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vendredi 1 septembre 2017

Il habitait les forêts monotones, dans le Grand Nord où la neige s'étend...

...  Mi-chien, mi-loup, il faisait peur aux hommes, il était fort, on l'appelait Loup blanc.


[Pause-lecture] Sorceleur (tome Hors-série) : La Saison des Orages, de Andrzej Sapkowski (Wiedźmin : Sezon Burz, 2013)



On a volé les fameuses épées du Sorceleur ! Et il en a plus que jamais besoin : une intrigue de palais se trame et le prince de Kerack a requis l’aide de Geralt. Mais ce dernier va devoir déjouer les manœuvres d’une belle et mystérieuse magicienne rousse avant de partir à la recherche de son voleur. Heureusement, son fidèle compagnon barde Jaskier lui sera d’un précieux secours, de même que son nouvel ami, le nain Addario, pour affronter les dangers qui l’attendent.
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" Geralt continua à asséner des coups de son épée, cherchant désormais à séparer définitivement la gueule plate du reste du corps. 
Il respirait lourdement.  
Au loin on entendit un grondement. Le déchaînement du vent et les nuages qui noircissaient rapidement laissaient augurer un bel orage. "

   Origine : Pologne
   Traduction : Caroline Raszka-Dewez (2015)
   Edition : Milady (2015)

La couverture chez Milady n'est pas très inspirée
 (enfin, logique marketing, tout ça...) la polonaise est déjà
mieux, et renvoie dans l'esprit aux anciennes de la saga.
Est-ce que je vous ai déjà dit que je suis un gros fan (un amoureux même) des aventures du sorceleur ? Non, je ne vous l'ai pas déjà dit ? Ben alors je vous le dis du coup : je suis un gros fan (un amoureux, même) des aventures du sorceleur. Aussi bien celles littéraires d'ailleurs (que j'ai dévorées) que celles vidéoludiques - bon, surtout le premier jeu à vrai dire, le second je n'avance qu'au compte-goutte parce que je suis obligé d'y jouer sur l'ordinateur de mon frère, et le troisième, ce n'est même pas la peine d”y penser tant que je n'aurai pas autre chose qu'une machine qui date de l'ère préhistorique (je t'aime quand même hein mon petit poussin électronique, mais si tu pouvais améliorer ton processeur et ta mémoire vive tout seul comme un grand, j'avoue que ça m'arrangerait)
Et je vous avoue, et je ne suis pas le seul dans ce cas, que la fin du dernier tome avait un petit côté frustrant. Déjà, ben, parce que c'était la fin, et ensuite parce que l'enchaînement des événements et les adieux aux personnages sont loin d'être satisfaisants, bien trop brusques et dissonants, tout en laissant certaines portes ouvertes. Et il fallait rattraper ça coûte que coûte, d'autant que l'univers me manquait vraiment. Alors d'accord, il reste toujours les jeux, qui offrent une suite et leur propre conclusion aux aventures de Geralt et de ses potes, mais c'est encore un autre support, un autre esprit, et puis pour le moment, je ne peux pas vraiment y toucher, rapport à ce que j'ai dit plus haut, donc bon. 
Cette nouvelle aventure, indépendante et parallèle aux nouvelles, était donc l'occasion de retrouvailles littéraires avec Sapkowski, son loup blanc, et son univers, et peut-être d'un adieu en bonne et due forme cette fois - du moins un adieu provisoire tant que le reste des nouvelles écrites par le bonhomme ne seront pas traduites. On m'avait prévenu une fois ou deux - je ne sais plus où - qu'il s'agissait visiblement surtout d'une oeuvre de commande, à l'intérêt moindre, et j'ai, je l'avoue, malgré mon amour, été freiné un temps à cause de ces commentaires, retardant ma lecture. Comme quoi, hein, des fois, faut vraiment pas écouter les autres.

Je n'ai pas grand-chose à dire sur ce tome en fait, sinon que je me suis régalé.

La jeune Mosaïque, assistance de la magicienne Lytta Neyd,
un personnage intéressant malheureusement en conflit avec sa
maîtresse dont elle subit souvent la mauvaise humeur.
Ce qui est assez amusant, c'est qu'il s'agit certes d'un roman, mais on y retrouve davantage le rythme, le ton et l'esprit des premières nouvelles. Une volonté plus que bienvenue d'effectuer un retour aux sources de la part de Sapkowski : après l'éprouvante aventure en cinq tomes (éprouvante pour tout le monde, personnages, lecteur (je vous renvoie à mes chroniques précédentes, comme j'aime à le dire, c'est une saga que j”ai vécue avec mes tripes) et auteur aussi, je suppose), ça ne fait finalement pas de mal de retrouver un ton plus léger en revenant à l'insouciance des premiers temps - enfin, une insouciance mêlée tout de même de brutalité et de cynisme, mais c'est ce qui fait la force des premières aventures de notre sorceleur. 
C'est en fait en quelque sorte un pot-pourri des différentes ambiances qu'ont pu proposer les deux recueils de nouvelles : romance avec une magicienne, intrigues de cour, pièges et complots, contrats de routine qui dégénèrent, affrontements avec des magiciens et des créatures mythologiques (j'ai adoré d'ailleurs les chapitres avec la vixène, sombres, cruels, mais touchants), beuveries à la taverne avec Jaskier qui se retrouve encore dans de sales draps... Mais cette fois tout cela dans une seule grande toile. Toute l'âme du Dernier Voeu et de L'Épée de la Providence est là, dans ces 400 pages de pur bonheur. Bien sûr, l'irremplaçable Jaskier est de la partie, et Addario remplace avec brio son confrère Zoltan Chivay dans le rôle du camarade nain sympathique. Yennefer, le seul et unique véritable amour de Geralt, a de son côté droit à quelques discrètes apparitions, mais c'est (malheureusement) une autre magicienne plantureuse qui sera au coeur du récit et aura droit aux faveurs de notre sorceleur. Yennie, ma cocotte enfin, il faut défendre un peu plus ton territoire ! Je sais bien que tu étais très occupée, et que vous formez un couple assez libre tous les deux, mais quand même ! 

Il n'a certes pas l'ampleur des autres romans de la saga, et je le place en-dessous de La Tour de l'Hirondelle, mais cette Saison des Orages reste néanmoins une aventure très sympathique que j'ai savourée du début à la fin. 

