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lundi 31 octobre 2016

(B)reinedead

(on remarquera que cette chronique, après tant de mois de rien, sort pile pour Halloween... si ça c'est pas de la coïncidence ! )

[Pause-lecture] Victoria, Reine et tueuse de Démons, de A. E. Moorat (Queen Victoria : Demon Hunter, 2009) 


Londres, 1838. 
La Reine Victoria est couronnée : elle reçoit l'orbe, le sceptre, et un arsenal d'armes destiné à pourfendre les démons ! Car au palais de Kensington, il y a de nombreux domestiques pour les tâches les plus ingrates, mais il incombe au souverain d'éliminer les engeances des enfers...
Bienvenue dans l'ère victorienne !
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"À une heure avancée de la nuit, alors qu’il contemplait Perkins, son serviteur, en train de manger son chien, Quimby, l’air sombre, se mit à réfléchir aux événements inhabituels survenus dans la soirée. "

   Origine : Royaume-Uni
   Traduction : Carine Roulet (2011)
   Edition : Eclipse (2011)


Victoria. Tueuse. De. Démons. En costume de sacre, avec des armes trop classes et tout plein de têtes décapitées.

Shut up and take my money ! 

Comme beaucoup je suppose (peut-être même comme vous, qui sait ?), j'ai été fortement interpellé par le titre et la couverture lorsque je suis tombé un peu par hasard sur ce livre dans un étal de bouquiniste, alors que j'étais simplement venu à la base pour .... et allez, voilà qu'il nous raconte encore sa vie ... bref, difficile de ne pas étre titillé par un visuel pareil, d'autant que de manière générale, le concept de fantasy/fantastique historique (ce n'est pas tout à fait ça, mais vous saisissez l'idée) m'intéresse énormément. D'autant plus que la thématique zombies/démons impliquait un ton décalé série B assumé, donc une bonne petite lecture décomplexée et pas prise de tête, peut-être même fendarde, bref un machin à des lieues de mes lectures habituelles, en perspective. 
Et en fin de compte, même si c'était un poil différent et en deçà de mes attentes, c'est bel et bien ce que j'ai eu. n'est-ce pas Les Mystères de Saint-Petersbourg (non, je n'arrêterai pas avec celui-ci)

Oui, je spouale la fin de ma chronique dès le début. Oui, je le sais. Oui, je m'en fous. C'est chez moi ici, je fais ce que je veux. Au moins, comme ça, pas de malentendus entre nous, et puis si jamais ça vous saoule, ça vous permet d'arrêter la lecture à tout moment, et ce en commençant tout de même dans les grandes lignes le verdict final. C'est plus pratique comme ça, non ? 

Bon, maintenant que ce mystère a été éclairci, je pense que nous pouvons revenir à des choses plus triviales. 

La couverture reprend ce tableau bien
connu de la reine en costume de sacre
Comme vous avez pu vous en douter au vu du titre, de la couverture, et du petit résumé, le roman met donc en scène cette bonne vieille Victoria (enfin, jeune dans le cas présent) à peine couronnée, et déjà bien occupée...  À l'époque où Elizabeth Bennett poutrait du zombie grâce à ses skills de ninja, et bien avant qu'Abraham Lincoln ne se mette à la chasse aux vampires, la jeune reine avait elle aussi bien des ennuis dans son royaume avec les forces des ténèbres... car ce ne sont rien de moins que des démons venus tout droit des Enfers, qu'elle doit affronter ! Un sombre complot s'ourdit en effet en plein coeur de l'Angleterre, visant à placer les descendants de Baal sur le trône ...
C'est ainsi l'occasion de revisiter les première années de l'ère victorienne sous un angle un peu inédit - et tellement jouissif ! Les lycanthropes déguisés en valets - perruqués et poudrés, s'il vous plaît ! - les prostituées et parlementaires zombies, les armées de petits ramoneurs possédés, se mêlent joyeusement - le plus souvent avec force et fracas - aux grandes figures de l'époque que l'on est amené à croiser au fil des chapitres. De ce côté là, le mélange fonctionne parfaitement, d'autant qu'il est fait avec suffisamment de décalage et de dérision, mais toujours maîtrisé, pour éviter de somber dans le gros n'importe quoi, ou au contraire dans le "trop au sérieux". Et ça, mine de rien, c'est un très bon point. 

