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lundi 31 octobre 2016

(B)reinedead

(on remarquera que cette chronique, après tant de mois de rien, sort pile pour Halloween... si ça c'est pas de la coïncidence ! )

[Pause-lecture] Victoria, Reine et tueuse de Démons, de A. E. Moorat (Queen Victoria : Demon Hunter, 2009) 


Londres, 1838. 
La Reine Victoria est couronnée : elle reçoit l'orbe, le sceptre, et un arsenal d'armes destiné à pourfendre les démons ! Car au palais de Kensington, il y a de nombreux domestiques pour les tâches les plus ingrates, mais il incombe au souverain d'éliminer les engeances des enfers...
Bienvenue dans l'ère victorienne !
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"À une heure avancée de la nuit, alors qu’il contemplait Perkins, son serviteur, en train de manger son chien, Quimby, l’air sombre, se mit à réfléchir aux événements inhabituels survenus dans la soirée. "

   Origine : Royaume-Uni
   Traduction : Carine Roulet (2011)
   Edition : Eclipse (2011)


Victoria. Tueuse. De. Démons. En costume de sacre, avec des armes trop classes et tout plein de têtes décapitées.

Shut up and take my money ! 

Comme beaucoup je suppose (peut-être même comme vous, qui sait ?), j'ai été fortement interpellé par le titre et la couverture lorsque je suis tombé un peu par hasard sur ce livre dans un étal de bouquiniste, alors que j'étais simplement venu à la base pour .... et allez, voilà qu'il nous raconte encore sa vie ... bref, difficile de ne pas étre titillé par un visuel pareil, d'autant que de manière générale, le concept de fantasy/fantastique historique (ce n'est pas tout à fait ça, mais vous saisissez l'idée) m'intéresse énormément. D'autant plus que la thématique zombies/démons impliquait un ton décalé série B assumé, donc une bonne petite lecture décomplexée et pas prise de tête, peut-être même fendarde, bref un machin à des lieues de mes lectures habituelles, en perspective. 
Et en fin de compte, même si c'était un poil différent et en deçà de mes attentes, c'est bel et bien ce que j'ai eu. n'est-ce pas Les Mystères de Saint-Petersbourg (non, je n'arrêterai pas avec celui-ci)

Oui, je spouale la fin de ma chronique dès le début. Oui, je le sais. Oui, je m'en fous. C'est chez moi ici, je fais ce que je veux. Au moins, comme ça, pas de malentendus entre nous, et puis si jamais ça vous saoule, ça vous permet d'arrêter la lecture à tout moment, et ce en commençant tout de même dans les grandes lignes le verdict final. C'est plus pratique comme ça, non ? 

Bon, maintenant que ce mystère a été éclairci, je pense que nous pouvons revenir à des choses plus triviales. 

La couverture reprend ce tableau bien
connu de la reine en costume de sacre
Comme vous avez pu vous en douter au vu du titre, de la couverture, et du petit résumé, le roman met donc en scène cette bonne vieille Victoria (enfin, jeune dans le cas présent) à peine couronnée, et déjà bien occupée...  À l'époque où Elizabeth Bennett poutrait du zombie grâce à ses skills de ninja, et bien avant qu'Abraham Lincoln ne se mette à la chasse aux vampires, la jeune reine avait elle aussi bien des ennuis dans son royaume avec les forces des ténèbres... car ce ne sont rien de moins que des démons venus tout droit des Enfers, qu'elle doit affronter ! Un sombre complot s'ourdit en effet en plein coeur de l'Angleterre, visant à placer les descendants de Baal sur le trône ...
C'est ainsi l'occasion de revisiter les première années de l'ère victorienne sous un angle un peu inédit - et tellement jouissif ! Les lycanthropes déguisés en valets - perruqués et poudrés, s'il vous plaît ! - les prostituées et parlementaires zombies, les armées de petits ramoneurs possédés, se mêlent joyeusement - le plus souvent avec force et fracas - aux grandes figures de l'époque que l'on est amené à croiser au fil des chapitres. De ce côté là, le mélange fonctionne parfaitement, d'autant qu'il est fait avec suffisamment de décalage et de dérision, mais toujours maîtrisé, pour éviter de somber dans le gros n'importe quoi, ou au contraire dans le "trop au sérieux". Et ça, mine de rien, c'est un très bon point. 

J'ai pourtant eu un peu peur au début de ce côté-là, je vous l'avoue, car à un moment, les chapitres de Victoria s'orientaient un peu trop vers son amourette sa relation avec le Prince Albert, et très honnêtement ... Je n'en avais pas grand-chose à faire. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose - d'autant que ça représente une part très importante et de la vie de la reine, et de l'intrigue - mais ça empiète à mes yeux un peu trop sur l'aspect guerre contre les démons, côté Victoria. Et puis du coup, elle ne commence à véritablement poutrer du démon que vers la moitié-les deux tiers de l'histoire. Petite déception de ce côté-là, car pour une oeuvre qui s'appelle "Victoria, tueuse de démons", la Victoria, elle n'en chasse pas tellement au final.