Juste un petit bémol sur l'écriture (ou la traduction?) du roman qui m'a paru un peu maladroite comparée au reste de la saga, rien de bien alarmant toutefois, mais c'est dommage tout de même car cela lui fait perdre quelques points. Comme si en fait Sapkowski (à moins, encore une fois, que cela ne vienne de la traduction) était un peu fatigué, à l'image de son héros, qui s'il n'a pas perdu en verve, semble avoir au contraire gagné en cynisme, et l'histoire lui donne en quelque sorte raison puisqu'il est transporté d'un bout à l'autre du récit de situation catastrophique en situation catastrophique, chacune pire que la précédente. Comme si ce Geralt - bien que chronologiquement le tome se passe avant sa première rencontre avec Ciri, et même la princesse Adda de Témérie - était usé par sa longue aventure à travers les royaumes du Nord à la recherche de sa fille adoptive. Ça n'a l'air de rien, mais ça accentue pour moi l'idée de retrouvailles après la saga.

Je n'ai pas tellement de choses à rajouter, si vous êtes un fan vous allez de toute façon y goûter si ce n'est déjà fait, si vous ne l'êtes pas ou si vous vous lancez seulement dans la saga (avant ou après les jeux) il peut être un bon petit aperçu de ce qui fait l'essence de la série. Moi j'ai adoré ces retrouvailles, je ne suis certes pas objectif car c'est ici surtout mon coeur qui parle (avec mes tripes vous dis-je, avec mes tripes!) et le tome n'est certainement pas exempt de défauts, mais comme dit le dicton, quand on aime, on ne compte pas ! quelle conclusion minable quand même pour ce billet plein d”amour... vous m'excuserez j'espère, ce manque d'inspiration...

Les superbes chapitres de la vixène ont bénéficié d'une adaptation en comic (intitulée "Fox children")
signée Paul Tobin et Joe Querio - qui a un style un peu à la Mignola je trouve. 

jeudi 6 juillet 2017

Le Fabuleux destin d'Hippolyte Griffont

[Pause-lecture] Le Paris des Merveilles, de Pierre Pevel (cycle en trois tomes, 2003 à 2015)


Trilogie composée des tomes suivants : Les Enchantements d'Ambremer (2003), L'Élixir d'Oubli (2004) et Le Royaume Immobile (2015)

Alleeez... Vous aussi... Vous aussi cédez à l'appel de ces couvertures magnifiques...

Les messieurs ont de fières moustaches, des chapeaux melons ; les dames portent des corsets, des jupons, des bottines à boutons. Déjà, de rutilants tacots pétaradent parmi les fiacres le long des Grands Boulevards aux immeubles haussmanniens. Mais ce n’est pas le Paris de la Belle Époque tel que nous l’entendons : la tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes ont investi la Seine, les farfadets, le bois de Vincennes, des chats-ailés discutent philosophie et une ligne de métro permet de rejoindre le pays des fées.

Occupé à enquêter sur un trafic d’objets enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, se retrouve mêlé à une série de meurtres. Confronté à des gargouilles immortelles et à un puissant sorcier, Griffont n’a d’autre choix que de s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien...
Bienvenue dans le Paris des Merveilles.
(quatrième de couverture du tome 1) 

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Il était une fois le Paris des Merveilles…
Où l’on plante le décor d’un Paris qui n’exista jamais tout à fait.
Les contes d’autrefois, ainsi que les fabuleuses créatures qui les inspirèrent, ont une patrie. Cette patrie se nomme l’OutreMonde. Ne la cherchez pas sur une carte, même millénaire. L’OutreMonde n’est ni un pays, ni une île, ni un continent. L’OutreMonde est… un monde, ma foi. Là vivent les fées et les licornes, les ogres et les dragons. Là prospèrent des cités et des royaumes que nous croyons légendaires. Et tout cela, au fil d’un temps qui s’écoule autrement. "

   Origine : France
   Edition : Bragelonne (2015)


Les couvertures renvoient
évidemment à l'Art Nouveau et
au travail de Mucha
Décidément, Pierre Pevel a bien de la chance ! Bien de la chance d'avoir des artistes aussi talentueux pour réaliser les couvertures de ses romans ! D'abord Hervé Leblan, et désormais le somptueux travail de Xavier Collette pour la réédition de son Paris des Merveilles... Non, vraiment, y a pas à dire, il est gâté ! Si un jour mon traité de nécromancie est accepté par les maisons d'édition - les vraies, pas celles qui publient ces livres aux titres étranges distribués par des gens tout aussi étranges et trop bien habillés pour être honnêtes à la sortie du métro (gratuitement en plus, comme quoi il y a bien anguille sous roche) - je vendrais volontiers le rein de quelqu'un d'autre (les miens, j'en ai besoin) pour qu'il puisse disposer d”une couverture à la fois aussi accrocheuse, belle et réussie techniquement. Malheureusement, je ne suis pour le moment qu'un pauvre vieil ermite grincheux coincé au fond d'une grotte qui peine déjà à rassembler suffisamment de rubis pour ses études et son aménagement intérieur à la fois... Et comme la nécromancie n'est pas encore revenue à la mode, je pense que je peux me brosser pour une parution prochaine de mon traité à l'échelle internationale, avec le déferlement de billets verts, de dîners mondains en compagnie de Popeck à Issy-les-Moulineaux, d'articles dans Gala, et d'admirateurs(trices) en folie qui vont avec. 
Alors en attendant, tout ce que je peux faire, c'est digresser sans raison, faire des transitions moisies, et encore une fois, à défaut d'en avoir une belle à mon nom, tomber dans le piège de la couverture alléchante. Car oui, une fois de plus avec Pevel (si, si, souvenez-vous!) je suis tombé dans le piège de la couverture alléchante. Je suis loin d'être le seul, du reste, et je suis d'ailleurs par la suite parvenu à entraîner bien d'autres personnes dans ma chute (gniark gniark). Mais bon, on va dire pour être gentil avec moi-même que je ne suis pas un pigeon total, je connaissais déjà un peu l'auteur, donc savais qu'il était une valeur plutôt sûre, et puis l'univers une fois de plus me paraissait fort intéressant, séduisant même. Donc voilà : belle couverture alléchante, oui, mais pas que. 



