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lundi 31 octobre 2016

(B)reinedead

(on remarquera que cette chronique, après tant de mois de rien, sort pile pour Halloween... si ça c'est pas de la coïncidence ! )

[Pause-lecture] Victoria, Reine et tueuse de Démons, de A. E. Moorat (Queen Victoria : Demon Hunter, 2009) 


Londres, 1838. 
La Reine Victoria est couronnée : elle reçoit l'orbe, le sceptre, et un arsenal d'armes destiné à pourfendre les démons ! Car au palais de Kensington, il y a de nombreux domestiques pour les tâches les plus ingrates, mais il incombe au souverain d'éliminer les engeances des enfers...
Bienvenue dans l'ère victorienne !
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"À une heure avancée de la nuit, alors qu’il contemplait Perkins, son serviteur, en train de manger son chien, Quimby, l’air sombre, se mit à réfléchir aux événements inhabituels survenus dans la soirée. "

   Origine : Royaume-Uni
   Traduction : Carine Roulet (2011)
   Edition : Eclipse (2011)


Victoria. Tueuse. De. Démons. En costume de sacre, avec des armes trop classes et tout plein de têtes décapitées.

Shut up and take my money ! 

Comme beaucoup je suppose (peut-être même comme vous, qui sait ?), j'ai été fortement interpellé par le titre et la couverture lorsque je suis tombé un peu par hasard sur ce livre dans un étal de bouquiniste, alors que j'étais simplement venu à la base pour .... et allez, voilà qu'il nous raconte encore sa vie ... bref, difficile de ne pas étre titillé par un visuel pareil, d'autant que de manière générale, le concept de fantasy/fantastique historique (ce n'est pas tout à fait ça, mais vous saisissez l'idée) m'intéresse énormément. D'autant plus que la thématique zombies/démons impliquait un ton décalé série B assumé, donc une bonne petite lecture décomplexée et pas prise de tête, peut-être même fendarde, bref un machin à des lieues de mes lectures habituelles, en perspective. 
Et en fin de compte, même si c'était un poil différent et en deçà de mes attentes, c'est bel et bien ce que j'ai eu. n'est-ce pas Les Mystères de Saint-Petersbourg (non, je n'arrêterai pas avec celui-ci)

Oui, je spouale la fin de ma chronique dès le début. Oui, je le sais. Oui, je m'en fous. C'est chez moi ici, je fais ce que je veux. Au moins, comme ça, pas de malentendus entre nous, et puis si jamais ça vous saoule, ça vous permet d'arrêter la lecture à tout moment, et ce en commençant tout de même dans les grandes lignes le verdict final. C'est plus pratique comme ça, non ? 

Bon, maintenant que ce mystère a été éclairci, je pense que nous pouvons revenir à des choses plus triviales. 

La couverture reprend ce tableau bien
connu de la reine en costume de sacre
Comme vous avez pu vous en douter au vu du titre, de la couverture, et du petit résumé, le roman met donc en scène cette bonne vieille Victoria (enfin, jeune dans le cas présent) à peine couronnée, et déjà bien occupée...  À l'époque où Elizabeth Bennett poutrait du zombie grâce à ses skills de ninja, et bien avant qu'Abraham Lincoln ne se mette à la chasse aux vampires, la jeune reine avait elle aussi bien des ennuis dans son royaume avec les forces des ténèbres... car ce ne sont rien de moins que des démons venus tout droit des Enfers, qu'elle doit affronter ! Un sombre complot s'ourdit en effet en plein coeur de l'Angleterre, visant à placer les descendants de Baal sur le trône ...
C'est ainsi l'occasion de revisiter les première années de l'ère victorienne sous un angle un peu inédit - et tellement jouissif ! Les lycanthropes déguisés en valets - perruqués et poudrés, s'il vous plaît ! - les prostituées et parlementaires zombies, les armées de petits ramoneurs possédés, se mêlent joyeusement - le plus souvent avec force et fracas - aux grandes figures de l'époque que l'on est amené à croiser au fil des chapitres. De ce côté là, le mélange fonctionne parfaitement, d'autant qu'il est fait avec suffisamment de décalage et de dérision, mais toujours maîtrisé, pour éviter de somber dans le gros n'importe quoi, ou au contraire dans le "trop au sérieux". Et ça, mine de rien, c'est un très bon point. 