J'ai pourtant eu un peu peur au début de ce côté-là, je vous l'avoue, car à un moment, les chapitres de Victoria s'orientaient un peu trop vers son amourette sa relation avec le Prince Albert, et très honnêtement ... Je n'en avais pas grand-chose à faire. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose - d'autant que ça représente une part très importante et de la vie de la reine, et de l'intrigue - mais ça empiète à mes yeux un peu trop sur l'aspect guerre contre les démons, côté Victoria. Et puis du coup, elle ne commence à véritablement poutrer du démon que vers la moitié-les deux tiers de l'histoire. Petite déception de ce côté-là, car pour une oeuvre qui s'appelle "Victoria, tueuse de démons", la Victoria, elle n'en chasse pas tellement au final.

Le dieu-démon Baal, dont les descendants
cherchent à asseoir leur domination sur le monde ...
Fort heureusement, il y a Quimby. Le seul, l'unique, le grand Quimby. Qui à lui tout seul représente environ les deux tiers du fun de l'histoire. Pour faire simple, disons que c'est une espèce de noble pervers, légèrement malhonnête sur les bords, et plutôt porté sur la nécromancie... Il forme avec son serviteur Perkins, tout aussi dépravé que le maître - et accessoirement changé en zombie suite à un malheureux concours de circonstances - un drôle de duo auquel j'ai curieusement fini par m'attacher à la suite de toutes ces mésaventures à base de chantage zombies, possédés, et rats sauvages dans lesquelles ils se retrouvent embarqués... Le contraste très amusant entre le caractère immoral des deux hommes et leur attitude exagérément guindée propre à la haute société a dû également beaucoup jouer sur ce ressenti. J'ai été surpris tout de même de voir qu'ils étaient aussi présents, mais leur présence permet d'alléger grandement le ton du récit, en apportant beaucoup d'humour au récit. Bon, pas toujours très fin hélas, ça tourne souvent autour de la ceinture, avant comme arrière, si vous voyez ce que je veux dire ... *clind'oeilclind'oeil* (bons dieux que je suis ridicule...)

Par ailleurs, les autres personnages tiennent bien la route, entre la badass Maggie Brown, mentor et protectrice de la reine, le bienveillant et attachant Lord Melbourne, Premier Ministre du Royaume, et le détestable sir John Conroy, odieux manipulateur de l'ombre ... L'intrigue offre de nombreux rebondissements, et nous entraîne dans une aventure haute en couleurs, nous faisant visiter les Palais de Kensington et Buckingham, les fameux clubs de gentlemen de Londres, la Chambre des Lords, les bas-fonds de la ville, sans oublier bien sûr, détour obligé par les asiles glauques de l'époque... Le tout avec moultes scènes d'action, bien riches en hémoglobine, des combats effrennés contre des hordes de revenants ou de lycanthropes, des duels à l'arc, à l'épée, ou encore à l'aide d'armes plus... inédites... Bref, les décors et situations sont assez variés, nous offrant un bel aperçu du Londres de l'époque victorienne, mais version histoire d'horreur-série B... 
Sinon, rien d'exceptionnel dans la plume et la narration, mais le tout est suffisamment maîtrisé pour que ça se lise facilement et rapidement, sans prise de tête, en gardant un bon rythme du début à la fin. Peut-être un peu trop survolé par moments: quelques descriptions, et développements supplémentaires n'auraient pas été de trop, notamment du côté de Victoria et des démons, pour pousser le concept un peu plus loin, d'autant que certains éléments restent encore en suspens à la fin ... 


