus, en y réfléchissant.
Parce que, si j'ai apprécié le personnage de la Princesse Tomi, tiraillée entre ses origines, son rang, et sa curiosité envers les humains, je suis en revanche loin d'avoir porté dans mon coeur le jeune fauconnier. Assez rapidement, son caractère et son comportement me sont sortis par les yeux, et je me suis retrouvé du côté de la vieille Uba, à souhaiter qu'il se barre, se suicide, ou accepte de se faire manger par des fourmis en offrande aux kamis. Même leur supposée histoire d'amour sonnait creux, j'ai vraiment eu l'impression que le récit forçait les choses pour le bon déroulement de l'intrigue... mais non... Ce n'est pas comme ça que les sentiments fonctionnent... Et surtout, pas comme ça que vous réussirez à conserver mon intérêt. J'ai presque dû me forcer pour regarder les deux derniers épisodes!

Il y avait pourtant de bonnes idées, une histoire poétique sur le papier, quelques scènes plutôt jolies et réussies, certains passages mélancoliques, et même pour ce qui est du chara-design, les personnages féminins ont quelque chose d'assez gracieux. Et surtout, la bande-son est superbe (m'enfin, elle est commune à tout la série, pas uniquement à cet arc) et plonge tout de suite dans l'atmosphère mystico-fantastique étrange de la série. Mais à côté, tout cela est gâché par une romance assez plate à mon goût, des personnages peu intéressants, et une réalisation qui ne suit pas toujours. L'arc le moins bon des trois à mes yeux.

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Arc III : Bakeneko - Kenji Nakamura


Seule histoire vraiment originale du trio, Bakeneko présente un fantôme japonais très populaire - le... bakeneko. On y suit un étrange apothicaire, également exorciste, sur le lieu d'un mariage où la promise a été mystérieusement assassinée. Il s'avère bientôt qu'il s'agit de l'oeuvre du fameux bakeneko, revenu pour se venger. Chargé de son élimination, l'apothicaire ne peut toutefois le défaire sans connaître les raisons de sa haine. Il lui faut donc lever les mystères qui pèsent sur la Maison, afin de pouvoir vaincre son adversaire. Lourds secrets de famille, action idyllique et ambiance huis clos pour ce dernier arc visuellement atypique.

Sans aucun doute le plus intéressant des trois arcs en terme d'animation et de mise en scène, et peut-être mon préféré, même si Yotsuya Kaidan m'a davantage marqué. C'est une véritable extase visuelle, fourmillant de détails et de couleurs dans un style très marqué qui rappelle les estampes japonaises. On a également pas mal de bonnes trouvailles au niveau de la mise en scène qui viennent appuyer cette ambiance colorée un peu irréelle. J'ai également trouvé l'histoire et la narration très intelligentes, cette façon d'installer peu à peu le malaise dans ce huis clos, qui nous pousse finalement à vouloir en apprendre davantage sur les personnages, à savoir pourquoi on en est arrivé à cette situation. Et au final, là où dans Yotsuya Kaidan, dès le début, la couleur était annoncé, ici le masque de légèreté tombe de plus en plus au fur et à mesure des épisodes, pour révéler encore une fois la cruauté des sentiments humains. Oh, il y aurait tant à dire sur ce dernier arc, sur sa direction artistique, sur son ambiance, sur son héros, cet apothicaire si mystérieux et pourtant tellement charismatique... Toutefois, pour éviter de trop me répéter par la suite, je m'arrêterai ici. Car, peut-être le savez-vous déjà, mais le succès de cette dernière histoire fut tel qu'une autre série d'une douzaine d'épisodes reprenant le même personnage principal et se déroulant dans le même univers, a été produite. Cette série, Mononoke, je compte bien la regarder prochainement, et à ce moment-là, je vous en reparlerai plus en détail!


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Alors, en conclusion, Ayakashi, c'est à voir ou pas?