Une vision verdoyante d'un Paris steampunk,
par le talentueux dessinateur Gwendal Lemercier
Le Paris des Merveilles nous transporte ainsi tout droit dans un Paris de la Belle-Époque revisité : les créatures merveilleuses se mêlent aux humains, les mages ont pignon sur rue, le métro mène jusqu'à Ambremer, capitale des fées, et les arbres magiques ont envahi les parcs et les allées... Ce cadre bien connu qu'est celui de la capitale s'offre ainsi une nouvelle jeunesse, dans ce contexte historique teinté de fantasy, et c'est ma foi très rafraîchissant ! Le passage dans ce monde à la fois connu et nouveau se fait d'ailleurs très naturellement, Pevel ayant l'intelligence de ne pas trop insister sur les spécificités de son univers - simplement quelques petites explications rapides de temps en temps. C'est une chose que j”avais déjà beaucoup appréciée dans Les Lames du Cardinal, du même auteur, cette façon de distiller le merveilleux par petites touches discrètes, qui donne un côté un peu familier à cet univers qui nous semble finalement assez proche.
Il y a en fait j'ai trouvé comme un climat de complicité qui se crée entre  l'auteur et son récit, et le lecteur, appuyé par les quelques interventions directe du narrateur/auteur - comme lorsqu'on est incité à lire tel ou tel roman par exemple. (En fait, et encore une fois ça n'engage peut-être que moi, mais j'ai même trouvé à la trilogie un côté «exercice de style» façon «roman-feuilleton d'aventure du XIXe-début XXe».) Évidemment, il ne faudra pas trop rechercher dans les descriptions de ce cadre du naturalisme à la Zola, on est ici avant tout dans un Paris assez idyllique, un Paris de carte postale - tout comme pouvait parfois l'être celui des Lames du Cardinal. L'époque et le ton du récit s'y prêtent bien sûr, même si un peu de nuance n'aurait parfois pas fait de mal. 


Et qui dit Paris historique, même fictif, dit personnages et œuvres célèbres en tous genres, on retrouvera ainsi disséminés tout au long du Paris des Merveilles des clins d'œil et autres références sympathiques et nombreux. Peut-être un peu trop d'ailleurs. Il est toujours agréable de retrouver des personnages connus dans une autre histoire ou un autre univers, et rencontrer Georges Méliès aux côtés de Griffont avait quelque chose de vraiment plaisant - longue vie à tonton Georges (bon ça risque d'être difficile, voilà prêt d'un siècle qu'il a passé l'arme à gauche...) un grand bonhomme dont je respecte et admire sincèrement le travail, et qui en plus avait l'air d'être un monsieur plus que charmant. De même, les références à la grande crue de 1910, aux œuvres de Jules Verne et de Gaston Leroux, à Merlin, Voltaire et Clémenceau, etc. n'ont en soi rien de problématique, et permettent même de rendre plus vivant, plus crédible et plus sympathique cet univers en l'habitant de figures et d'événements connus... mais parfois, j'avais vraiment l'impression que Pierre Pevel me martelait les côtes à coups de coude en me soufflant du «hey! hey ! y a aussi machin ! t'as vu, t'as vu? » alors que je voulais juste lire tranquillement, ce qui, vous en conviendrez, n'est jamais très agréable. 
C'est un travers qu'on retrouve dans les deux premiers tomes, et heureusement beaucoup moins dans le dernier, écrit plus tardivement, à croire que Pierre Pevel lui-même s'est rendu compte avec le temps que les coups de coude en plein thorax, ben ça fait mal, et a décidé d'agir en conséquence.

Aux côtés de ces personnages bien réels, se côtoient les personnages de Pierre Pevel, hauts en couleurs, qui sont une fois de plus une de ses grandes réussites, même s'ils ne sont pas très creusés. Les relations et interactions qu'ils ont fonctionnent parfaitement, les répliques fusent et font mouche, notamment pour ce qui est de notre couple phare à l'alchimie parfaite, à savoir celui que forment Hippolyte Griffont et la Comtesse Isabel de Saint-Gil. Petit coup de cœur de mon côté pour les chats-ailés, Azincourt et son faux accent anglais en tête, et Balthazar, l'arbre savant, qui tristement n'apparaît plus dans le dernier tome.

Ce cher bon vieux Balthazar (par Grégos)
est un très bon ami et confident de notre Griffont national.
 

La plume de Pevel est quant à elle assez légère, sans prise de tête et sans chichis, rien de mieux pour nous transporter dans ce décor littéralement féérique. La visite se fait sous forme d'enquêtes aventureuses riches en rebondissement, chacun des tomes - tout en conservant un esprit général et un rythme assez similaires (ce qui est d'ailleurs la raison pour laquelle je chronique les trois d'un coup, ça et le fait que j'ai lu les deux premiers tomes il y a trop longtemps pour m'en rappeler parfaitement - ma mauvaise mémoire de vieux grincheux me perdra - et que je trouvais dommage de ne chroniquer que le dernier en solitaire...) - optant pour un ton un peu différent afin de présenter le plus de facettes possibles de cet univers : une première permettant de faire connaissance avec l'Outremonde, son Histoire et ses légendes fondatrices; la seconde dressant un portrait plus nuancé de la Féerie, en traitant de ses guerres, sur un fond de complot draconnique et de vieilles histoires remontant à deux siècles auparavant, qui permettent en outre, via des «flashbacks» entrecoupant le récit au présent d'en apprendre davantage sur les débuts de la relation Hippolyte-Isabel et la fondation des Cercles de Magie - deux histoires donc en parallèle, l'une dans le passé, l'autre dans le présent, découlant forcément de la première ; et enfin la dernière, poursuivant légèrement le chemin entamé dans le tome précédent, en plaçant une résolution de meurtre dans un climat politique trouble marqué par des attentats, des machinations et de nombreux mystères risquant de bouleverser certains des secrets les mieux gardés du trône d'Ambremer... Même s'il garde le côté assez léger de la série, j'avoue avoir particulièrement apprécié le ton plus contrasté, plus sombre même, de ce dernier épisode.