Bref, un bon petit roman d'horreur historique au ton décalé un peu série B parfaitement assumé, qui offre sans prétention ce qu'il promet, avec un concept qui méritait toutefois d'être poussé un peu plus loin. La partie romantique côté Victoria empiète malheureusement un peu trop sur d'autres développements, et l'humour souvent coïto-scato est loin d'être toujours très fin; cependant rien qui vienne gâcher outre mesure la lecture. Rien d'inoubliable dans ce "Victoria, reine et tueuse de démons" finalement, mais ça reste très plaisant , jouissif même, comme défouloir littéraire, pour passer le temps entre deux lectures moins légères. 

Victoria se doutait-elle que, quelques décennies plus tard, une nouvelle catastrophe s'abattrait sur son royaume ?
(The new adventures of Queen Victoria, par Pab Sungenis - allez voir, c'est rigolo.)

dimanche 21 juin 2015

[Japanimation] Ayakashi - Japanese Horror Classic


Série d'animation réalisée par Tetsuo Imazawa, Hidehiko Kadota et Kenji Nakamura
Titre original: Ayakashi
( 怪 〜ayakashi〜 )
Origine: Japon
Studio Toei Animation
Année de production: 2006
11 épisodes de 25 minutes


Allez savoir pourquoi, si certaines oeuvres ont un titre bien défini en version originale, personne n'arrive à se décider sitôt qu'il s'agit de les nommer en dehors de leurs frontières. Un peu l'image du deuxième film Saint Seiya ( l'exemple le plus probant que j'ai pu trouver) qu'en français on appelle, au choix, L'ardent combat des Dieux, La Bataille des Dieux, La Guerre des Dieux, ou parfois plus simplement Asgard le film, et j'en passe et des meilleures. Notez tout de même qu'à chaque fois (excepté pour la dernière proposition) la même notion est conservée, celle d'une marave divine, car il s'agit tout simplement de divergences de traductions. Ce qui n'est pas le cas de l'oeuvre qui nous intéresse aujourd'hui, où là, pour le coup, chacune des propositions met en avant une idée différente. 

L'art de la digression


Le titre japonais était pourtant à la base simplement "Ayakashi", mais par volonté sans doute pour les petits occidentaux incultes que nous sommes de le distinguer d'autres oeuvres du même nom (ou parce qu'ils considèrent qu'on est trop c*ns pour se contenter d'un mot japonais auquel on ne pige rien) le titre de la série a été en versions anglaise et française rallongé étrangement. Ainsi, nous avons l'embarras du choix: Ayakashi - Japanese Classic Horror, Ayakashi - Samurai Horror Tales, Ayakashi: Le théâtre de l'horreur, Ayakashi - Le Petit théâtre de l'Horreur (oui, même pour une différence aussi minime, pas moyen de se mettre d'accord)... c'est la foire au marché du titre! Et si à première vue, tous peuvent paraître semblables, ils véhiculent en fait chacun une idée différente. "Japanese Classic Horror" met l'accent sur le fait qu'il s'agisse de classiques de l'horreur japonaise; "Samurai Horror Tales" insiste de son côté sur le côté "féérique" et "légendaire" de ces histoires, en utilisant la figure quasi-mythique du Samouraï pour le rattacher à ce Japon de légende (un peu comme on le ferait avec nos chevaliers, par exemple); quant au "théâtre de l'horreur", il rappelle le kabuki, une forme de théâtre traditionnel nippon, auquel les histoires racontées se rattachent - on peut aussi aller plus loin en dressant des parallèles et tissant des métaphores entre le théâtre, l'horreur et la mise en scène, mais je n'en ferai rien aujourd'hui.
Peut-être m'avance-je un peu trop, mais cette disparité me donne un peu l'impression que les traducteurs/adaptateurs ne savaient pas trop comment prendre la série, sous quel angle elle devait être visionnée, ce que je n'ai aucun mal à comprendre - peut-être que, si vous n'avez pas vu la série, mes lignes vous aideront à saisir pourquoi. Pourtant, on retrouve des idées communes dans ces titres: l'horreur est à chaque fois présente, ainsi que le fait d'avoir toujours gardé le titre original - ayakashi - au début. Ayakashi, une espèce de mot bizarre utilisé pour définir un yokai comptant certainement quelques anguilles parmi ses ancêtres, mais aussi plus généralement un monstre, un esprit (chose à confirmer par un(e) japonophone de passage, ce serait cool). Et je trouve ça malin non seulement d'avoir gardé ce mot, mais en plus de l'avoir gardé tel quel. Non seulement, parce que, par son sens, il indique l'esprit fantasmagorique de la série, mais aussi parce qu'étant une notion indissociable du folklore japonais, il indique tout de suite dans quelle ambiance il va nous plonger.