Hé bien, je dirais que si vous êtes féru de folklore et de légendes japonaises, vous pouvez tenter l'expérience. L'atmosphère est clairement un des points forts de la série, tous arcs inclus - oui, même le second que je n'ai pas aimé. Au niveau de la réalisation et de la direction artistique, c'est kif-kif bourricot, à vous de voir, en revanche la bande sonore est une vraie réussite. Après, gardez à l'esprit que chaque arc est totalement indépendant, donc si l'un ne vous branche pas trop, vous pouvez directement enchaîner avec le suivant sans être perdu - le dernier en revanche est incontournable, ne serait-ce que pour le côté expérimental de sa patte graphique et de sa mise en scène particulières.

Le mot inutile de la fin


Mais au final, Tonton Artalok, je n'ai toujours pas la réponse à ma question: horreur ou pas horreur?
Ne t'inquiète pas, cher petit lecteur perdu, je vais te répondre. C'est peut-être le titre qui t'a attiré vers cette série, avec l'éventuelle promesse de vivre une expérience gore et épeurante qui ferait passer Corpse Party pour un épisode des Bisounours**. Mais l'horreur d'Ayakashi n'est pas celle d'aujourd'hui, mais celle des origines, à base de folklore, de malédictions et de noirceur humaine, d'où provient la J-Horror actuelle. Ce n'est donc peut-être pas exactement ce que tu recherchais, cher petit lecteur, mais c'est aussi bien pour enrichir ta culture, tu ne crois pas? Allez, mes amitiés à toi, et que tes pas te guident vers de bonnes découvertes!

[** Après, tout dépend: si par exemple vous êtes comme moi, et que la perspective d'avoir à ne serait-ce qu'en supporter le générique constitue déjà en soi une expérience horrifique, inutile de dire que cette expression ne fonctionne pas.]


mercredi 3 juin 2015

L'appel de Cthulhu - rencontre avec le sombre tentaculaire...

L'Appel de Cthulhu, de H. P. Lovecraft


Deux textes essentiels du créateur de célèbre mythe de Cthulhu, qui a inspiré tant d'auteurs de littérature fantastique. L'Appel de Cthulhu: Au fond de l'océan, dans la cité maléfique de R'lyeh, l'infâme Cthulhu sommeille en attendant d'imposer so règne sur la Terre, tandis que ses disciples préparent son retour.La malédiction qui s'abattit sur Sarnath: Les créatures étranges qui peuplaient l'antique cité ont été massacrées par les nouveaux arrivants. Leur vengeance sera terrible.

  Infos complémentaires:
  Titres originaux: 
               The Call of Cthulhu (1926) 
               The Doom that Came to Sarnath (1919)  
  Origine: Etats-Unis 
  Traduction par Michel Marcheteau et Michel Savio (2013) 
  Edition: Pocket - Bilingue (2013) 
  160 pages  






Je connaissais déjà quelques écrits de Lovecraft, et si j'étais un peu familier avec tout ce qui entoure le mythe de Cthulhu et les Grands Anciens par le biais d'autres oeuvres, auteurs, voire même supports, je ne m'étais pourtant jamais vraiment intéressé au texte fondateur de la "légende": L'Appel de Cthulhu. A vrai dire, cela fait plus d'un an déjà que j'ai fait l'acquisition de ce livre, mais pour une raison que j'ai aujourd'hui totalement oubliée, je l'avais laissé de côté en pleine lecture, pour finalement le reprendre et le terminer il y a seulement deux petites semaines. Autant vous le dire tout de suite: si ce fut une lecture sympathique, je n'en garderai pas un souvenir impérissable.