J'ai pourtant eu un peu peur au début de ce côté-là, je vous l'avoue, car à un moment, les chapitres de Victoria s'orientaient un peu trop vers son amourette sa relation avec le Prince Albert, et très honnêtement ... Je n'en avais pas grand-chose à faire. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose - d'autant que ça représente une part très importante et de la vie de la reine, et de l'intrigue - mais ça empiète à mes yeux un peu trop sur l'aspect guerre contre les démons, côté Victoria. Et puis du coup, elle ne commence à véritablement poutrer du démon que vers la moitié-les deux tiers de l'histoire. Petite déception de ce côté-là, car pour une oeuvre qui s'appelle "Victoria, tueuse de démons", la Victoria, elle n'en chasse pas tellement au final.

Le dieu-démon Baal, dont les descendants
cherchent à asseoir leur domination sur le monde ...
Fort heureusement, il y a Quimby. Le seul, l'unique, le grand Quimby. Qui à lui tout seul représente environ les deux tiers du fun de l'histoire. Pour faire simple, disons que c'est une espèce de noble pervers, légèrement malhonnête sur les bords, et plutôt porté sur la nécromancie... Il forme avec son serviteur Perkins, tout aussi dépravé que le maître - et accessoirement changé en zombie suite à un malheureux concours de circonstances - un drôle de duo auquel j'ai curieusement fini par m'attacher à la suite de toutes ces mésaventures à base de chantage zombies, possédés, et rats sauvages dans lesquelles ils se retrouvent embarqués... Le contraste très amusant entre le caractère immoral des deux hommes et leur attitude exagérément guindée propre à la haute société a dû également beaucoup jouer sur ce ressenti. J'ai été surpris tout de même de voir qu'ils étaient aussi présents, mais leur présence permet d'alléger grandement le ton du récit, en apportant beaucoup d'humour au récit. Bon, pas toujours très fin hélas, ça tourne souvent autour de la ceinture, avant comme arrière, si vous voyez ce que je veux dire ... *clind'oeilclind'oeil* (bons dieux que je suis ridicule...)

Par ailleurs, les autres personnages tiennent bien la route, entre la badass Maggie Brown, mentor et protectrice de la reine, le bienveillant et attachant Lord Melbourne, Premier Ministre du Royaume, et le détestable sir John Conroy, odieux manipulateur de l'ombre ... L'intrigue offre de nombreux rebondissements, et nous entraîne dans une aventure haute en couleurs, nous faisant visiter les Palais de Kensington et Buckingham, les fameux clubs de gentlemen de Londres, la Chambre des Lords, les bas-fonds de la ville, sans oublier bien sûr, détour obligé par les asiles glauques de l'époque... Le tout avec moultes scènes d'action, bien riches en hémoglobine, des combats effrennés contre des hordes de revenants ou de lycanthropes, des duels à l'arc, à l'épée, ou encore à l'aide d'armes plus... inédites... Bref, les décors et situations sont assez variés, nous offrant un bel aperçu du Londres de l'époque victorienne, mais version histoire d'horreur-série B... 
Sinon, rien d'exceptionnel dans la plume et la narration, mais le tout est suffisamment maîtrisé pour que ça se lise facilement et rapidement, sans prise de tête, en gardant un bon rythme du début à la fin. Peut-être un peu trop survolé par moments: quelques descriptions, et développements supplémentaires n'auraient pas été de trop, notamment du côté de Victoria et des démons, pour pousser le concept un peu plus loin, d'autant que certains éléments restent encore en suspens à la fin ... 