Le vif du sujet


Amis amateurs de gore à la recherche de sensations fortes, laissez-moi vous dire que vous vous êtes visiblement gourés d'établissement. Là où l'horreur, telle qu'on l'entend aujourd'hui, exigerait de faire ressentir de la peur et de l'angoisse, à grand renfort de claustrophobie, de sang et de petites filles de gros monstres baveux, celle d'Ayakashi peut paraître un peu vieux jeu, ancrée dans la tradition du conte et du kabuki. Une horreur plus psychologique, portée sur la cruauté des sentiments humains, leurs désirs, leurs peurs et leurs vices incarnés en quelque sorte par les yokai. Il y avait quelque chose en fait qui m'a rappelé la tragédie shakespirienne - vous savez, celle où les malédictions pleuvent par paquet, où un membre du casting sur deux est fou, et où tout finit dans un bain de sang qui n'épargne généralement que le glandu qui arrive après la bataille pour récupérer la couronne et accessoirement constater que le tapis est foutu*. Le tout ancré jusqu'à la vase dans le folklore nippon. 
Ayakashi propose en effet trois histoires différentes, adaptations d'oeuvres pour les deux premières, ou histoire originale pour la troisième, mais toutes tournant autour de légendes et fantômes japonais.

[* Oui, c'est comme ça que je définis une tragédie shakespirienne-type. Il existe évidemment des exceptions, comme Roméo et Juliette où il n'y a pas de couronne à récupérer, ou Richard III, dans lequel ce n'est pas le tapis du salon, mais la pelouse qu'il faudra songer à remplacer.]


Arc I : Yotsuya Kaidan - réal. par Testuo Imazawa


Adaptation de la pièce de kabuki écrite par Tsuruya Nanboku en 1825, Yotsuya Kaidan nous conte la sombre histoire d'Oiwa, une jeune femme trahie par son époux Iemon, qui l'empoisonne et la pousse à la mort pour les beaux yeux d'une autre femme. Trompée et humiliée, Oiwa revient par la suite d'entre les morts pour assouvir sa vengeance. Trahisons, meurtres dans tous les coins, folie, cruauté, malédictions en tous genres...

Quand je parlais de "tragédie shakespearienne", c'est principalement à cette histoire que je pensais. C'est peut-être d'ailleurs inconsciemment cet aspect qui fait qu'elle m'a autant marqué, ajouté à son côté noir et glaucque. A vrai dire, je vous ai résumé très rapidement ce premier arc, mais niveau cruauté et rebondissements macabres, il est en réalité bien plus fourni que ce qu'il pourrait laisser supposer au premier abord. Il a pourtant quelque chose d'assez "à l'ancienne", aussi bien dans sa narration et sa mise en scène, que dans son animation et son chara-design... Pour tout vous dire, au début, je croyais même sincèrement avoir affaire à une série des années 90, c'est dire! Quelle n'a pas été ma surprise en découvrant que l'année de production était non pas 1992, mais 2006... Et pourtant, j'ai trouvé qu'il se dégageait un certain charme de cette animation un peu vieillote... En fait, je trouve même qu'elle sert parfaitement le propos: couplée au design particulier mais à mes yeux réussi des personnages, sa lenteur vient appuyer l'ambiance lourde et dérangeante qui se dégage de l'histoire. Un arc qui m'a donc marqué et que j'ai trouvé particulièrement réussi au niveau de son chara-design, son histoire, sa narration et l'ambiance lourde et glaucque qui s'en dégage, renforcée par une forme pourtant loin d'être au top techniquement.