L'Appel de Cthulhu (1926)


L'Appel de Cthulhu nous met en présence d'un jeune homme dont nous ignorons tout, qui fera office de narrateur. Suite au décès de son grand-oncle, il se retrouve en possession d'étranges documents, qui le mèneront sur la piste d'un culte dédié à un ancien dieu païen sur le point de renaître: l'infâme Cthulhu. Dans cette nouvelle, on suit l'investigation de ce jeune homme, celui-ci faisant le récit des documents et des témoignages qu'il rassemble, et la manière dont il les a obtenus. Si au début, il reste assez incrédule face à ce qu'il apprend, et qui reste assez abstrait, les preuves deviennent de plus en plus concrètes. Lovecraft parvient bien à instaurer cette atmosphère qui se fait de plus en plus pesante, étrange; cette "folie", comme le dit si bien le narrateur. Le récit m'a d'ailleurs fait penser plusieurs fois au Horla de Maupassant, non seulement par la narration sous forme de chronique, mais aussi cette ambiance particulière où l'horreur vient se mêler au réel jusqu'à ce qu'on ne parvienne plus à les discerner. L'écriture de Lovecraft se prête d'ailleurs tout à fait à cet exercice, elle réussit à se faire oppressante. A ce titre, je vous recommanderais plutôt une édition en V.O. ou, si vous n'êtes pas suffisamment familier avec la langue des Monthy Python, une édition bilingue - comme moi, quoi. La traduction française permet certes de profiter du texte dans sa globalité et de comprendre de quoi il ressort, mais elle n'a pas cette lourdeur qu'a le texte d'origine.

Personnellement, si je trouve ce texte très intéressant pour ce qu'il représente, à savoir la naissance du mythe de Cthulhu, je suis un peu plus mitigé en ce qui concerne ce qu'il est en lui-même. J'ai apprécié à ma façon l'ambiance pesante que Lovecraft cherchait à instaurer, ainsi que l'écriture qui en est le vecteur. Par ailleurs, j'ai trouvé très intelligente cette façon de ne décrire son "mythe" que par étapes, en passant progressivement de l'abstrait au concret, du rêve à l'horreur, et jamais complètement. Finalement, on devine plus qu'on ne voit, et c'est peut-être ce qui est le plus propice à l'imagination, qui elle, va amener l'horreur. Je trouve d'ailleurs que le format "chronique" - un aspect dont je suis par ailleurs très friand de manière générale - se prête parfaitement à ce type d'histoire. 
Cependant, j'ai vraiment eu du mal à me sentir impliqué dans ce récit. Sans évoquer le racisme ambiant, propre à la culture américaine de l'époque, le caractère du narrateur - du moins ce qu'on en perçoit: un poil hautain et prétentieux, et surtout trop sceptique - ne me l'a pas rendu très sympathique, ce qui a peut-être de fait rendu à mes yeux l'enquête moins passionnante. Par ailleurs, je ne suis pas un très grand fan de l'ambiance très "américaine du début XXe" qui se dégage du texte, sans pouvoir expliquer vraiment ce point. Et puis surtout, quel dommage que le soufflé retombe si vite! Une jolie sensation que Lovecraft n'a pas été jusqu'au bout de ce qu'il aurait pu faire, en somme.

A lire pour qui voudrait s'intéresser à Lovecraft et au mythe de Cthulhu, mais davantage pour ce qu'il représente que ce qu'il est vraiment. L'ambiance est là, la mythologie aussi, mais également la sensation d'un travail non abouti que Lovecraft n'aurait pas eu envie d'achever. Il paraît cependant que c'est un des moins bons de ce que l'auteur a écrit autour du mythe, je n'ai donc pas dit mon dernier mot, Howard Philips!

Si ce fanart monstrueux signé Richard Luong vous plaît,
je vous invite à visiter son blog ou sa superbe galerie DeviantArt!

La malédiction qui s'abattit sur Sarnath (1919)