Le dieu-démon Baal, dont les descendants
cherchent à asseoir leur domination sur le monde ...
Fort heureusement, il y a Quimby. Le seul, l'unique, le grand Quimby. Qui à lui tout seul représente environ les deux tiers du fun de l'histoire. Pour faire simple, disons que c'est une espèce de noble pervers, légèrement malhonnête sur les bords, et plutôt porté sur la nécromancie... Il forme avec son serviteur Perkins, tout aussi dépravé que le maître - et accessoirement changé en zombie suite à un malheureux concours de circonstances - un drôle de duo auquel j'ai curieusement fini par m'attacher à la suite de toutes ces mésaventures à base de chantage zombies, possédés, et rats sauvages dans lesquelles ils se retrouvent embarqués... Le contraste très amusant entre le caractère immoral des deux hommes et leur attitude exagérément guindée propre à la haute société a dû également beaucoup jouer sur ce ressenti. J'ai été surpris tout de même de voir qu'ils étaient aussi présents, mais leur présence permet d'alléger grandement le ton du récit, en apportant beaucoup d'humour au récit. Bon, pas toujours très fin hélas, ça tourne souvent autour de la ceinture, avant comme arrière, si vous voyez ce que je veux dire ... *clind'oeilclind'oeil* (bons dieux que je suis ridicule...)

Par ailleurs, les autres personnages tiennent bien la route, entre la badass Maggie Brown, mentor et protectrice de la reine, le bienveillant et attachant Lord Melbourne, Premier Ministre du Royaume, et le détestable sir John Conroy, odieux manipulateur de l'ombre ... L'intrigue offre de nombreux rebondissements, et nous entraîne dans une aventure haute en couleurs, nous faisant visiter les Palais de Kensington et Buckingham, les fameux clubs de gentlemen de Londres, la Chambre des Lords, les bas-fonds de la ville, sans oublier bien sûr, détour obligé par les asiles glauques de l'époque... Le tout avec moultes scènes d'action, bien riches en hémoglobine, des combats effrennés contre des hordes de revenants ou de lycanthropes, des duels à l'arc, à l'épée, ou encore à l'aide d'armes plus... inédites... Bref, les décors et situations sont assez variés, nous offrant un bel aperçu du Londres de l'époque victorienne, mais version histoire d'horreur-série B... 
Sinon, rien d'exceptionnel dans la plume et la narration, mais le tout est suffisamment maîtrisé pour que ça se lise facilement et rapidement, sans prise de tête, en gardant un bon rythme du début à la fin. Peut-être un peu trop survolé par moments: quelques descriptions, et développements supplémentaires n'auraient pas été de trop, notamment du côté de Victoria et des démons, pour pousser le concept un peu plus loin, d'autant que certains éléments restent encore en suspens à la fin ... 


Bref, un bon petit roman d'horreur historique au ton décalé un peu série B parfaitement assumé, qui offre sans prétention ce qu'il promet, avec un concept qui méritait toutefois d'être poussé un peu plus loin. La partie romantique côté Victoria empiète malheureusement un peu trop sur d'autres développements, et l'humour souvent coïto-scato est loin d'être toujours très fin; cependant rien qui vienne gâcher outre mesure la lecture. Rien d'inoubliable dans ce "Victoria, reine et tueuse de démons" finalement, mais ça reste très plaisant , jouissif même, comme défouloir littéraire, pour passer le temps entre deux lectures moins légères. 

Victoria se doutait-elle que, quelques décennies plus tard, une nouvelle catastrophe s'abattrait sur son royaume ?
(The new adventures of Queen Victoria, par Pab Sungenis - allez voir, c'est rigolo.)

mardi 9 juin 2015

Les Avis Express III: La Revanche bédé-esque [#03]

Sans prétention, et surtout sans tergiverser plus longtemps (pour une fois), voici quelques découvertes sympathiques de ces derniers mois:




Innocent, Shin'Ichi Sakamoto (tomes 1 et 2)
Manga, 2013 - 204 & 222 pages

En bon mordu d'Histoire que je suis, j'ai un "petit" faible pour tout ce qui est bandes-dessinées (et donc manga) historiques. C'est donc avec curiosité que je me suis tourné vers Innocent, largement mis en avant lors de sa parution par chez nous. Et je ne regrette pas, oh non!

Le récit nous entraîne en plein Siècles des Lumières, pour proposer de suivre le personnage de Charles-Henri Sanson, exécuteur des hautes oeuvres de Paris (c't'un bourreau, quoi) - un personnage qui a réellement existé. Seulement voilà: chez les Sanson, on est bourreau de père en fils, mais le Charlot, lui, il aime pas trop ça. C'est donc une histoire cruelle qui nous attend, celle d'un jeune homme qui cherche qui il est, qui veut mais ne peut se soustraire à sa destinée, le tout dans une ambiance très sombre pré-Révolution. 
C'est glaucque. Très glaucque. C'est noir. C'est violent. Et pourtant, c'est fascinant. Je ne sais pas si c'est la narration et la mise en scène très particulières de l'auteur qui  utilise souvent utilise ce que je vais appeler des métaphores graphiques pour rendre son récit plus fort. Peut-être est-ce plutôt l'ambiance historico-malsaine, très crue, qui ne nous épargne rien. Ou alors le style graphique magnifique de l'auteur, à la fois fin, détaillé, et très réaliste, juste superbe - une véritable orgie oculaire. Sans doute les trois à la fois. En tout cas, je suis tout simplement tombé amoureux de cette série, et j'attends avec impatience les troisième tome, qui devrait arriver sous nos latitudes d'ici le 1er juillet. Un gros coup de coeur!