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Arc II : Tenshu Monogatari - Hidehiko Kadota


Basé sur une nouvelle écrite par Kyoka Izumi en 1917 - qui deviendra par la suite une pièce de kabuki en 1951 - Tenshu Monogatari raconte l'histoire d'amour entre une princesse démone, Tomi, et un jeune fauconnier, Himekawa Zushonosuke (merci l'Internet!). La princesse Tomi est cependant à la tête du terrible château hanté d'Himeji, où elle vit avec ses soeurs démones en se repaissant des humains imprudents qui osent y pénétrer. Mais la rencontre entre Tomi et Zushonosuke va petit à petit faire évoluer cette situation, d'autant que le daimyo local voit d'un très mauvais oeil ce repaire de monstres qui l'importune plus qu'autre chose. Amour interdit, combats désespérés et êtres fabuleux sont au programme dans Tenshu Monogatari.

J'avoue avoir été plutôt surpris en constatant que cet arc avait été globalement préféré au premier, et pas qu'un peu. Pourtant, de mon point de vue, Tenshu Monogatari n'est pas au niveau de Yotsuya Kaidan. Premier point déjà: je ne suis pas très fan de la direction artistique. Certes, le chara-design est moins "daté", mais je lui trouve également beaucoup moins de charme, surtout en ce qui concerne les personnages masculins, assez laids, il faut bien le dire. Et puis, ces couleurs chatoyantes... Autant, dans l'arc suivant, elles conviennent parfaitement, autant ici, je ne les trouve pas forcément adaptées, il y a quelque chose qui sonne faux. Et puis cette animation... Là, pour le coup, malgré quelques scènes d'action plus réussies, elle plombe vraiment l'histoire. Ohlàlà, ces courses à cheval... Je n'en ai pas vu d'aussi raides depuis la Playstation première du nom... Et pour un arc qui en comporte autant, c'est vraiment dommage!

Mais le principal grief que je pourrais faire à l'encontre de Tenshu Monogatari concerne son récit. Non, je ne suis pas vraiment un grand fan des histoires d'amour. Ou plutôt, pour être vraiment exact, j'aime bien les romances, mais quand elles interviennent dans le contexte d'une autre histoire. Mais pourquoi pas, après tout; fondamentalement, je n'ai rien contre, juste que ça ne me passionne pas et qu'il en faut beaucoup pour me convaincre. Autant vous dire que d'emblée, Tenshu Monogatari ne partait pas vraiment gagnant. Et n'a pas fini gagnant non plus, en y réfléchissant.
Parce que, si j'ai apprécié le personnage de la Princesse Tomi, tiraillée entre ses origines, son rang, et sa curiosité envers les humains, je suis en revanche loin d'avoir porté dans mon coeur le jeune fauconnier. Assez rapidement, son caractère et son comportement me sont sortis par les yeux, et je me suis retrouvé du côté de la vieille Uba, à souhaiter qu'il se barre, se suicide, ou accepte de se faire manger par des fourmis en offrande aux kamis. Même leur supposée histoire d'amour sonnait creux, j'ai vraiment eu l'impression que le récit forçait les choses pour le bon déroulement de l'intrigue... mais non... Ce n'est pas comme ça que les sentiments fonctionnent... Et surtout, pas comme ça que vous réussirez à conserver mon intérêt. J'ai presque dû me forcer pour regarder les deux derniers épisodes!

Il y avait pourtant de bonnes idées, une histoire poétique sur le papier, quelques scènes plutôt jolies et réussies, certains passages mélancoliques, et même pour ce qui est du chara-design, les personnages féminins ont quelque chose d'assez gracieux. Et surtout, la bande-son est superbe (m'enfin, elle est commune à tout la série, pas uniquement à cet arc) et plonge tout de suite dans l'atmosphère mystico-fantastique étrange de la série. Mais à côté, tout cela est gâché par une romance assez plate à mon goût, des personnages peu intéressants, et une réalisation qui ne suit pas toujours. L'arc le moins bon des trois à mes yeux.