En guise de dessert, un second texte de Lovecraft, plus ancien, vient accompagner L'Appel de Cthulhu - et je me demande encore ce qu'il fichait là. Non pas que la novella en elle fût mauvaise, mais j'ai eu du mal à y trouver de l'intérêt, d'autant qu'elle n'est en presque rien liée au mythe de Cthulhu, et ne dépasse même pas la douzaine de pages. A vrai dire, je pense que les éditeurs ont voulu montrer que Lovecraft n'était pas parti de rien pour inventer sa mythologie, mais dans ce cas, il aurait été à mes yeux plus judicieux soit de placer ce texte en premier, soit d'en joindre d'autres du même genre. Car si dans ce récit, la chute de Sarnath et le côté mythique de la civilisation rappellent certains passages de L'Appel de Cthulhu, le texte a plus des allures de prologue qu'autre chose. En fait, j'imaginerais parfaitement cette légende, avec quelques modifications, s'insérer dans un texte comme L'Appel. Ce qui plombe vraiment à mes yeux l'intérêt de La malédiction, c'est que ben... il ne s'y passe pas grand-chose, en fait! Très rapidement, au tout début, le contexte est resitué, on évoque l'élimination d'une civilisation d'anciennes créatures qui ressurgiront des flots aux toutes dernières pages pour se venger en détruisant la cité de Sarnath, si rapidement que c'en est presque décevant. Mais tout le reste, qui doit bien représenter trois bon quarts du récit, est dédié à la description de Sarnath... Et c'est un peu long, et fort peu intéressant, puisqu'elle ressemble à n'importe quelle cité idéalisée de n'importe quelle légende/ mythologie/ conte... 

En résumé, si le texte permet de jeter un oeil sur les travaux pré-Cthulhu de Lovecraft, il paraît bien anodin après L'Appel de Cthulhu, surtout que même pris à part, le texte n'a que peu d'intérêt. Peut-être aurait-il gagné à être placé en "prologue" de L'Appel, ou au milieu d'autres textes Lovecraftiens du même genre et de la même époque, pour un plat un peu plus consistant.

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Je ne l'ai appris que récemment, hier en fait pour tout vous dire, mais il paraît que "l'horreur lovecraftienne" est considérée comme un sous-genre de la fantasy. Ce qui me permet de faire participer cette petite chronique à la deuxième édition du Challenge Dark Fantasy ! 
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jeudi 21 mai 2015

Ces jeux injustement oubliés - Chapitre 2 : Agartha, sur Dreamcast




La genèse


Ça, c'est Frédérick Raynal.
Il fait des trucs cools.
En 1997, SEGA est sur une mauvaise pente. L'ancien vice-leader du marché se retrouve bien démuni face à la toute-puissante Playstation de Sony, que les faibles ventes de la Saturn ne parviennent pas à concurrencer. Plusieurs solutions sont alors envisagées, entre autres une fusion avec Bandai - projet étrange qui n'aboutira finalement à rien du tout - mais Sega compte surtout sur la sortie prochaine de sa nouvelle console, la Dreamcast, prévue pour l'année suivante. C'est cette même année - 1997 donc, pour ceux qui suivent - que la firme nippone rachète le studio lyonnais Adeline Software International. Ce studio avait été fondé en 1992 par d'anciens employés d'Infogrames, notamment Frédéric Raynal, à qui l'on devait déjà des jeux comme Drakkhen (1989) et surtout l'excellent Alone in the Dark (1992). Adeline Soft. fut à l'origine d'une petite demi-douzaine de titres, comme les deux Little Big Adventure (1994-97), ou encore Time Commando (1996). 

Après son rachat, Adeline Soft. se scinde en deux, laissant une partie de l'équipe originelle - dont Frédéric Raynal - fonder la société No cliché, qui travaillera donc désormais pour Sega. La sortie de la Dreamcast étant prévue pour l'année suivante, No cliché sera donc chargé de développer des jeux pour cette console. Après un Toy Commander (1999) et un Toy Racer (2000), qui rencontrent leur petit succès, ainsi qu'une localisation européenne de Quake III (2000), l'équipe s'attelle à un titre plus ambitieux, un projet dans les tiroirs depuis 1998, celui qui doit devenir "LE survival-horror de la Dreamcast": Agartha.


La jaquette (provisoire) du jeu met en avant Kirk, notre héros.

Projet : Agartha


D'après ce que j'ai pu glaner comme informations sur les Internets, l'histoire nous entraîne en plein hiver 1929. Perdu au beau milieu des montagnes roumaines, se trouve un petit village ravagé par un mystérieux tremblement de terre, qui abriterait une cité souterraine connue sous le nom d'Agartha - d'où le nom du jeu. Le personnage que l'on incarne, Kirk, s'y retrouve apparemment suite à des circonstances désastreuses - je dirais, d'après certaines images, un accident de la route: un grand classique - alors que la Sentinelle, incarnation du Mal enfermé pendant des siècles à l'intérieur d'Agartha, cherche à s'en échapper.