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Altaïr, Kotono Katô (tomes 1 à 5)
Manga, 2008 - 218 & 192 pages

Altaïr, c'est l'histoire de Mahmud, un jeune fauconnier récemment promu pacha, qui découvre les réalités de la politique et du monde militaire. Dans cet univers fortement inspiré par les grandes civilisations méditerranéennes du Moyen-Âge et de la Renaissance (Venise, Byzance, l'Empire Ottoman, la France...) la guerre semble inévitable lorsque l'Empire du Balthrain menace d'envahir le continent tout entier. On suit donc la route de Mamhud, qui afin de trouver le moyen de mettre fin aux conflits, parcourt le monde pour forger son expérience et ses connaissances. 

Les deux premiers tomes avaient été une vraie bonne surprise. J'ai été un peu déçu par le troisième tome, qui tombait dans les travers du "méchant empire parvenu" vs "gentil empire légitime" malgré des retournements de situation intéressants et une fin satisfaisante, mais les quatrième et cinquième tomes relèvent largement la barre, d'autant que les véritables enjeux, bien plus importants qu'attendus au départ, commencent à pointer le bout de leur nez... J'ai toujours un peu de mal avec l'aspect parfois très "shonen-esque" des évènements, mais globalement donc, c'est une série que j'apprécie vraiment de suivre, notamment pour découvrir ce que l'auteure nous mijote pour le tome suivant. Le côté politique, assez "simple" au départ, s'étoffe peu à peu, de même que l'intrigue, et les personnages, Mahmud en tête, sont très attachants. Et puis, cette patte graphique à tomber! Götterdämmerung, qu'est-ce que c'est beau!

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Boules de Cuir, Phicil & Drac
Bande-dessinée, 2012 - 64 pages

On poursuit notre périple historique avec cette fois une plongée dans les années vingt! Phicil et Drac signent ici un album un peu surprenant, qui nous embarque dans un Paris et sa banlieue revisités, avec un style graphique bon enfant mais une histoire pas enfantine. Une histoire de paris sportifs, de matchs de boxe amateurs, de mensonges et d'idéalisme. Des thèmes plus sombres sont également abordés, comme la guerre et ses dégâts (la "Première" n'est pas loin derrière et a laissé son empreinte...) mais avec beaucoup d'humour et de légèreté. Le tout pour une ambiance qui rappelle les bons vieux films français des années 40-50 avec Jean Gabin - ou pourquoi pas Les Tontons Flingueurs, si vous voulez.
Je ne peux que vous recommander la lecture de Boules de Cuir. C'est tout à fait par hasard que je suis tombé dessus à la bibliothèque, et j'en garde encore un très bon souvenir. Comme quoi, parfois, la lecture "à l'aveuglette" a du bon! Un excellent album que je vous invite donc à découvrir sans plus tarder! 

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Bon ben voilà, c'est tout pour aujourd'hui!


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dimanche 8 février 2015

Retour sanglant dans la bédéthèque. George Martin n'a qu'à bien se tenir!

Sang Royal, tomes 1 et 2 (bande-dessinée)

Tome 1: Noces sacrilèges
Tome 2: Crime et Châtiment

     Infos complémentaires:
     Série: Sang Royal (3 tomes, en cours)
     Origine: France
     Auteurs: Alejandro Jodorowsky (scénario), Dongzi Liu (dessin et couleur)
     Edition: Glénat - Grafica (2010 -  2011)
     56 pages par tome


Sans blague, il ne vous fait pas penser à quelqu'un, Alvar?
Un certain "faucon", peut-être? Ou alors c'est juste moi...
Dans un pays d'inspiration médiévale en pleine guerre, alors que les envahisseurs orientaux sont sur le point d'être défait, le jeune Roi Alvar est blessé d'une flêche. Profitant de sa faiblesse, son cousin Alfred le trahit alors, usurpant son identité pour prendre sa place sur le trône. Laissé pour mort, Alvar est recueilli par Batia, une bergère bossue auprès de laquelle, il demeure pendant dix ans, amnésique. Durant cette période naît une fille, Sambra. Mais évidemment, Alvar finit par retrouver la mémoire, et est bien décidé à reprendre sa place. Mais maudit par Batia, il ne fait au final que préparer sa propre perte, et avec elle celle de ceux qui l'entourent.

Mon petit résumé ne paie certes pas de mine, mais que voilà un récit sanglant et cruel! Les personnages sont tous monstrueux, rongés par leurs ambitions ou leurs désirs personnels qui les poussent à commettre les pires atrocités. Car certes, c'est au départ l'histoire de la vengeance d'un seul, celle d'Alvar, mais le chemin de haine sur lequelle il s'embarque conduit les victimes à se venger aussi. Au final, les vengeances s'entrecoisent, toutes plus horribles les unes que les autres. Des langues, des seins, des nez coupés, du blasphème, de l'adultère, de l'inceste des meurtres à la chaîne, des hectolitres de sang, et des coucheries présentées de manière crue, voilà ce qui vous attend si vous vous lancez dans la lecture de Sang Royal. Autant dire que la série n'est pas à mettre entre les mains de tout le monde!

Et pourtant, je ne saurais dire pourquoi, je lui trouve quelque chose de fascinant. Peut-être à cause de cette cruauté, justement, que l'on retrouve chez tous les personnages: bien évidemment chez le Prince Rador, pourri gâté dans son enfance et devenu complètement tyrannique en grandissant, et la Reine Violena, une femme belle mais opportuniste au possible et aussi tyrannique que son fils sous ses airs doux; mais aussi chez Alvar, dur et si orgueilleux qu'il se croit aussi bien au-dessus des Hommes que de Dieu; Batia elle-même n'y échappe pas, puisqu'au delà de la mort, elle va jusqu'à maudire son ancien amant et sa propre fille, riant de leur malheur, dans un excès de tristesse. Quant à Sambra, c'est certes la moins pire, mais elle est loin  d'être irréprochable: elle commet l'inceste en toute connaissance de cause, aveuglée par son désir, et trouve le moyen de tromper à la fois son mari et son amant.