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Arc III : Bakeneko - Kenji Nakamura


Seule histoire vraiment originale du trio, Bakeneko présente un fantôme japonais très populaire - le... bakeneko. On y suit un étrange apothicaire, également exorciste, sur le lieu d'un mariage où la promise a été mystérieusement assassinée. Il s'avère bientôt qu'il s'agit de l'oeuvre du fameux bakeneko, revenu pour se venger. Chargé de son élimination, l'apothicaire ne peut toutefois le défaire sans connaître les raisons de sa haine. Il lui faut donc lever les mystères qui pèsent sur la Maison, afin de pouvoir vaincre son adversaire. Lourds secrets de famille, action idyllique et ambiance huis clos pour ce dernier arc visuellement atypique.

Sans aucun doute le plus intéressant des trois arcs en terme d'animation et de mise en scène, et peut-être mon préféré, même si Yotsuya Kaidan m'a davantage marqué. C'est une véritable extase visuelle, fourmillant de détails et de couleurs dans un style très marqué qui rappelle les estampes japonaises. On a également pas mal de bonnes trouvailles au niveau de la mise en scène qui viennent appuyer cette ambiance colorée un peu irréelle. J'ai également trouvé l'histoire et la narration très intelligentes, cette façon d'installer peu à peu le malaise dans ce huis clos, qui nous pousse finalement à vouloir en apprendre davantage sur les personnages, à savoir pourquoi on en est arrivé à cette situation. Et au final, là où dans Yotsuya Kaidan, dès le début, la couleur était annoncé, ici le masque de légèreté tombe de plus en plus au fur et à mesure des épisodes, pour révéler encore une fois la cruauté des sentiments humains. Oh, il y aurait tant à dire sur ce dernier arc, sur sa direction artistique, sur son ambiance, sur son héros, cet apothicaire si mystérieux et pourtant tellement charismatique... Toutefois, pour éviter de trop me répéter par la suite, je m'arrêterai ici. Car, peut-être le savez-vous déjà, mais le succès de cette dernière histoire fut tel qu'une autre série d'une douzaine d'épisodes reprenant le même personnage principal et se déroulant dans le même univers, a été produite. Cette série, Mononoke, je compte bien la regarder prochainement, et à ce moment-là, je vous en reparlerai plus en détail!


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Alors, en conclusion, Ayakashi, c'est à voir ou pas?


Hé bien, je dirais que si vous êtes féru de folklore et de légendes japonaises, vous pouvez tenter l'expérience. L'atmosphère est clairement un des points forts de la série, tous arcs inclus - oui, même le second que je n'ai pas aimé. Au niveau de la réalisation et de la direction artistique, c'est kif-kif bourricot, à vous de voir, en revanche la bande sonore est une vraie réussite. Après, gardez à l'esprit que chaque arc est totalement indépendant, donc si l'un ne vous branche pas trop, vous pouvez directement enchaîner avec le suivant sans être perdu - le dernier en revanche est incontournable, ne serait-ce que pour le côté expérimental de sa patte graphique et de sa mise en scène particulières.

Le mot inutile de la fin


Mais au final, Tonton Artalok, je n'ai toujours pas la réponse à ma question: horreur ou pas horreur?
Ne t'inquiète pas, cher petit lecteur perdu, je vais te répondre. C'est peut-être le titre qui t'a attiré vers cette série, avec l'éventuelle promesse de vivre une expérience gore et épeurante qui ferait passer Corpse Party pour un épisode des Bisounours**. Mais l'horreur d'Ayakashi n'est pas celle d'aujourd'hui, mais celle des origines, à base de folklore, de malédictions et de noirceur humaine, d'où provient la J-Horror actuelle. Ce n'est donc peut-être pas exactement ce que tu recherchais, cher petit lecteur, mais c'est aussi bien pour enrichir ta culture, tu ne crois pas? Allez, mes amitiés à toi, et que tes pas te guident vers de bonnes découvertes!

[** Après, tout dépend: si par exemple vous êtes comme moi, et que la perspective d'avoir à ne serait-ce qu'en supporter le générique constitue déjà en soi une expérience horrifique, inutile de dire que cette expression ne fonctionne pas.]


mercredi 3 juin 2015

L'appel de Cthulhu - rencontre avec le sombre tentaculaire...