Pour admirer plus en détails les quelques screenshots et autres artworks du jeu, je vous invite à ouvrir les images dans un nouvel onglet.

Survival-horror oblige, on y rencontre tous les acteurs classiques du genre: fanatiques d'une secte maléfique,  monstres, démons, moines guerriers (!) et bien entendu, les indispensables morts-vivants. Le tout évidemment sous une tempête de neige perpétuelle, et dans un lieu complètement coupé du monde, histoire d'accentuer le côté peu rassurant. S'il y a bien quelques personnages amicaux dans le lot, apparemment, qu'il s'agisse d'une épidémie ou d'une malédiction, ils finissent tous bien entendu par rejoindre le rang de chair à canon pour les ennemis, ou de collation de quatre heures dans le pire des cas. Ah non, c'est pas toujours facile la vie de PNJ. Le gameplay semble assez proche d'autres survival-horror, comme Silent Hill ou Alone in the Dark, avec une aventure à base d'exploration, de rencontres, d'affrontements, et de puzzles et autres énigmes à résoudre.
Là où le jeu se démarque vraiment, c'est qu'il propose un système de choix, qui modifie l'aventure: au fur et à mesure du jeu, les décisions que prend le joueur influent sur l'éthique de Kirk et la manière dont se déroule le scénario. En gros, ça revient à choisir entre le bien et le mal, et dans un survival-horror, c'est plutôt innovant, surtout pour l'époque. Et puis c'est un élément intéressant qui peut permettre d'enrichir l'expérience de jeu, ce qui est plutôt un bon gros point.


Par ailleurs Agartha peut se targuer d'avoir une ambiance incroyable: ce paysage, ces montagnes enneigées, - qui est déjà en soi un décor assez peu courant non seulement pour un jeu vidéo, mais surtout un survival-horror - cette tempête qui semble ne jamais vouloir s'arrêter, les hurlements des loups, la bande sonore à la James Carpenter qui renforce l'inquiétude et le sentiment d'isolement et de solitude, tout cela contribue à l'atmosphère vraiment particulière du jeu. Rajoutez-y un vieux village oublié par le temps et les hommes, une ancienne civilisation disparue, et une intrigue à la Lovecraft, et vous obtenez un bon vieux jeu d'horreur et d'ambiance à l'ancienne qui promet du rêve. Et puis quand on voit qui est aux manettes (blague, ah ah...) à savoir Mister Frédérick Raynal Himself (oui, j'adore ce type) on ne peut que s'attendre à un carton ! Le jeu me rappelle d'ailleurs assez souvent Alone in the Dark - ce qui n'a franchement rien d'étonnant - que ce soit pour le côté Lovecraftien, ce qu'on sait du gameplay, certains aspects de la réalisation ou encore du chara-design. Vous me direz, il y a pire, comme référence! Et puis cette direction artistique, mes dieux... Bien évidemment, depuis le temps, les graphismes ont un peu vieilli, mais ça reste tout de même superbe! Assurément, on tient là l'un des plus beaux titres de la Dreamcast! Enfin, on aurait pu, car...


La fin de l'Âge d'Or


En 2001, Sega annonce la fin de la Dreamcast. La firme nippone est dans le noir, et se retire donc du marché des créateurs de console. De fait, Agartha se voit annulé, sonnant également le glas de la société No cliché. Il est difficile de savoir jusqu'où les créateurs en étaient de l'avancement du jeu, et aucune version jouable n'est sortie à ce jour, pas même une démo ou une bêta. On peut néanmoins en cherchant un peu trouver pas mal d'images, quelques informations et même un peu de contenu vidéo. Quoi qu'il en soit, il est fort dommage que ce titre ait été abandonné, car il était très attendu, et nul doute qu'il aurait su trouver son public. Encore aujourd'hui, il jouit d'une certaine aura, et nombreux sont les joueurs qui attendent, moi le premier, espérant même quinze ans après que le projet soit repris, ou qu'une version jouable, même très incomplète, ne soit disponible. Ah, qu'est-ce que j'aurais aimé pouvoir jouer à Agartha sur ma bonne vieille Dreamcast d'occasion!