Pas la peine de râler, les cocos, je vous l'avais dit!
En fait, l'histoire a quelque chose de très théâtral, de très shakespaerien, même. Les personnages, ainsi que le désir de vengance et la folie d'Alvar sont à mi-chemin entre Richard III, Macbeth et Hamlet, la cruauté et cette orgie de vengeances entrecroisées ne sont pas sans rappeler Titus Andronicus, les réflexions sur la nature du pouvoir et l'aspect militaire semblent tout droit sortis de l'Henriad. L'histoire semble même adopter une structure en cinq actes, renforçant l'aspect théâtral. Le fantôme de Batia, qui lance les malédictions, paraît d'ailleurs un metteur en scène cruel, qui s'amuse des méprises et des malheurs des vivants, un spectateur invisible de la pièce macabre qui est en train de se jouer sous ses yeux.

Ce qui me fait marrer (mais doucement, quand même, y'a pas non de quoi se fendre la poire) c'est qu'au-delà des éléments scénaristiques, Jodorowsky reprend également certains codes typiquement shakespeariens, des machins qui fonctionnent au théâtre, mais pas forcément en BD. Comme les discours parfois un peu trop grandiloquents qui n'ont rien de naturel (même si c'est sympa à lire, hein!), les grosses ellipses temporelles de la mort-qui-tue (par exemple un "dix ans plus tard" qui arrive aussi naturellement qu'un "le lendemain", comme ça, sans prévenir) et des actions parfois tellement suggérées qu'on se demande si elles ont bel et bien eu lieu autrement que par les discours des personnages - ce qui donne parfois lieu à des scènes qui, prises avec un peu de second degré, sont juste super drôles.  
Pour vous donner un exemple, voici un charmant petit résumé des pages 43 à 47: 
             « — Je vais te tuer.  — Moi aussi. — Non finalement, j'ai envie de toi. — Moi aussi. 
                     — Ah flute, nous sommes du même sang, nous ne pouvons pas... — T'as raison, c'est pas bien.
                     — Tiens, sans nous en rendre compte, nous venons de nous ébattre follement.
                     — Bon... on se marie du coup? — D'accord. »

Et voilà! Aussitôt dit, aussitôt fait!

Du coup, c'est dommage, parce que même si d'un certain point de vue, c'est rigoulol, d'un autre côté, ça dessert parfois un peu le récit. Je n'ai pas trop de soucis avec les ellipses de dix ans, personnellement, je trouve qu'ici ça passe, étant donné les points sur lesquels se concentre le scénario, la relation Alvar-Sambra en tête - ben oui, il faut bien attendre que la gamine grandisse et atteigne au moins la vingtaine... Ce serait encore plus malsain, sinon... Mais certains éléments s'enchaînent parfois de manière trop décousue (exemple ci-dessus) parfois trop rapide et on perd en crédibilité... Prendre un peu plus de temps pour souffler sur le côté, étoffer un peu plus les personnages et développer les relations n'aurait pas été de trop.

Mais ces points un peu négatifs sont largement rattrappés par le dessin, car, mes dieux! autant le dire tout de suite, ça envoie des rillettes par tartines de dix! Le rendu semi-réaliste, appuyé par une colo' superbe, renforce le côté cru du scénario, mais Dong Liu parvient également à lui insuffler de la vie, grâce à des personnages très expressifs et un joli travail sur le mouvement. Les décors et les personnages sont beaux - même les crasseux qui ont passé leur vie au milieu des ours ont un brushing impec' et du mascara; on se croirait dans un blockbuster Hollywoodien! -, l'ambiance est assez sombre, mais le tout est très détaillé, surtout durant les scènes de bataille. Je ne suis pas trop fan en revanche de la vision qu'offre Liu des spectres, mais c'est presque de l'ordre du détail. Au final, le tout est d'une grande richesse visuelle, de quoi largement compenser les failles du scénario.


Bilan des courses


Une fresque sanglante et cruelle très shakespearienne, les coucheries et les mutilations en plus, qui devrait ravir les amateurs du genre, et qui me fascine étrangement à chaque relecture, de par son ambiance glaucque à la limite du malsain et ses personnages tous plus monstrueux les uns que les autres. Si le scénario comporte quelques lacunes qui auprès de certains pourraient difficilement passer, le visuel les compense largement: c'est un véritable plaisir pour les yeux! Toutefois, gardez bien à l'esprit que c'est un récit très sombre à ne pas mettre entre toutes les mains - âmes sensibles s'abstenir!