Cette course-poursuite mouvementée sur les toits de Paris
(illustrée par Dimitri Armand, aka Mishkin) devrait
rappeler quelques souvenirs aux lecteurs...
Je suis un peu plus mitigé en revanche en ce qui concerne les intrigues proprement dites : à vrai dire, si j'ai un bon souvenir de l'univers et des personnages, j'ai par contre bien du mal à me rappeler beaucoup de choses concernant l'histoire de chacun des volumes - même le troisième, que j'ai pourtant terminé il y a peu ! Je me souviens surtout d'un rythme un peu en dents de scie, de ficelles un peu grosses et parfois bancales, de développements (ou d'absences de développements) parfois mal gérés - je pense notamment au second tome et à son intrigue dans le passé qui à mes yeux ne méritait pas d'être aussi longue. Les intrigues ont un peu tendance à partir dans tous les sens en fait : pas mal de portes sont ouvertes en cours de récit, ce qui en soit n'est pas un mal, mais on passe plusieurs fois d'une intrigue en cours à l'autre de manière assez brusque, comme balloté sans raison d'un bout à l'autre du récit, et certaines des dites portes se voient alors fermées en catastrophe à la fin de l'histoire sans forcément avoir eu de dénouement digne de ce nom. Davantage de structure n'aurait donc pas été un mal. 
Et puis, les fins, les fins nom de Méliane ! Celle du second tome, à la limite passe encore avec une grosse scène d'action, mais la première et la troisième sont d'une tristesse... Surtout la dernière, malheureusement, alors qu'elle achève pourtant la série ! Tu parles d'un adversaire final ! Et d'une conclusion sèche et concise ! Mais que t'est-il arrivé, Pierre, en cours d'écriture? Tel Nicolas et cette bande de racailles, tu en avais assez, et tu voulais en être débarrassé ? Mais si notre ami Pevel semble avoir un peu de mal avec ses conclusions (quelque-chose que je lui reprochais déjà dans Les Lames du Cardinal - oui, ce livre a décidément été un invité d'honneur de cette chronique), en revanche, il maîtrise à merveille l'art des rebondissements et les scènes d'action, qui permettent heureusement de dynamiser les enquêtes !  

Puisqu'on est dans le thème de l'"uchronie parisienne steampunk", j'en profite pour vous recommander
chaudement le très chouette film d'animation Avril et le Monde Truqué, si vous ne l'avez pas déjà vu !

Il n'y a pas à dire, Pierre Pevel est toujours plein d'idées lorsqu'il s'agit de placer de la fantasy dans un cadre historique, et d'instaurer une atmosphère réussie à ces univers. Il en résulte cette fois-ci une trilogie qui vaut surtout pour ses personnages hauts en couleurs et son ambiance plutôt originale, mêlant Paris de la Belle-Époque et fantasy à base de créatures merveilleuses issu du folklore européen traditionnel, dans des enquêtes rocambolesques dont la forme rappelle les romans-feuilletons d'aventures de l'époque. Je trouve dommage toutefois que le même soin n'ait pas été apporté au déroulement des scénarios, qui souffre surtout à vrai dire d'un rythme un peu bancal et de développements en dents de scie, pour s'achever sur des dénouements à la fois un peu forcés et frustrants de par leur précipitation. Les enquêtes manquent finalement de la structure et de l'ampleur nécessaire pour être suffisamment mémorables. 
Reste que le ton de l'œuvre et la plume de Pevel, plutôt légers, rendent la lecture facile et rapide, idéale pour se détendre. (Au passage, les trois tomes ayant une construction et un rythme assez semblables, je recommanderais de ne pas les lire tous d'une seule traite, pour faciliter la digestion - laissez mijoter un peu avant d'attaquer la suite, faites durer le plaisir ! ;) ) Pas un coup de cœur pour cette trilogie, donc, mais néanmoins de bonnes lectures-détentes que j'ai appréciées notamment pour les personnages et l'univers rafraîchissants et hauts en couleurs - bien plus que l'histoire, malheureusement, dommage pour ce point.


vendredi 23 juin 2017

Un kilomètre à pieds, ça use, ça use... aka La Communauté II : Le retour (titre pourri)

[Relecture] Le Seigneur des Anneaux, tome 1 : La Fraternité de l'Anneau, de J. R. R. Tolkien (The Lord of the Rings : The Fellowship of the Ring, 1954)



Notes avant lecture : il s'agit d'une chronique assez particulière puisque contrairement à mon habitude, j'y parle d'une relecture avec nouvelle traduction, et non d”une première lecture/découverte. J'y aborde donc finalement assez peu le texte en lui-même, il faudrait davantage considérer cette chronique comme le compte-rendu un peu foutraque de cette petite expérience. Vouala. Vous pouvez poursuivre, maintenant, ou partir si vous préférez. (mais si vous faites ça je pleure)

Francis Ledoux : ancien traducteur 
Daniel Lauzon: nouveau traducteur 
(c'est de toute façon ré-expliqué au cours de la chronique, mais je préfère préciser, on ne sait jamais)

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. 
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Quand M. Bilbo Bessac, de Cul-de-Sac, annonça qu'il célébrerait bientôt son onzante et unième anniversaire par une fête d'une magnificence exceptionnelle, il y eut force agitation et rumeurs à Hobbiteville.
Bilbo était très riche et très particulier, et il y avait soixante ans que le Comté s'étonnait de lui, depuis sa remarquable disparition et son retour inattendu. "

   Origine : Angleterre
   Traduction : Daniel Lauzon (2014)
   Edition : Christian Bourgois (2014)



Je suis un amoureux de Tolkien et du Seigneur des Anneaux. En tant que tel, il m'arrive assez souvent de revenir feuilleter les appendices, ou de relire certains passages que j'aime particulièrement. Pour autant, je ne l'avais jamais relu en intégralité, et étant curieux de toucher à la nouvelle traduction de Daniel Lauzon, j'ai profité de l'occasion qui s'est offerte à moi (disponibilité à la médiathèque, oui c'est aussi bête que ça) pour sauter le pas et relire La Communauté de l”Anneau - ou plutôt La fraternité de l'Anneau, devrais-je dire ! Cette chronique sera donc un peu particulière, puisqu'il s'agit non pas d'une découverte, mais d'une redécouverte pour moi. 