Bref, un bon petit roman d'horreur historique au ton décalé un peu série B parfaitement assumé, qui offre sans prétention ce qu'il promet, avec un concept qui méritait toutefois d'être poussé un peu plus loin. La partie romantique côté Victoria empiète malheureusement un peu trop sur d'autres développements, et l'humour souvent coïto-scato est loin d'être toujours très fin; cependant rien qui vienne gâcher outre mesure la lecture. Rien d'inoubliable dans ce "Victoria, reine et tueuse de démons" finalement, mais ça reste très plaisant , jouissif même, comme défouloir littéraire, pour passer le temps entre deux lectures moins légères. 

Victoria se doutait-elle que, quelques décennies plus tard, une nouvelle catastrophe s'abattrait sur son royaume ?
(The new adventures of Queen Victoria, par Pab Sungenis - allez voir, c'est rigolo.)

jeudi 21 avril 2016

Retour inespéré des chroniques avec le Silmarillion

[Pause-lecture] Le Silmarillion, de il maestro J.R.R. Tolkien, édition assemblée et préfacée par Christopher Tolkien

Coucou Gandalf et Monsieur le Balrog ! On est contents de
vous voir, mais... qu'est-ce que vous faites ici au juste ?

Les Premiers Jours du Monde étaient à peine passés quand Fëanor, le plus doué des Elfes, créa les trois Silmarils. Ces bijoux renfermaient la Lumière des Deux Arbres de Valinor. Morgoth, le premier Prince de la Nuit, était encore sur la Terre du Milieu, et il fut fâché d'apprendre que la Lumière allait se perpétuer. Alors il enleva les Silmarils, les fit sertir dans son diadème et garder dans la forteresse d'Angband. Les Elfes prirent les armes pour reprendre les joyaux et ce fut la première de toutes les guerres. Longtemps, longtemps après, lors de la Guerre de l'Anneau, Elrond et Galadriel en parlaient encore.

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Titre original: The Silmarillion (compilé et édité en 1977)
Origine: Angleterre
Traduit par Pierre Alien (1978)
Edition: Pocket - Collection SF/Fantasy (1984)




Lire du Tolkien, c'est toujours un petit événement pour moi. C'est clairement le genre de lectures que je décide à l'avance, histoire de bien me préparer, mentalement et physiquement, à replonger dans son oeuvre. Parce que pour moi, on ne lit pas Tolkien comme on lirait n'importe quoi  : c'est quelque chose qui doit se faire dans de bonnes dispositions, tranquillement installé dans un jardin, à l'ombre d'un vieux chêne millénaire (parce que quand même, c'est la classe) ou au calme chez soi, avec une douce lumière chaude, une bonne tasse de thé ou de chocolat à portée de main, et une pipe au bec (éteinte, c'est meilleur pour la santé) . 

Une fois ces conditions remplies, enfin on peut s'ateler à la lecture de l'ouvrage, et s'immerger enfin à nouveau en Terre du Milieu. Car c'est seulement bien installé et la pensée claire que l'on peut ressentir toute la force de l'oeuvre du maître, le souffle des âges, la tempête des batailles, la beauté de ces lieux d'un temps perdu, le déchaînement des passions causant peu à peu la ruine de cet univers, mais qui en même temps ne font que le magnifier... Et le Silmarillion, c'est ce récit, inachevé mais puissant, terrible mais grandiose, c'est l'histoire tragique d'un monde fait pour la beauté mais qui court indéniablement vers sa perte.  

Alors, certes, en lisant le Silmarillion, on découvre la genèse du monde d'Arda, on apprend qui est réellement Sauron, on réalise enfin quel est le destin tragique des Elfes, et que la Terre du Milieu n'est finalement que l'ombre de ce qu'elle fut par le passé; c'est l'occasion de faire connaissance avec le terrible Morgoth, les Valar, les Silmarilli, leur créateur Fëanor et ses descendants, et toute une foule d'autre personnalités des premiers Âges dont quelques figures bien connues (au hasard, une certaine Galadriel et un certain Elrond...) ; et donc, ne serait-ce que d'un point de vue informatif et culturel, c'est un livre intéressant et incontournable, notamment parce qu'il est la fusion parfaite des inspirations - nordiques notamment - et de l'imagination de son auteur. Mais c'est aussi tellement plus que ça : c'est la porte ouverte à toute une mythologie riche qui en appelle à notre propre passé, c'est une galerie de portraits présentant toutes les vertus et les vices du genre humain, mais surtout, c'est tout un ensemble d'histoires magnifiques, de destins croisés qui viennent former cette immense tapisserie qu'est le Silmarillion.