L'Appel de Cthulhu, de H. P. Lovecraft


Deux textes essentiels du créateur de célèbre mythe de Cthulhu, qui a inspiré tant d'auteurs de littérature fantastique. L'Appel de Cthulhu: Au fond de l'océan, dans la cité maléfique de R'lyeh, l'infâme Cthulhu sommeille en attendant d'imposer so règne sur la Terre, tandis que ses disciples préparent son retour.La malédiction qui s'abattit sur Sarnath: Les créatures étranges qui peuplaient l'antique cité ont été massacrées par les nouveaux arrivants. Leur vengeance sera terrible.

  Infos complémentaires:
  Titres originaux: 
               The Call of Cthulhu (1926) 
               The Doom that Came to Sarnath (1919)  
  Origine: Etats-Unis 
  Traduction par Michel Marcheteau et Michel Savio (2013) 
  Edition: Pocket - Bilingue (2013) 
  160 pages  






Je connaissais déjà quelques écrits de Lovecraft, et si j'étais un peu familier avec tout ce qui entoure le mythe de Cthulhu et les Grands Anciens par le biais d'autres oeuvres, auteurs, voire même supports, je ne m'étais pourtant jamais vraiment intéressé au texte fondateur de la "légende": L'Appel de Cthulhu. A vrai dire, cela fait plus d'un an déjà que j'ai fait l'acquisition de ce livre, mais pour une raison que j'ai aujourd'hui totalement oubliée, je l'avais laissé de côté en pleine lecture, pour finalement le reprendre et le terminer il y a seulement deux petites semaines. Autant vous le dire tout de suite: si ce fut une lecture sympathique, je n'en garderai pas un souvenir impérissable.


L'Appel de Cthulhu (1926)


L'Appel de Cthulhu nous met en présence d'un jeune homme dont nous ignorons tout, qui fera office de narrateur. Suite au décès de son grand-oncle, il se retrouve en possession d'étranges documents, qui le mèneront sur la piste d'un culte dédié à un ancien dieu païen sur le point de renaître: l'infâme Cthulhu. Dans cette nouvelle, on suit l'investigation de ce jeune homme, celui-ci faisant le récit des documents et des témoignages qu'il rassemble, et la manière dont il les a obtenus. Si au début, il reste assez incrédule face à ce qu'il apprend, et qui reste assez abstrait, les preuves deviennent de plus en plus concrètes. Lovecraft parvient bien à instaurer cette atmosphère qui se fait de plus en plus pesante, étrange; cette "folie", comme le dit si bien le narrateur. Le récit m'a d'ailleurs fait penser plusieurs fois au Horla de Maupassant, non seulement par la narration sous forme de chronique, mais aussi cette ambiance particulière où l'horreur vient se mêler au réel jusqu'à ce qu'on ne parvienne plus à les discerner. L'écriture de Lovecraft se prête d'ailleurs tout à fait à cet exercice, elle réussit à se faire oppressante. A ce titre, je vous recommanderais plutôt une édition en V.O. ou, si vous n'êtes pas suffisamment familier avec la langue des Monthy Python, une édition bilingue - comme moi, quoi. La traduction française permet certes de profiter du texte dans sa globalité et de comprendre de quoi il ressort, mais elle n'a pas cette lourdeur qu'a le texte d'origine.