On retrouve des lieux bien connus des lecteurs de Tolkien,
toujours dans une ambiance forestière typique de ce tome.
(Oui, comme je suis quelqu'un de très original, j'illustre avec du Alan Lee)
Pour resituer un peu le contexte, Le Seigneur des Anneaux avait été traduit en français une première fois dans les années 70 par Francis Ledoux, mais cette traduction n'avait pas été corrigée depuis, laissant planer pas mal de coquilles, d'approximations ou de contresens, principalement dus au manque de temps et d'informations dont disposait Ledoux pour faire tout le travail (un an environ pour tous les livres, c'est tout de même bien peu...) Il aura fallu attendre les années 2010, pour que les éditions Christian Bourgois se décident à proposer une nouvelle traduction en faisant appel à Daniel Lauzon (qui avait auparavant transposé d'autres ouvrages autour de Tolkien et de la Terre du Milieu, dont une nouvelle version du Hobbit), traduction qui avait pas mal divisé à l'époque de son annonce, notamment sur le choix des noms. Je dois bien avouer d'ailleurs que pour ma part, en amateur du travail de Ledoux (malgré les bourdes), j'étais également un peu dubitatif... Mais la curiosité étant plus forte que tout, et puisqu'il ne faut jamais s'arrêter à des impressions superficielles généralement fausses... bref, vous connaissez la suite. Qu'en est-il donc de mon avis d'ermite grincheux non linguiste et souvent de mauvaise foi sur cette nouvelle traduction ? 

Gros morceau s'il en est!

Une chose qu'on ne peut pas enlever à Lauzon, et c'est peut-être le gros point fort de cette traduction, il dépoussière véritablement le texte de Tolkien. Même s'il m'est parfois arrivé de regretté le côté un peu «solennel» qu'on pouvait trouver chez Ledoux, il faut bien admettre que la lecture des premiers chapitres en Comté se fait ainsi de manière bien plus fluide et sans lourdeurs, on retrouve le rythme et la légèreté de la plume de Tolkien dans cette première partie «hobbite» (ayant survolé une partie du début en vo, je peux confirmer ce point). Je ne sais pas d”ailleurs si c”est grâce à Lauzon, ou si c'est juste que je l'avais moins remarqué, voire oublié lors de ma première lecture, mais le livre est en fait bourré d'humour, surtout grâce aux hobbits et à la Comté à vrai dire (enfin, je devrais plutôt dire au Comté dans le cas présent). Un humour somme toute très anglais, un peu discret, mais très présent, et d'autant plus appréciable que la première partie est par ailleurs très coolos-glandouille. 
C'est peut-être le reproche principal que je ferai au texte-même de Tolkien dans cette chronique, et qui fait qu'encore aujourd'hui c'est le tome vers lequel je me tourne le moins lors de mes petites séances «relecture» : la petite randonnée pédestre en contrée hobbite et dans les Terres Sauvages n'est pas désagréable en soi, mais a parfois un peu tendance à empiéter sur l'aspect aventure et le rythme du récit. La notion d'urgence ou de danger se fait rarement sentir - bon, cela vient aussi en grande partie du caractère des hobbits, on ne va pas se le cacher... - et plusieurs fois, je sentais l'âme de Gandalf planant au-dessus de moi, désireuse de botter le train de ces maudits semi-hommes afin qu'ils se dépêchent un peu en prenant conscience du péril qu'ils encouraient... Il faut en fait attendre la Moria pour que les choses évoluent, et les livres suivants (réunis dans Les Deux Tours et Le Retour du Roi) pour que le récit prenne toute son ampleur. 

L'Argonath (ici illustré par John Howe)
est un autre de ces témoins des Temps jadis.
Cela dit, cette petite escapade, avec tous les détours qu'elle sous-entend, permet tout de même, à la manière des Hobbits, d'apprécier en toute simplicité l'ambiance et le paysage de la Terre du Milieu, avec de très belles descriptions, mais aussi chansons, poèmes, histoires... C'est là qu'une redécouverte s'imposait pour moi : La Communauté de l'Anneau était mon premier Tolkien (je n'ai lu Le Hobbit qu'après-coup, avant d'attaquer Les Deux Tours) de fait je ne connaissais l'univers qu'à travers le prisme des adaptations (films, jeux vidéo notamment) et des infos que j'avais glanées par-ci par-là dans quelques guides ou sur le net. Étant désormais bien plus familier avec l'œuvre de l'auteur, cette relecture m'a permis de voir l'histoire d'un oeil nouveau : j'ai enfin pu apprécier à leur juste valeur les références au Silmarillion, au Hobbit, et tout simplement à l'Histoire passée de la Terre du Milieu, qu'on peut retrouver via ces poèmes, chansons, mais parfois aussi dans des anecdotes, des dialogues, des personnages. C'est ainsi qu'on découvre avec bonheur les nombreux clins d'œil au Hobbit, notamment, et c'est un plaisir de retrouver, même si c'est de courte durée, ce cher vieux Bilbo, bien sûr, mais aussi certains des Nains ayant participé à l'aventure, que ce soit en chair et en os, à savoir Glóin, ou bien par petites allusions sympathiques, tels Bombur ou Balin. On n'en partage d'ailleurs que plus le chagrin de Gimli lorsque la communauté découvre le tombeau de ce dernier dans la Moria, puisque l'on a nous aussi connu le vieux Nain.
Certains autres personnages prennent d'ailleurs une nouvelle ampleur, tout juste soupçonnée lors de la première lecture, qui les fait voir sous un autre jour et permet d'éclairer davantage leur comportement, leur caractère, et tout ce qui les entoure - Galadriel et Elrond notamment, pour ne pas les citer, et même les Elfes de manière générale, tant que j'y suis. La nostalgie des Jours Anciens, la tristesse et l'inéluctabilité de leur destin, leur vécu lors des Premiers Âges, la transformation du monde, la chute des civilisations, la perte d'être chers, en ayant finalement vécu avec eux tout cela lors de mes autres lectures Tolkiennesques, j'ai appris à les apprécier d'une manière différente, plus «profonde», plus «riche» peut-être (même si ça ne veut pas dire grand-chose) que la première fois. Tout comme Bilbo avec le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, ils sont un peu le lien qui rattachent les différentes œuvres, Silmarillion en tête, bien qu'ils aient des rôles finalement assez secondaires (pour Gala', ça tient même plutôt de la figuration) dans les autres écrits. Ça n'a l'air de rien, mais ça fait finalement assez plaisir, et contribue à la cohérence de cette grande toile tissée par le Professeur d'un livre à l'autre que sont la Terre du Milieu et son Histoire.