Fingolfin's Challenge to Morgoth, par cet autre grand bonhomme qu'est John Howe.
(Parce que quand même, il faut bien égayer un peu avec de belles images.)

J'ai toujours énormément de mal à parler de Tolkien en fait, et surtout de ce Silmarillion ; difficile en effet de ne pas redire une énième fois ce qui a été déjà dit un bon trouzemilliards de fois par d'autres lecteurs, oui c'est un récit dense, pas forcément évident à lire, notamment au début, qui demande donc de l'implication, et oui, pour peu qu'on s'intéresse un peu à son univers et son oeuvre, le jeu en vaut largement la chandelle. Mais tout cela n'est finalement pas grand-chose, j'ai un peu l'impression en écrivant cela d'avoir affaire à des considérations techniques, qui ne permettent pas d'appréhender ce qu'est réellement l'oeuvre et de rendre justice à son auteur. Et je ne sais pas trop quoi écrire en fin de compte, parce que j'ai toujours beaucoup de mal à trouver les mots pour parler de ce bon vieux professeur, de toute l'admiration et le respect que j'ai pour ce grand monsieur, de tout ce qu'il m'a fait vivre et ressentir. Tout ça est dans mon coeur et mon esprit, mais pour le coucher sur papier, bonjour la misère... 

Donc au final, cette chronique ne ressemble pas à grand-chose, je ne sais pas quoi dire, on y apprend rien, il n'y a même pas d'humour ni le côté râleur habituel pour étayer tout ça, bref c'est bien pauvre pour un machin qui arrive 6 mois après le dernier "vrai" article, vous m'en voyez désolé. Disons que tout ça, ce sera pour la suite, et que là, c'était une petite pause "saute d'humeur" sur un livre avant la reprise d'un rythme plus régulier...


Bon allez, sur ce, je retourne hiberner pour six mois ! A la prochaine les cocos !


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J'ai longtemps hésité à le faire, mais finalement, je fais concourir cette simili-"chronique" 
au challenge viking, au vu des nombreuses inspirations nordiques de l'univers, et donc de l'oeuvre.

vendredi 27 mars 2015

Petite chronique rapide: neige, assassin, montagne, et neige.

Un roi sans divertissement, de Jean Giono

Les années 1840. Un village perdu du Dauphiné. Un hiver enneigé. Une série de disparitions inexpliquées. Très vite, pour résoudre ce mystère, on fait venir ni plus ni moins qu'un officier de la ville, le commandant Langlois. Mais si rapidement il trouve la clé de cette énigme, cette affaire sera loin de le laisser indemne...
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"Le livre est parti parfaitement au hasard, sans aucun personnage. Le personnage était l'Arbre, le Hêtre. Le départ, brusquement, c'est la découverte d'un crime, d'un cadavre qui se trouva dans les branches de cet arbre. Il y a eu d'abord l'Arbre, puis la victime, nous avons commencé par un être inanimé, suivi d'un cadavre, le cadavre a suscité l'assassin tout simplement, et après, l'assassin a suscité le justicier. C'était le roman du justicier que j'avais écrit. C'était celui-là que je voulais écrire, mais en partant d'un arbre qui n'avait rien à faire dans l'histoire." J. Giono
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"Le sang sur la neige, très propre, rouge et blanc, c'était très beau."