(Notez que je n'évoque pas le tome 3, que je n'ai pas encore lu. A vrai dire, je pense sincèrement que les deux premiers tomes se suffisent à eux-mêmes, même la fin semi-ouverte n'avait pas forcément besoin d'une suite. Je lirai tout de même ce troisième tome, afin d'avoir un avis tranché sur la question.) 
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Ça passe certes presque au second plan, mais l'intrigue se déroule dans un royaume imaginaire d'inspiration médiévale. Je rattache donc cette chronique au Challenge Dark Fantasy, de Zina!

lundi 29 décembre 2014

Berserk, film 1: L'oeuf du roi-conquérant - édition collector par Dybex



Long-métrage d'animation réalisé par Toshiyuki Kubookaa
Titre original: Beruseruku: Ougon jidai-hen I - Haou no tamago 
(ベルセルク 黄金時代篇I 覇王の卵)
Origine: Japon
Studio 4°C
Sortie: 4 février 2012
Durée: 1h16
Edition collector de Dybex

Midland : un royaume pris, depuis un siècle, dans l'étau d'une guerre sans merci. Sur les champs de bataille, Guts, un jeune mercenaire, lutte pour survivre au quotidien. Malgré son jeune âge, il se bat avec la rage d'un chien fou, déploie une effroyable dextérité et traîne derrière lui une épée au gabarit impressionnant. Alors qu'il sort d'une énième bataille, il est pris à parti par une bande de mercenaires qui s'imaginent pouvoir le détrousser. Le choc est rude, et leur chef est obligé d'intervenir pour éviter que ses lieutenants ne se fassent massacrer en quelques instants. Après ce combat singulier, Guts se retrouve embrigadé et découvre qu'il a affaire à la Troupe des Faucons, des mercenaires aguerris dirigés par Griffith, un jeune homme charismatique et mystérieux, qui semble promis à une ascension fulgurante...

En tant que gros amateur de Berserk, j'ai profité des fêtes de Noël (parce que moi aussi, j'y ai droit, hein!) pour enfin me faire offrir le coffret collector du premier film - que soit dit en passant, je demandais depuis 2 ans, mais bon, hein... Aussi surprenant que ça puisse paraître, j'avais pris mon mal en patience, attendant d'avoir le DVD pour le visionnage et c'est bel et bien la première fois que je l'ai vu, avec mon frère qui traînait dans le coin.


Le film


Le film est le premier d'une trilogie intitulée "L'âge d'or" adaptant l'arc éponyme du manga Berserk, oeuvre mythique de Kentaro Miura. Ce premier opus reprend les tomes 3 à 6. On y suit la vie de Guts en tant que mercenaire solitaire, avant qu'il ne soit amené à intégrer la troupe du faucon de Griffith. Au service du royaume de Midland, cette compagnie se taillera peu à peu une place dans le pays au fil des batailles. Mais l'ambition de Griffith est toute autre, et il compte bien sur l'aide de Guts pour pouvoir y parvenir. Le premier volet d'une grande fresque épique, sombre, et bourée d'action.


Globalement, je suis plutôt satisfait. Déjà, esthétiquement, c'est très beau. Il y a eu un énorme travail de la part du Studio 4°C, aussi bien au niveau des décors que du character design, lequel a été pensé pour coller au plus près au style actuel de Miura tel qu'on peut le voir dans les derniers tomes parus. J'aime également beaucoup le travail sur les couleurs et les lumières, très vif. Certes, le film est très lumineux pour du Berserk. Mais après tout, ne sommes-nous pas encore dans "l'âge d'or"? En revanche, je ne suis pas forcément fan de l'utilisation de la 3d. Sur les scènes d'actions - jouissives et spectaculaires, au passage - elles apportent un vrai dynamisme, mais je les trouve par moments un peu "rigides", et surtout, malgré les efforts des animateurs, elles dénotent trop avec les scènes en animation 2d pure. Par ailleurs, l'utilisation de certains modèles 3d lors de quelques scènes me paraît peu pertinent: était-ce vraiment nécessaire lorsqu'on voit deux personnages marcher, ou Griffith tomber dans l'eau, frappé par un carreau d'arbalète? (Etait-ce si dur que ça à animer en 2d? Manque de temps, économie de moyens? Flemme?) Toutefois, l'animation reste globalement de très bonne qualité.
La BO est également une petite réussite, et je retiens quelques thèmes bien marquants, comme l'opening, Aria, interprété par Susumu Hirasawa, le doux et touchant thème de la princesse Charlotte, le lumineux Des liens solides - qui me donne des envies d'aventures RPG-esques - et le plus sombre Avant la tempête. Du très bon boulot de la part du compositeur, Shiro Sagisu.


En fait, mes plus grosses appréhensions concernaient la faible durée, mais honnêtement, le film parvient à s'en tirer aussi de ce côté-là, même si davantage de développement n'aurait pas été de trop. 1h10, c'est assez court, et j'aurais bien rajouté une vingtaine de minutes pour creuser davantage le quotidien de la troupe du Faucon, les relations, les enjeux, les rivalités au sein de la cour, tous ces éléments importants qui conduisent aux derniers chapitres du film. [je ne spoile pas, les connaisseurs voient sans doute de quoi je parle] Je n'ai pas relu les premiers tomes depuis longtemps, mais enfin, exceptée la jeunesse difficile de Guts sous forme de flashback rapide qui est plus suggérée que racontée - ce que j'ai d'ailleurs trouvé bien vu et plutôt bien fichu - la trame principale m'a l'air globalement bien respectée pour le moment. Alors certes, peut-être que des passages manquent à l'appel, mais c'est une adaptation, les cocos, normal qu'il y ait des coupes dans l'histoire. Le principal étant que ça puisse être vu, compris et apprécié aussi bien par des connaisseurs que par des néophytes, et de ce côté, le contrat est rempli, mon frère qui n'a pas lu le manga peut en témoigner.