En dernier point avant de conclure cette chronique qui part décidément dans tous les sens, un petit mot sur la traduction des noms, qui a fait couler beaucoup d'encre et a déchaîné les plus vives passions alors que cette nouvelle version du texte n'était même pas encore sortie. On ne va pas se mentir, malgré une volonté admirable de respecter l'esprit de la version originale dans cette nouvelle traduction, je resterai toujours attaché et habitué à celle de Ledoux, comme beaucoup de personnes, du reste. Néanmoins, il serait de mauvaise foi de ne pas reconnaître les grandes qualités du travail de Lauzon, aussi bien sur la prose et les poèmes d'ailleurs que sur ces noms, d'autant qu'il permet de corriger pas mal de coquilles, erreurs, fautes de frappes et autres, qui jusqu'ici ne l'avaient pas été. Pour les noms, donc, question d'habitude, je suppose, mais pour moi, ça dépend vraiment. Pour certains, ça passe crème, et j'ai fini par m'habituer à ces nouvelles versions, pour d'autres... meh. 
Finalement, pour moi, que ce soit au niveau des noms ou du reste, les deux versions en viennent à cohabiter, aucune ne supplantant vraiment l'autre, chacune avec ses qualités et ses défauts, bien que la première garde une place particulière dans mon coeur par l'attachement que je lui porte. Je suis en tout cas bien content d'avoir pu effectuer cette relecture de La Communauté/Fraternité avec le travail de Lauzon, voilà qui m'a permis de faire d'une pierre deux-coups. Prochaine étape (peut-être), du full VO? :p

Parce que Tolkien illustré, ce n'est pas que Lee, Howe et Nadsmith, voilà une chouette version du Conseil d'Elrond à la
manière d'une Cène byzantine, de l'artiste ukrainien Sergueï Yuhimov (qu'on trouve dans l'édition russe de 1993 du texte)

Étant donné qu'il s'agit d'une redécouverte, avec une nouvelle traduction, ce petit bilan sera un peu différent de d'habitude. Le dépoussiérage du texte après d'autres lectures a bien fonctionné sur moi (et s'est même trouvé plus efficace que prévu, car la connaissance des autres œuvres apporte vraiment un regard nouveau, bien plus que de simples allusions et clins d'œil) même s'il a par ailleurs confirmé que c'était effectivement le tome de la trilogie que j'aimais le moins. Le Seigneur des Anneaux reste néanmoins un must read pour tout amateur de fantasy, ne serait-ce que pour la culture. Les chtits conseils de tata Josette maintenant, au regard de cette petite  expérience de relecture : Si vous avez débuté Tolkien par Le Hobbit ou Le SdA, je vous encourage à faire de même une fois que vous aurez lu au moins le Silmarillion, beaucoup de choses prennent un nouvel éclairage.
Si vous êtes plutôt nouveau lecteur du SdA, j'aurais tendance à plutôt vous encourager la nouvelle traduction, qui dépoussière pas mal le texte tout en corrigeant pas mal d'erreurs de la première (Francis, sache que je te kiffe quand même mon poto). Si vous êtes déjà familiers des différentes adaptations reprenant généralement la version de Ledoux, ne vous laissez pas décourager par tous les noms différents: même si certains passent toujours assez mal, on finit par s'y habituer sans problème au bout d'un moment. Voilà. Je crois que c'est tout.


vendredi 26 juin 2015

Pause littéraire: L'équipe de foule-ta-balle Universitaire Invisible entre en scène!

Les Annales du Disque-Monde, tome 33: Allez les mages!, de Terry Pratchett



Menace sur le paisible et douillet quotidien des mages : si l'Université de l'Invisible ne renoue pas avec la tradition du fouteballe, d'intolérables restrictions sont à prévoir dans leur train de vie.
Il reste à former un staff et une équipe compétitifs. Par bonheur, l'université dispose, parmi le petit personnel, d'individualités remarquables. Citons Trevor Probable — inouï ce qu'on obtient d'une boîte de conserve —, Glenda, la reine des tourtes, Juliette, ravissante nunuche promise à un bel avenir dans l'univers de la mode, et le mystérieux monsieur Daingue. Qui est Monsieur Daingue ? Le sait-il lui-même ? Toujours est-il qu'on le surveille en haut lieu.
Tandis que le match fatidique approche, quatre vies s’entremêlent et quatre destins basculent. Car ce qu’il faut savoir du fouteballe – ce qu’il faut savoir d’important sur le fouteballe –, c’est qu’il dépasse le cadre du fouteballe.





" Techniquement, la cité d’Ankh-Morpork est une tyrannie, ce qui n’est pas forcément l’équivalent d’une monarchie, et, pour tout dire, le seigneur Vétérini a même largement redéfini la fonction de tyran dont il est le titulaire comme étant la seule forme de démocratie qui marche. Tout le monde a le droit de voter, sauf ceux qui sont disqualifiés pour des raisons d’âge ou parce qu’ils ne sont pas le seigneur Vétérini. "
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" Manger, c'était leur tasse de thé, et si possible, leur tranche de cake. "


     Infos complémentaires:
     Titre original: Unseen Academicals (2009)
     Série: Les Annales du Disque-Monde (Discworld)
     Origine: Grande-Bretagne
     Traduction par Patrick Couton
     Edition: L'Atalante (2010)
     520 pages


Aussi étonnant que ça puisse paraître, non, je n'aime pas le monde du sport, et du foot encore moins. Enfin, sauf lorsque celui-ci sert de prétexte à la parodie et l'humour en tout genre! Et après Conan le Barbare, Hamlet, Le fantôme de l'opéra, la poste et même Hollywood, il était enfin temps pour Pratchett de s'y attaquer! Je ne pouvais donc me permettre de faire une croix dessus, d'autant plus que le tome promettait de mettre largement en avant le petit groupe des mages de l'Université de l'Invisible, ma troupe de bras cassés préférés de l'univers du Disque-Monde.