     Infos complémentaires:
     Origine: France
     Edition: Folio (1948)
     240 pages


Vous l'avez sans doute constaté si vous traînassez sur ce blog depuis quelques temps et que vous avez au moins deux ronds de jugeote, je porte plus volontiers mon dévolu livresque sur la fantasy. Parfois, cependant, il m'arrive de me lancer de façon plus hasardeuse dans des oeuvres bien éloignées de mes principaux intérêts - fantasy, historique, policier, éventuellement absurde, humour noir ou anglais. Je me disais depuis un petit bout de temps qu'une bonne liste de "classiques" de la littérature manquaient à mon tableau, et même si je n'aime pas trop me forcer pour ce genre de choses, je n'aime pas non plus avoir de grosses lacunes dans ma culture générale. Mais, comme lire est avant tout un divertissement pour moi, autant choisir quelque chose d'à priori intéressant et pas trop long. (oui, dit comme ça, j'ai un peu honte...)
C'est ainsi que j'ai entrepris la lecture d'Un roi sans divertissement.

Voilà un livre bien étrange... Je ne saurais dire exactement ce qui m'a attiré chez lui. J'aurais également beaucoup de mal à vous en parler comme je le fais habituellement dans mes autres chroniques. De ce que j'ai pu voir un peu partout sur le net, il y a bon nombre de pistes d'analyse et de réflexion très intéressantes - qui en font le genre d'oeuvre redoutée par les bacheliers de France et de Navarre - mais c'est en solitaire que je me suis lancé, non dans une volonté de décortiquer le texte, simplement pour le savourer. Aussi, peut-être beaucoup de choses m'ont-elles échappé.
Toujours est-il que je pense qu'Un roi sans divertissement n'est pas vraiment fait pour être disséqué, mais pour être ressenti. Il instaure tout du long une espèce d'ambiance un peu étrange, un peu irréelle, comme si les personnages-narrateurs eux-mêmes semblaient absents, perdus... J'ai eu un peu l'impression de ressentir la même chose que face à un immense champ recouvert de neige - si, vous savez, une espèce de vide intérieur, mêlé à un sentiment de tristesse, de plénitude, et de nostalgie tout à la fois... Et petit à petit, cette ambiance particulière se fait de plus en plus pesante, comme si l'on sentait que les personnages voulaient nous dire quelque chose, sans y parvenir, tandis que le lecteur a du mal à voir où ils veulent en venir. Alors la fin arrive, comme un soulagement pour tout le monde, comme un poids dont tous se seraient enfin libérés, surprenante (enfin... presque, comme vous le verrez un peu plus bas) et pourtant tellement logique au fond, puisque tout y conduisait.

Je me suis parfois ennuyé, parfois moins, j'ai eu du mal à avancer de temps en temps, mais quand j'ai refermé le livre après la dernière page, j'avais la sensation d'avoir lu un bon truc. Pas inoubliable, pas indispensable, juste un bon truc, beau sans prétention et bien écrit.

(Je ne félicite en revanche pas les imbéciles qui ont cru malin de mettre en quatrième de couverture un extrait du livre, et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit ni plus ni moins de la fin... Ce qui est fort dommage, car je pense qu'elle a de quoi surprendre, et elle aurait pu faire son office auprès de moi, si je ne l'avais pas connue à l'avance. Donc, zut à vous les gars, je ne vous remercie pas. (et du coup, c'est pour ça qu'à la place vous avez un résumé pourri rédigé par mes soins))

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dimanche 26 octobre 2014

Rencontre sympathique avec un jeune enquêteur médiéval

L'hiver des loups, de Evelyne Brisou-Pellen

Poursuivi par les loups qui pullulent en cet hiver très froid, Garin trouve refuge dans une maison isolée où vit Jordane, seule avec ses deux petites sœurs.Qui est-elle ? Garin se rend compte que les villageois en ont peur, presque autant que les loups qui les encerclent. Mais il découvre bientôt que dans ce village retiré de Bretagne, bien des gens ont intérêt à voir Jordane disparaître. Malgré les conseils de prudence, il prend pension dans la maison solitaire. Il ne peut pas savoir, que du haut de la colline, des yeux épient...
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"Jordane se sentait mal. Elle avait peur. Peur des loups, ou peur pour les loups, elle ne savait pas."