Donc, globalement, c'est une suite de scènes cultes du manga, du bon gros fanservice, quoi, le tout appuyé par une esthétique léchée, une animation soignée, des séquences d'action dantesques à grand renfort d'incrustation CG parfois réussies, parfois moins. Il envoie donc du pâté visuellement, mais aussi auditivement, avec une BO superbe. C'est un peu plus mitigé par contre au niveau de la narration: même sans les coupes scénaristiques, tout s'enchaîne assez vite et a été simplifié, et s'attarder davantage sur certains passages n'auraient pas été de trop. Si le film peut se suffire à lui-même, il sera donc recommandé aux néophyte de compléter l'expérience avec le manga ou la série animée de 1997. M'enfin, pour moi, le film remplit son contrat (très) honnêtement, et c'est avec plaisir que je visionnerai ce film à nouveau, en plus de la suite, bien évidemment.

Le coffret collector



Si le studio 4°C a bien fait son boulot, on ne peut pas en dire autant de Dybex, pour le coup. Moi qui lorgnait sur cette collector depuis un bon bout de temps, j'en suis au final vraiment déçu. Le coffret cartonné est tout à fait correct, avec une texture faux cuir rouge et une illustration somme toute sympathique - même si je préfère largement celle utilisé par la Fnac pour son édition limitée personnelle. Excepté le logo moche de Dybex qui vient comme d'habitude tout gâcher, ça semble donc bien parti.
C'est quand on ouvre le coffret que ça devient moins bien. Le DVD du film, un DVD de bonus, un Design book de 64 pages format réduit aux allures de catalogue La Redoute, et le Behelit, et... c'est tout. Le tout pour 35 euros. Euh... Attendez là.... C'est une blague? Ils ont vraiment fait payer 35 euros à des gens - moi on me l'a offerte en occase mais sous blister quand même, donc ça ne compte pas vraiment - pour cette collector du pauvre? Surtout qu'on parle de Dybex, là, et de ses coffret intégrales de séries à vingt euros à tout casser...

L'intérieur du coffret (note: le petit âne n'est pas fourni avec le Behelit)

Pourtant sur le papier, même si ça paraissait déjà cher, ça semblait bien, mais dans les faits, le contenu "collector" n'est vraiment pas terrible: le Behelit est cool, certes, mais mesure 2,5cm de hauteur à tout casser; le design book est, boarf, sympathoche, mais fait pâle figure à côté d'un véritable artbook avec ses air de magazine gratuit, et surtout il manque d'annotations (parce que moi je ne sais pas lire le japonais, désolé); quant au DVD de bonus, c'est sans doute le pire: à côté des bandes-annonces (sérieusement, il y a encore des distributeurs qui pensent que c'est un vrai bonus?) tout ce qu'on a à se mettre sous la dent, c'est une interview des comédiens qui s'occupent du doublage français... Intéressant - pour ceux que ça intéresse - mais n'y avait-il pas moyen d'avoir un véritable making-of en plus? Non? Tant pis.
En fait, même le travail sur le disque du film a été bâclé: c'est certes de l'ordre du détail, mais un menu fixe comme ça, ça fait un peu cheap, surtout qu'avec une  ou deux petites heures de travail en plus, ils auraient parfaitement pu nous pondre un joli menu animé.

En clair, cette édition collector n'est vraiment pas terrible pour une collector, et est loin de valoir ses vingt euros de plus que la version standard. J'ai quand même l'impression qu'ils ont fait un peu plus d'efforts sur celle du second film, et si je parviens à la trouver en-dessous de vingt piastres, nul doute que je sauterai tout de même dessus, même si je sais d'avance que je serai déçu du contenu.

Hey! J'ai le même! En moins bien, minuscule, et puis je doute
que le mien m'amène un  jour à la tête du pays, mais bon!
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Sur ce, je vous laisse, avec le très sympathique Des liens solides:



samedi 15 novembre 2014

Forgés pour la guerre, mais pas pour la vaisselle, voici les peaux vertes!

Orcs, tome 1: La Compagnie de la Foudre, de Stan Nicholls


Regardez-moi! Regardez l'orc! Je lis dans vos yeux de la peur et de la haine. Vous me considérez comme un monstre, un prédateur des ténèbres, un démon dont vous parlez pour effrayer vos enfants. Une créature à traquer et à abattre comme une bête. Mais le moment est venu de prêter l'oreille à la bête. Et de savoir qu'elle vit aussi en vous. Vous me craignez, mais je mérite votre respect. Maras-Dantia était notre royaume, celui des nains, des elfes et des autres races aînées, longtemps avant que votre espèce ne vienne le saccager. Longtemps avant que vous ne dévoriez notre magie et ne violiez l'âme de notre monde. Ecoutez mon histoire. Regardez couler mon sang et remerciez les dieux. Remerciez-les que ce soit moi et pas vous qui aie manié l'épée. Remerciez les orcs nés pour se battre et destinés à ramener la paix!
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"Stryke ne distinguait plus le sol sous les cadavres. Les hurlements des blessés et le fracas de l'acier l'assourdissait. En dépit du froid, la sueur lui picotait les yeux. Les muscles en feu, tout son corps lui faisait mal et son pourpoint de cuir était constellé de sang, de boue et de morceaux de cervelle."

Infos complémentaires:
Titre original: Bodyguard of Lightning (1999)
Série: Orcs, tome I (Orcs, First Blood)
Traduction par Isabelle Troin
Edition: Bragelonne (2001)
300 pages


Orcs est une série qui me faisait de l'oeil depuis un moment, principalement en raison du point de vue atypique qu'elle offre: celui des orcs, justement. Et il y a quelques semaines, à l'occasion d'un passage à la médiathèque, j'ai enfin décidé de franchir le pas.
Autant le dire tout de suite: ce premier tome a été une bien belle déception.