Vous savez ce qui est rigolo? C'est qu'ils ont même été jusqu'à
créer des "cartes de foot" à l'image des personnages joueurs!
Comme d'habitude, les interactions entre les personnages sont très réussies et font tout le sel de cet épisode. Comique de situation et de caractère, jeux de mots, absurde, Terry Pratchett nous gratifie une fois encore de son humour très anglais qu'il maîtrise à merveille, et, une fois encore, c'est un véritable régal. Félicitations également encore une fois à Patrick Couton, qui accomplit vraiment un travail d'adaptation (je n'oserais même plus parler de "simple" traduction à ce stade!) formidable sur la série depuis maintenant plus de vingt ans - hé oui!
En réaction à certaines chroniques que j'ai pu lire ailleurs, non, je n'ai pas forcément trouvé ce volume moins drôle que les précédents, mais il est vrai que les passages sur un ton plus grave sont davantage présents que dans les tomes précédents, notamment ce qui tourne autour de la quête d'identité de Daingue et de l'"héritage" de Probable. Disons donc simplement que le ton général est certes moins déjanté, mais toujours joyeusement et suffisamment décalé pour m'avoir fait sourire - voire rire - plus d'une fois!

Si les mages restent fidèles à eux-mêmes - comprenez par là que la menace de voir le nombre de repas dans la journée réduit à trois demeure leur principale motivation tout au long du récit - j'ai en revanche un peu regretté qu'ils ne soient pas sur le devant de la scène. Oh, ils ont un rôle suffisamment important, ce n'est pas le problème, mais ils s'effacent malheuresement un peu trop souvent à mon goût au profit des quatre nouveaux venus - Glenda, Juliette, Trevor Probable et Monsieur Daingue. Toutefois, j'ai trouvé ces nouvelles têtes fort sympathiques, entre le jeune et débrouillard Trevor, la nunuche mais adorable Juliette, et le trop-poli-trop-gentil-trop-éduqué Monsieur Daingue, à la fois mystérieux et délicieusement décalé dans cet univers, comme un majordome anglais qui aurait atterri on ne sait trop comment dans le Bronx. Mention spéciale également à l'irrésistible Glenda, jeune femme forte à forte tête, cuisinière hors pair et amie surprotectrice de Juliette, qui n'a pas sa langue dans sa poche. Une jolie brochette de personnages, dont j'ai beaucoup aimé suivre les relation et l'évolution, bien que l'absence des mages se soit parfois faite sentir.

Love Buds in the Night Kitchen, avec Daingue et Glenda (feat. Juliette et Trevor juste derrière)
[fanart par DoodlesandDaydreams]

Si je devais véritablement émettre un reproche, en fait, ce serait envers l'intrigue qui, je trouve, s'éparpille parfois un peu. L'histoire est déjà très diluée, et met donc un peu de temps à véritablement démarrer (encore que ce ne soit pas tout à fait un problème) mais surtout, énormément de choses sont brassées: la parodie du monde sportif, du monde de la mode pour Juliette, la quête d'identité de Daingue, les deux romances, entre autres, si bien qu'on perd parfois un peu de vue l'intrigue initiale. En fait, j'ai un peu l'impression que Pratchett a essayé de faire une sorte de "livre choral", et ce n'est pas si mal fait, mais voilà, dommage que ce soit du coup le sujet principal (le match organisé par l'Université) qui en pâtisse un peu. Heureusement que les autres thèmes sont plutôt bien gérés - je pense particulièrement à l'histoire autour de Daingue et aux deux romances (oui, oui, vous avez bien lu, moi, j'ai apprécié les romances) que j'ai trouvées crédibles dans leur évolution tout en étant pas trop envahissantes. 

Bilan des courses


Si j'ai trouvé ce tome légèrement en-dessous des autres, la faute notamment au trop grand nombre de thèmes abordés, il n'en est pas moins demeuré un régal à lire - comme d'habitude! - avec toujours cet humour caractéristique de l'auteur. Certains passages un peu plus graves répondent toutefois présents, mais ils sont plutôt bien gérés. Globalement, le tome est donc moins déjanté que les précédents, mais les mages sont là pour veiller au grain - et nous offrir une bonne tranche de poilade! - toujours aussi fidèles à eux-mêmes; et s'ils s'effacent un peu devant les quatre nouvelles têtes, j'ai trouvé celles-ci suffisamment sympathiques pour accepter de les suivre durant ces cinq-cents pages.


Note: contrairement à un certain Timbré par exemple, je recommanderais Allez les mages! davantage à ceux qui sont déjà familiers avec cet univers qu'aux néophytes qui voudraient découvrir la série.



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dimanche 21 juin 2015

[Japanimation] Ayakashi - Japanese Horror Classic


Série d'animation réalisée par Tetsuo Imazawa, Hidehiko Kadota et Kenji Nakamura
Titre original: Ayakashi
( 怪 〜ayakashi〜 )
Origine: Japon
Studio Toei Animation
Année de production: 2006
11 épisodes de 25 minutes


Allez savoir pourquoi, si certaines oeuvres ont un titre bien défini en version originale, personne n'arrive à se décider sitôt qu'il s'agit de les nommer en dehors de leurs frontières. Un peu l'image du deuxième film Saint Seiya ( l'exemple le plus probant que j'ai pu trouver) qu'en français on appelle, au choix, L'ardent combat des Dieux, La Bataille des Dieux, La Guerre des Dieux, ou parfois plus simplement Asgard le film, et j'en passe et des meilleures. Notez tout de même qu'à chaque fois (excepté pour la dernière proposition) la même notion est conservée, celle d'une marave divine, car il s'agit tout simplement de divergences de traductions. Ce qui n'est pas le cas de l'oeuvre qui nous intéresse aujourd'hui, où là, pour le coup, chacune des propositions met en avant une idée différente. 