Personnellement, si je trouve ce texte très intéressant pour ce qu'il représente, à savoir la naissance du mythe de Cthulhu, je suis un peu plus mitigé en ce qui concerne ce qu'il est en lui-même. J'ai apprécié à ma façon l'ambiance pesante que Lovecraft cherchait à instaurer, ainsi que l'écriture qui en est le vecteur. Par ailleurs, j'ai trouvé très intelligente cette façon de ne décrire son "mythe" que par étapes, en passant progressivement de l'abstrait au concret, du rêve à l'horreur, et jamais complètement. Finalement, on devine plus qu'on ne voit, et c'est peut-être ce qui est le plus propice à l'imagination, qui elle, va amener l'horreur. Je trouve d'ailleurs que le format "chronique" - un aspect dont je suis par ailleurs très friand de manière générale - se prête parfaitement à ce type d'histoire. 
Cependant, j'ai vraiment eu du mal à me sentir impliqué dans ce récit. Sans évoquer le racisme ambiant, propre à la culture américaine de l'époque, le caractère du narrateur - du moins ce qu'on en perçoit: un poil hautain et prétentieux, et surtout trop sceptique - ne me l'a pas rendu très sympathique, ce qui a peut-être de fait rendu à mes yeux l'enquête moins passionnante. Par ailleurs, je ne suis pas un très grand fan de l'ambiance très "américaine du début XXe" qui se dégage du texte, sans pouvoir expliquer vraiment ce point. Et puis surtout, quel dommage que le soufflé retombe si vite! Une jolie sensation que Lovecraft n'a pas été jusqu'au bout de ce qu'il aurait pu faire, en somme.

A lire pour qui voudrait s'intéresser à Lovecraft et au mythe de Cthulhu, mais davantage pour ce qu'il représente que ce qu'il est vraiment. L'ambiance est là, la mythologie aussi, mais également la sensation d'un travail non abouti que Lovecraft n'aurait pas eu envie d'achever. Il paraît cependant que c'est un des moins bons de ce que l'auteur a écrit autour du mythe, je n'ai donc pas dit mon dernier mot, Howard Philips!

Si ce fanart monstrueux signé Richard Luong vous plaît,
je vous invite à visiter son blog ou sa superbe galerie DeviantArt!

La malédiction qui s'abattit sur Sarnath (1919)


En guise de dessert, un second texte de Lovecraft, plus ancien, vient accompagner L'Appel de Cthulhu - et je me demande encore ce qu'il fichait là. Non pas que la novella en elle fût mauvaise, mais j'ai eu du mal à y trouver de l'intérêt, d'autant qu'elle n'est en presque rien liée au mythe de Cthulhu, et ne dépasse même pas la douzaine de pages. A vrai dire, je pense que les éditeurs ont voulu montrer que Lovecraft n'était pas parti de rien pour inventer sa mythologie, mais dans ce cas, il aurait été à mes yeux plus judicieux soit de placer ce texte en premier, soit d'en joindre d'autres du même genre. Car si dans ce récit, la chute de Sarnath et le côté mythique de la civilisation rappellent certains passages de L'Appel de Cthulhu, le texte a plus des allures de prologue qu'autre chose. En fait, j'imaginerais parfaitement cette légende, avec quelques modifications, s'insérer dans un texte comme L'Appel. Ce qui plombe vraiment à mes yeux l'intérêt de La malédiction, c'est que ben... il ne s'y passe pas grand-chose, en fait! Très rapidement, au tout début, le contexte est resitué, on évoque l'élimination d'une civilisation d'anciennes créatures qui ressurgiront des flots aux toutes dernières pages pour se venger en détruisant la cité de Sarnath, si rapidement que c'en est presque décevant. Mais tout le reste, qui doit bien représenter trois bon quarts du récit, est dédié à la description de Sarnath... Et c'est un peu long, et fort peu intéressant, puisqu'elle ressemble à n'importe quelle cité idéalisée de n'importe quelle légende/ mythologie/ conte... 

En résumé, si le texte permet de jeter un oeil sur les travaux pré-Cthulhu de Lovecraft, il paraît bien anodin après L'Appel de Cthulhu, surtout que même pris à part, le texte n'a que peu d'intérêt. Peut-être aurait-il gagné à être placé en "prologue" de L'Appel, ou au milieu d'autres textes Lovecraftiens du même genre et de la même époque, pour un plat un peu plus consistant.

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Je ne l'ai appris que récemment, hier en fait pour tout vous dire, mais il paraît que "l'horreur lovecraftienne" est considérée comme un sous-genre de la fantasy. Ce qui me permet de faire participer cette petite chronique à la deuxième édition du Challenge Dark Fantasy
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