Le vif du sujet


Le récit est centré autour d'une compagnie de mercenaires orcs, les Renards, au service de la reine Jennesta. Maras-Dantia, autrefois le continent des races aînées, est depuis quelques siècles investi par les humains, déchirés entre deux factions par conviction religieuse: les Unis et les Multis. Soutenant les Multis, plus favorables aux races aînées, Jennesta a envoyé les Renards à la recherche d'un mystérieux artefact en possession des Unis. Mais bientôt, par la suite d'une série d'évènements imprévus, une course-poursuite contre le temps s'engagera sur tout le continent. Un jeu du chat et de la souris, entre les Renards et leurs poursuivants de tous bords, qui pourrait bien impliquer toutes les races aînées...

Excuse-moi, mon coco, mais j'essaye de m'adresser à des gens intelligents, là.
Tu ne pourrais pas aller voir ailleurs si j'y suis?

J'avais déjà un peu côtoyé des orques "mauvais" via les oeuvres de Tolkien, ainsi que dans l'univers de Naheulbeuk, qui ne se gêne pas pour tourner en ridicule les univers de la fantasy et du jeu de rôle. Là, ils font davantage office de chair à canon du côté des vilains qu'autre chose, et excepté une communauté de hippies traînant aux alentours de Suak, on ne s'y attarde pas plus que ça.
Mais mes rencontres avec les orques ne s'arrêtent pas là, puisque j'ai également vécu quelques aventures à leurs côtés dans la série des Elder Scrolls ainsi que dans la franchise Warcraft, où ils ne sont plus qu'un peuple parmi tant d'autres, avec son histoire, ses coutumes, son caractère, sans alignement particulier. Et, j'ai beau avoir exploré pas mal de choses niveau fantasy, je crois bien que c'est tout. En effet, il faut dire que malgré une idée reçue, ils ne sont pas si courants que ça en fantasy. Avoir une nouvelle vision sur ce peuple, que je trouve plutôt intéressant malgré tout, me tentait donc énormément.

Mais, et c'est bien là que se situe l'un des principaux problèmes de ce premier tome, on a beau suivre une compagnie de mercenaires Orcs, il pourrait tout aussi bien s'agir d'un autre peuple, que cela ne ferait pas grande différence... On a en effet si peu d'informations sur eux, exceptés quelques détails physiques que tout le monde connaît - peau verte, oreille pointus, cheveux noirs, faible pilosité, trapus - qu'on peine à les imaginer si différents de nous. Via quelques rares paroles, et surtout les rêves de Stryke, on entrevoit bien une société tribale, à la culture chamanique et guerrière, mais c'est finalement chose si peu abordée que je me demande si au fond, je ne comble pas les vides de ce côté-là en apparentant par erreur ces orcs à ceux de Warcraft - auxquels ils m'ont irrémédiablement fait penser. Par ailleurs, les orcs de la compagnie ne cessent de répéter à tout bout de champ "nous ne pensons ni n'agissons comme ces humains!" D'accord, on a compris, votre manière de penser et d'agir est peut-être différente de la nôtre, mais dans ce cas, j'aimerais bien savoir en quoi elle l'est? Non, sincèrement, je suis vraiment déçu de ce côté-là, duquel j'en attendais pourtant beaucoup...

Apparemment, il existe une adaptation en comic, signée Stan Nicholls et Joe Flood. J'aimerais bien y jeter un oeil, à l'occasion...
(mais pas littéralement, ce serait quand même douloureux)

Cela mis de côté, le récit en lui-même est loin de m'avoir passionné. Je ne dirais pas que je me suis ennuyé pendant ma lecture, ce n'est pas ça; disons plutôt qu'elle m'a en quelque sorte, laissé... indifférent la plupart du temps. Jamais je ne suis vraiment entré dans l'histoire, ne me suis attaché aux personnages, me suis amusé de leurs plaisanteries. J'ai survolé le roman comme une espèce de vieux planeur au-dessus de l'océan des pages... Par ailleurs, la trame est beaucoup trop classique pour être mémorable, le seul point vraiment original étant le choix des orcs pour héros, mais vous savez ce que j'en pense. Toute la tension que j'aurais pu ressentir à ma lecture s'est également trouvée évaporée dès l'instant où je me suis aperçu que quelque soit la situation dans laquelle les personnages se soient trouvés, il arrivaient toujours à s'en sortir sans difficulté, certes parfois de manière ingénieuse, mais sans la moindre égratinure. Les seules pertes du groupe, au nombre incroyable de deux, sont finalement des personnages dont on ignorait tout jusqu'à ce qu'ils se trouvent au seuil de la mort et que l'auteur daigne enfin nous les présenter. Difficile de s'attacher à eux dans ces conditions, et ainsi d'être véritablement attristé à l'annonce de leur décès...

Il y a tout de même un personnage pour lequel j'ai vraiment réussi à ressentir quelque chose, mais pas dans le bon sens du terme: la reine Jennesta. Habituellement, j'aime beaucoup les personnages de "méchants" (même si elle n'est pas ici clairement définie comme telle) mais ici, je l'ai plutôt trouvée insupportable. Des fois, il y a quand même des personnages qu'on aime bien détester, mais même pas. C'est juste une grosse con***se détestable, méprisante et méprisable. Je suis un peu dur avec elle, mais elle le rend bien, de toute façon.