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Notes:
  → Le premier chapitre des Jeux injustement oubliés, consacré à Fragile Dreams est disponible en cliquant ici.
  → "Ces jeux injustement ouliés" s'intitulait à la base "ces jeux injustement délaissés". Pourquoi ce changement de titre en cours de route? Parce qu'"oublier" a une définition plus vaste qui permet de brasser plus de jeux que "délaisser"", tout simplement.
  → Je vous invite à aller jeter un oeil au site Unseen 64, où vous pouvez découvrir de nombreux autres jeux annulés, ou les anciennes versions de certains qui ont connu un revirement complet au cours de leur développement.
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dimanche 14 décembre 2014

Pause-lecture: Cristal qui songe, de Theodore Sturgeon

Lorsqu'il est renvoyé de l'école à l'âge de huit ans, cela fait déjà plusieurs années que Horty mange des fourmis en cachette. Fuyant alors la demeure de ses parents adoptifs qui le martyrisent, le gamin trouve refuge au sein d'un cirque ambulant où il devient le partenaire de deux jeunes naines, Zena et Bunny. Mais les personnages les plus extraordinaires du cirque restent son féroce directeur, surnommé le Cannibale, et son étrange collection de cristaux : des pierres aux pouvoirs étranges et néanmoins gigantesques.

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"Tout au cours de son histoire, ça a été le malheur de l'humanité de vouloir à tout prix que ce qu'elle savait déjà fût vrai et que ce qui différait des idées reçues fût faux."

Infos complémentaires:
Titre original: The Dreaming Jewels (1950)
Traduction par Alain Glatigny 
Edition: J'ai lu - SF (2008)
250 pages


C'est assez rare qu'une telle chose arrive, mais je n'ai pas grand-chose à dire sur cette lecture. Pour autant je n'ai pas envie de lui consacrer un simple "avis" express noyé au milieu d'autres, car cette lecture m'aura tout de même accompagné près d'un mois. Un mois, c'est long. Surtout ce mois de novembre durant lequel j'ai été débordé comme pas possible, j'ai accumulé fatigue et maladie, et surtout durant lequel j'ai à peine eu du temps pour les loisirs et la lecture. Bien plus que le récent bilan trimestriel, prenez donc cette chronique comme la véritable conclusion de ce mois de novembre 2014 qui s'est achevé il y a peu, et que je suis bien content d'avoir enfin laissé derrière moi.

Le vif du sujet


Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, à savoir Cristal qui songe, c'est un roman qui m'avait tapé dans l'oeil suite à l'article enthousiaste de Boo. A la base, même si certains titres et auteurs me tentent, je ne suis pas très porté sur la SF, davantage sur la Fantasy - ceux qui ont déjà fait le tour du propriétaire doivent s'en douter. Ce qui m'intéressait dans Cristal qui songe, c'était davantage le côté un peu décalé qu'il semblait installer. Un gamin qui mange des fourmis, un cirque, un directeur effrayant et des mystérieux cristaux... Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai pensé à Tim Burton en lisant la quatrième de couverture. A Big Fish, plus exactement. Même si au final ça n'a pas grand-chose à voir. Encore que... (au passage, je me demande s'il était vraiment pertinent de classer ce livre en SF...)

L'auteur, Theodore Sturgeon

Effectivement, l'univers est assez décalé, même si pas autant que je ne le pensais. Entre les fameux cristaux, les personnages hauts en couleur et l'ambiance du cirque, que j'aurais tout de même aimé voir davantage, Theodore Sturgeon dépeint un univers un peu étrange mais pas léger pour autant: il y a des passages assez sombres, certains très violents à la fois physiquement et psychologiquement. Les personnages ne font pas dans la dentelle, à commencer par Armand Bluett - le père adoptif d'Horty - et le Cannibale, qui sont finalement les véritables "monstres" du récit. Mais Horty lui-même n'hésite pas à s'auto-mutiler, certes pour la bonne cause, mais bonjour l'hémoglobine!