Infos complémentaires:
Série: Garin Trousseboeuf (II)
Edition: Folio Junior (1998)
Illustrations de Nicolas Wintz
200 pages environ

Note: excusez la qualité déplorable de certaines images. Comme je n'ai pas retrouvé sur Internet les illustrations intérieures du livre, que je voulais vraiment vous montrer, j'ai fait ça de façon artisanale, rapidement et avec le matos à ma disposition, et donc n'importe comment. Voilà.


Certains me diront que je suis trop vieux pour ça, mais quand on aime, on ne compte pas, et ça vaut aussi pour les ans. Et puis, il fallait bien que je m'y mette un jour ou l'autre. Pour la petite explication, j'ai toujours été un gros lecteur. Du coup, il n'était pas rare lorsque j'étais plus jeune que ma môman (que j'aime beaucoup même si elle a régulièrement le don de m'énerver) m'achète des livres, en plus de m'amener à la bibilitothèque. Avec le temps et les ans, j'ai fini par me les acheter moi-même, mais il reste toujours sur mes étagères des bouquins que j'ai depuis cette époque, et que je n'ai toujours pas lus. Récemment, dans une volonté de faire enfin connaissance avec ces inconnus qui m'accompagnaient depuis l'enfance, j'ai décidé de lire un de ces livres en question de temps en temps. C'est ainsi que je me suis attaqué à "L'hiver des loups", le second tome des aventures de Garin Trousseboeuf - et oui, je commence par la suite. Il faut croire que la malédiction du tome 1 qui touche ma mère ne date pas d'hier.

En tout cas, les illustrations de Nicolas Wintz sont bien sympa, et plongent tout de suite dans l'ambiance!

L'histoire nous plonge en plein Moyen-Âge, durant l'hiver 1354. Dans ce tome, on retrouve donc Garin, perdu durant son périple en pleine cambrousse bretonne. L'hiver fait des ravages, les loups sont à ses trousses, il n'a d'autre choix que de trouver refuge chez la jeune Jordane, une fillette de douze ans en charge de ses deux petites soeurs, et dont les parents sont aux abonnés absents. Il s'avère en réalité que sa mère est décédée, et son père parti depuis des années en pélerinage, et que la jeune fille est délaissée par les villageois, qui la soupçonnent d'être de mèche avec les loups, et donc l'accusent de sorcellerie.
Afin de garder un oeil sur la situation, et surtout de pouvoir aider Jordane en cas de besoin, Garin s'installe alors quelques temps au village comme scribe. Au fil du temps, des évènements, il réalisera finalement que si les loups semblent selon les dires des villageois menacer la région sous le commandement de Jordane, il s'agit en réalité d'une conspiration destinée à se débarrasser de la jeune fille. Car de nombreuses personnes auraient intérêt à la voir disparaître, mais Garin devra faire preuve d'adresse et d'intelligence afin de confondre le véritable coupable...