Quelques couvertures étrangères. Y'a pas à dire, je préfère les nôtres...
(par contre, faudra m'expliquer pourquoi ces débiles d'allemands utilisent les illustrations des romans de Gemmell, ça n'a rien à voir, bande de crétins!)

Bon, je me trouve assez négatif. Si je garde un souvenir très mitigé de ce premier tome, il en reste tout de même quelques bonnes choses. Au niveau des personnages, j'ai tout de même réussi à apprécier Alfray, le vétéran du groupe, également médecin. Jup le nain, seul non-orc de la bande, a su aussi se montrer malin lors de la partie qui lui a été consacrée, et j'en attends beaucoup pour la suite de Coilla, une des commandantes de l'unité. Quant à Stryke, il me laisse encore assez indifférent, mais il est sur la bonne voie pour me plaire.
Une chose que l'on ne peut pas non plus reprocher au récit, c'est le manque d'action. Et en effet, La Compagnie de la Foudre est loin d'en manquer! Personnellement, à quelques exceptions près, je préfère du visuel pour ce genre de choses, mais il faut bien avouer que le style de Stan Nicholls, même si je suis loin d'en être fan, se prête tout à fait à ce type d'évènements! Ça castagne dans tous les sens, à grands renforts de membres arrachés, de têtes écrasées et de giclées de sang, avec bouillie de cervelle en dessert. Bon appétit!

Enfin, il se trouve tout de même quelques passages tendus qui ont véritablement éveillé mon intérêt - avant qu'il n'aille se rendormir en attendant une autre lecture... Le passage où la compagnie tente de prendre d'assaut le campement kobold durant la nuit, par exemple, un bon passage tendu à la limite de l'infiltration, comme j'aurais aimé en voir davantage dans ce tome... Un peu plus loin, il y a bien ce chapitre où Jup, profitant de sa nature de nain (et c'est là qu'on se rend compte que c'est la raison pour laquelle l'auteur à décidé d'en foutre un dans cette compagnie constituée uniquement d'orcs...) infiltre une ville humaine pour y dérober un artefact, mais là ou au début, je le trouvais intéressant, il finit par souffrir du même syndrôme que tout le reste du roman; c'est-à-dire que les personnages traversent tous les évènements sans égratinure ni difficulté... Une fois qu'on s'en rend compte, c'est terminé! Plus possible de s'inquiéter pour leur sort! Finalement, il aura fallu attendre la fin - et quand je dis la fin, c'est vraiment la fin, soit les 5 dernières pages - pour que je sois à nouveau véritablement intéressé, alors qu'Alfray et Stryke sont vraiment en fâcheuse posture, tandis que le reste de la compagnie se retrouve dans la panade suite à un autre évènement - que je ne spoilerai pas (le spoil, c'est le Mal) - malheureux. Du coup, j'ai un peu d'espoir pour la suite, en espérant y retrouver, lorsque je voudrais bien m'y mettre, ce qui à mes yeux manque au premier tome.
(C'est dommage par contre que la fin fasse vraiment "cliffhanger à deux rubis de fin d'épisode", on était déjà à la limite de la fantasy série B, pas la peine d'en rajouter...)


Qui a dit que les Orcs étaient forcément moches à vomir?


Bilan des courses


Un premier tome qui ne m'a pas vraiment convaincu. Bien sûr, il se lit rapidement et facilement, il y a de l'action à foison qui ravira les amateurs, quelques passages et personnages intéressants, mais les ficelles du scénario sont trop classiques, les personnages et l'univers sous-exloités, et pas de réelle tension. Par ailleurs, même s'il ne m'a pas dérangé, je n'ai pas trop apprécié le style de Stan Nicholls. Et puis, par pitié, qu'il développe ses orcs, qui font pourtant les gros titres de la série!
Au final, j'ai eu l'impression d'avoir entre les mains un genre de "compagnie noire" - difficile de ne pas remarquer les points communs avec la série de Glen Cook, même si le fond est un peu différent - mais en moins bien, si vous voulez mon avis. Mais ma déception est certainement motivée par le fait que j'en attendais énormément, et après tout, la fin ayant réussi à susciter mon intérêt, je lui accorde le bénéfice du doute, en espérant qu'il exploite mieux son univers et ses personnages la prochaine fois, et qu'il réussisse à me surprendre!

Note: Il paraît que le roman est en quelque sorte une métaphore de la colonisation des Amériques et du génocide des Amérindiens. C'est vrai. Je n'en ai pas parlé dans ma chronique - mais je me rattrape ici - parce que même si l'on peut facilement faire le parallèle, cet aspect ne m'a pas tant intéressé, et n'entre pas en ligne de compte dans mon appréciation générale du livre. J'aime bien de temps en temps faire de petites analyses, c'est vrai, mais pas cette fois. (D'façon, sur ce point-là, avec l'un des prochains articles que je vous prépare - tu le sens le gros teasing de la mort pour un machin qui n'arrivera pas avant des mois? -, je vais me faire plaisir. Vous devriez pas être déçus.)


Si vous aimez les Orcs avec du background développé,
le tout dans une bonne histoire pas manichéenne pour un sou,
préférez "Le chef de la rébellion", qui présente les débuts de
 l'orc Thrall en tant que chef de guerre.
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Et une seconde chronique pour le Dark Fantasy Challenge de Zina - qui avait bien besoin d'être alimenté!