Les personnages sont plutôt intéressants, d'ailleurs. Ils ne sont pas très nombreux - ce qui au fond n'est pas plus mal - mais bien développés et charismatiques. Bien sûr, il y a Horty, Zena - la naine qui la prend sous son aile, et qui est vraiment une "grande soeur" attachante - La Havane et Bunny - les deux autres nains du groupe accueillant Horty dans la troupe - et la petite Kay, mais aussi Armand, bien méprisable à souhait et même le Cannibale: en découvrant son histoire, je me suis mis à éprouver un peu de pitié pour lui, ne pouvant le détester complètement - en même temps, vous connaissez sans doute mon amour pour les "méchants". A vrai dire, ce personnage est sans doute le meilleur pour moi du roman. Par ailleurs, il amène quelques réflexions intéressantes sur le monde scientifique qui lui donnent un côté tragique, une espèce de "poète maudit" qui aurait choisi le côté obscur de la Force. J'ai également beaucoup apprécié Solum, ce géant difforme et effrayant, dont le rôle durant les chapitres finaux inverse la partie et le rend charismatique comme pas deux.

J'espère que le Lizalfos en arrière-plan n'est
pas Solum, sinon, ça craint un peu. 
Il est assez difficile de parler de ce roman sans spoiler quoi que ce soit. Et comme le spoil, c'est mal, je vais m'en abstenir. Je peux toutefois vous dire qu'on tient avec Cristal qui songe, un roman qui s'interroge sur les notions de différence et d'humanité. Les "monstres" du cirque (à savoir les nains) sont-ils finalement si différents des autres hommes? N'est-ce pas justement cette différence qui les rend humains?  Cet aspect, je dois le dire, ne m'a pas vraiment marqué, mais il est tout de même important à signaler. Il faut en fait bien garder à l'esprit le contexte d'écriture - les Etats-Unis des années 1950 - pour véritablement comprendre pourquoi Sturgeon s'est fait incendier à la parution de son livre. 



Puisque j'aborde l'écriture, j'ai été surpris d'apprendre que Cristal qui songe a été écrit en 1950. Je lui aurais donné 30, voire 40 ans de moins, mais il faut bien avouer que malgré certains éléments et attitudes des personnages, sur ce point de vue là, il n'a pas du tout vieilli! Le style de Sturgeon  reste très actuel, fluide et par conséquent facile et agréable à lire. Pourtant, allez savoir pourquoi, je n'ai pas été emballé plus que ça. Il me manquait un petit quelque chose qui m'aurait permis de rentrer complètement dans l'histoire. Peut-être certains passages trop elliptiques ou qui auraient mérité à mes yeux qu'on s'y attarde (les dix ans passés au cirque, au hasard) peut-être un manque de descriptions, je ne sais pas. Il y a pourtant du suspense, des révélations, des retournements de situation, des mystères, des pistes volontairement brouillées et des personnages attachants, mais... voilà, quoi. 

Bilan des courses


Peut-être ne l'ai-je pas lu au bon moment. Peut-être ai-je trop dilué ma lecture dans le temps. Peut-être ai-je manqué quelque chose. Je suis tout de même content de l'avoir lu, j'en garde un bon souvenir, le style est fluide, le récit est maîtrise, les personnages sont plutôt attachants, et l'élément fantastique est plutôt original et intéressant. Mais voilà, je n'ai pas accroché plus que ça. Sans doute retenterai-je l'expérience dans quelques temps, afin de voir si mon avis ci-présent est ou non définitif.

Le saviez-tu?
Une adaptation trèèèèèèès libre produite par HBO existe. Elle a été diffusée de 2003 à 2005 et a pour titre Carnivàle, ou La Caravane de l'étrange au pays du camembert.