Au Moyen-Âge, inutile de rappeler que les loups n'étaient pas
très bien vus. Sur ce dessin du XVe siècle, ils sont représentés en
véritables monstres assoiffés de sang, et s'attaquent à un village.
Pour une première rencontre avec le personnage, j'aurais tout de même aimé que le volume se concentre davantage sur Garin. Pas que la petite Jordane soit un personnage déplaisant, bien au contraire, mais du coup, Garin en passerait presque au second plan. Plutôt dommage, non? Surtout que du coup, à mes yeux, l'enquête en a un peu pâti: j'ai eu l'impression qu'elle était sans cesse repoussée, interrompue; et surtout, lorsque Garin se secoue enfin un peu les miches, vers les derniers chapitres, qu'elle se terminait alors qu'elle venait tout juste de débuter véritablement! 
M'enfin, l'enquête s'en tire tout de même bien, puisque, même si Garin n'est pas des masses impliqué dedans au début, les nombreux éléments, apparemment sans rapport, disséminés un peu partout viennent peu à peu s'agencer pour former le tableau final. L'histoire connaît également quelques rebondissement intéressants, qui font régulièrement douter de la sincérité et des véritables motivations des personnages. Hé oui! Il faut éviter de se fier aux apparences, dans L'hiver des loups, car elles peuvent se révéler fort trompeuses! Dans cette optique, j'ai été plutôt surpris par l'identité du coupable. Je ne dis pas que ce n'était pas crédible, incohérent, ou quoi, bien au contraire, c'était même parfaitement logique! Mais voilà... Je l'aimais bien ce personnage, moi! (je ne vous en dis pas plus, parce que le spoil, c'est quasi le Mal absolu.)
Un autre petit regret concerne les loups, les autres stars du tome. J'adore les loups, hein, ce n'est pas le problème, et leur rôle dans l'intrigue mi-acteurs/mi-éléments déclencheurs m'a parfaitement convenu, mais j'ai trouvé qu'ils étaient parfois un peu trop idéalisés, aux dépens des villageois, à la fois par la narration et parfois même par Garin. Oui, ils ont autrefois recueilli et sauvé Jordanhe, bien sûr qu'ils n'y sont pour rien dans l'affaire, évidemment qu'ils ne sont pas à l'origine de tous les maux. Mais on est au Moyen-Âge, et ils sont à l'époque universellement reconnus comme mauvais. Aussi, à cette époque, ceux qui pensent ainsi ne sont pas forcément des bouseux débiles, il y a aussi certains érudits ou gens intelligents, même parmi les paysans. Certes, c'est faux, mais les loups ne sont pas non plus des Saints, ce sont des animaux, qui peuvent dévorer les bêtes et s'attaquent parfois - mais rarement - aussi aux humains. Les villageois, même s'ils sont
Bon, je vous les dis de suite: j'adore les loups.
Je trouve vraiment que ce sont des animaux magnifiques!
dans l'erreur, ne cherchent au fond qu'à se protéger de ceux qu'ils pensent être une menace. (bon, il y aussi une part de vengeance personnelle là-dedans de la part de certains d'entre eux, mais bref.) Pour résumer, j'aurais bien aimé un propos plus nuancé vis-à-vis des loups, qui sont certes des animaux fascinants, mais bien des animaux et pas des martyrs ou des saints, mais aussi des villageois qui pâtissent un peu de cette image trop idéalisée. Certes, ce sont des paysans médiévaux, qui n'ont guère reçu d'instruction, alors ils ne sont sans doute pas très fute-fute, excusez-les, mais ce ne sont pas pour autant des gros débiles marlpropres et méchants.
C'est dommage, parce qu'à part ça, l'histoire tient vraiment la route, c'est intelligent, bien écrit, sans prise de tête. Même si l'écriture par moment s'adresse clairement à des lecteurs plus jeunes que moi, à aucun moment je n'ai trouvé le récit naïf ou enfantin. Garin est un gamin avec beaucoup d'humour, intelligent, charismatique et débrouillard, un bon héros, quoi. L'enquête est plutôt bien foutu, et le contexte médiéval est bien retranscrit, sans être non plus envahissant. Non, sérieusement, si vous avez de jeunes enfants à qui faire aimer la lecture (ou qui l'aiment déjà), faites-leur lire "Garin Trousseboeuf". En tout cas, ce tome fut pour moi une très bonne découverte. Il m'en reste quelques-uns encore à rattraper, je pense que je ne vais pas longtemps hésiter!


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Renouons rapidement le temps de cet article avec la rubrique "Art, lectures et limonade". Je vous propose donc aujourd'hui cette enluminure tirée du Bestiaire d'Aberdeen, datée du XIIe siècle, représentant un loup prêt à attaquer une bergerie.




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L'article a traîné un peu pendant trois semaines, mais enfin il est là, et peut constituer ma première participation au Challenge médiéval de Hérisson!