L'art de la digression


Le titre japonais était pourtant à la base simplement "Ayakashi", mais par volonté sans doute pour les petits occidentaux incultes que nous sommes de le distinguer d'autres oeuvres du même nom (ou parce qu'ils considèrent qu'on est trop c*ns pour se contenter d'un mot japonais auquel on ne pige rien) le titre de la série a été en versions anglaise et française rallongé étrangement. Ainsi, nous avons l'embarras du choix: Ayakashi - Japanese Classic Horror, Ayakashi - Samurai Horror Tales, Ayakashi: Le théâtre de l'horreur, Ayakashi - Le Petit théâtre de l'Horreur (oui, même pour une différence aussi minime, pas moyen de se mettre d'accord)... c'est la foire au marché du titre! Et si à première vue, tous peuvent paraître semblables, ils véhiculent en fait chacun une idée différente. "Japanese Classic Horror" met l'accent sur le fait qu'il s'agisse de classiques de l'horreur japonaise; "Samurai Horror Tales" insiste de son côté sur le côté "féérique" et "légendaire" de ces histoires, en utilisant la figure quasi-mythique du Samouraï pour le rattacher à ce Japon de légende (un peu comme on le ferait avec nos chevaliers, par exemple); quant au "théâtre de l'horreur", il rappelle le kabuki, une forme de théâtre traditionnel nippon, auquel les histoires racontées se rattachent - on peut aussi aller plus loin en dressant des parallèles et tissant des métaphores entre le théâtre, l'horreur et la mise en scène, mais je n'en ferai rien aujourd'hui.
Peut-être m'avance-je un peu trop, mais cette disparité me donne un peu l'impression que les traducteurs/adaptateurs ne savaient pas trop comment prendre la série, sous quel angle elle devait être visionnée, ce que je n'ai aucun mal à comprendre - peut-être que, si vous n'avez pas vu la série, mes lignes vous aideront à saisir pourquoi. Pourtant, on retrouve des idées communes dans ces titres: l'horreur est à chaque fois présente, ainsi que le fait d'avoir toujours gardé le titre original - ayakashi - au début. Ayakashi, une espèce de mot bizarre utilisé pour définir un yokai comptant certainement quelques anguilles parmi ses ancêtres, mais aussi plus généralement un monstre, un esprit (chose à confirmer par un(e) japonophone de passage, ce serait cool). Et je trouve ça malin non seulement d'avoir gardé ce mot, mais en plus de l'avoir gardé tel quel. Non seulement, parce que, par son sens, il indique l'esprit fantasmagorique de la série, mais aussi parce qu'étant une notion indissociable du folklore japonais, il indique tout de suite dans quelle ambiance il va nous plonger.


Le vif du sujet


Amis amateurs de gore à la recherche de sensations fortes, laissez-moi vous dire que vous vous êtes visiblement gourés d'établissement. Là où l'horreur, telle qu'on l'entend aujourd'hui, exigerait de faire ressentir de la peur et de l'angoisse, à grand renfort de claustrophobie, de sang et de petites filles de gros monstres baveux, celle d'Ayakashi peut paraître un peu vieux jeu, ancrée dans la tradition du conte et du kabuki. Une horreur plus psychologique, portée sur la cruauté des sentiments humains, leurs désirs, leurs peurs et leurs vices incarnés en quelque sorte par les yokai. Il y avait quelque chose en fait qui m'a rappelé la tragédie shakespirienne - vous savez, celle où les malédictions pleuvent par paquet, où un membre du casting sur deux est fou, et où tout finit dans un bain de sang qui n'épargne généralement que le glandu qui arrive après la bataille pour récupérer la couronne et accessoirement constater que le tapis est foutu*. Le tout ancré jusqu'à la vase dans le folklore nippon. 
Ayakashi propose en effet trois histoires différentes, adaptations d'oeuvres pour les deux premières, ou histoire originale pour la troisième, mais toutes tournant autour de légendes et fantômes japonais.

[* Oui, c'est comme ça que je définis une tragédie shakespirienne-type. Il existe évidemment des exceptions, comme Roméo et Juliette où il n'y a pas de couronne à récupérer, ou Richard III, dans lequel ce n'est pas le tapis du salon, mais la pelouse qu'il faudra songer à remplacer.]


Arc I : Yotsuya Kaidan - réal. par Testuo Imazawa


Adaptation de la pièce de kabuki écrite par Tsuruya Nanboku en 1825, Yotsuya Kaidan nous conte la sombre histoire d'Oiwa, une jeune femme trahie par son époux Iemon, qui l'empoisonne et la pousse à la mort pour les beaux yeux d'une autre femme. Trompée et humiliée, Oiwa revient par la suite d'entre les morts pour assouvir sa vengeance. Trahisons, meurtres dans tous les coins, folie, cruauté, malédictions en tous genres...

Quand je parlais de "tragédie shakespearienne", c'est principalement à cette histoire que je pensais. C'est peut-être d'ailleurs inconsciemment cet aspect qui fait qu'elle m'a autant marqué, ajouté à son côté noir et glaucque. A vrai dire, je vous ai résumé très rapidement ce premier arc, mais niveau cruauté et rebondissements macabres, il est en réalité bien plus fourni que ce qu'il pourrait laisser supposer au premier abord. Il a pourtant quelque chose d'assez "à l'ancienne", aussi bien dans sa narration et sa mise en scène, que dans son animation et son chara-design... Pour tout vous dire, au début, je croyais même sincèrement avoir affaire à une série des années 90, c'est dire! Quelle n'a pas été ma surprise en découvrant que l'année de production était non pas 1992, mais 2006... Et pourtant, j'ai trouvé qu'il se dégageait un certain charme de cette animation un peu vieillote... En fait, je trouve même qu'elle sert parfaitement le propos: couplée au design particulier mais à mes yeux réussi des personnages, sa lenteur vient appuyer l'ambiance lourde et dérangeante qui se dégage de l'histoire. Un arc qui m'a donc marqué et que j'ai trouvé particulièrement réussi au niveau de son chara-design, son histoire, sa narration et l'ambiance lourde et glaucque qui s'en dégage, renforcée par une forme pourtant loin d'être au top techniquement.

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Arc II : Tenshu Monogatari - Hidehiko Kadota


Basé sur une nouvelle écrite par Kyoka Izumi en 1917 - qui deviendra par la suite une pièce de kabuki en 1951 - Tenshu Monogatari raconte l'histoire d'amour entre une princesse démone, Tomi, et un jeune fauconnier, Himekawa Zushonosuke (merci l'Internet!). La princesse Tomi est cependant à la tête du terrible château hanté d'Himeji, où elle vit avec ses soeurs démones en se repaissant des humains imprudents qui osent y pénétrer. Mais la rencontre entre Tomi et Zushonosuke va petit à petit faire évoluer cette situation, d'autant que le daimyo local voit d'un très mauvais oeil ce repaire de monstres qui l'importune plus qu'autre chose. Amour interdit, combats désespérés et êtres fabuleux sont au programme dans Tenshu Monogatari.

J'avoue avoir été plutôt surpris en constatant que cet arc avait été globalement préféré au premier, et pas qu'un peu. Pourtant, de mon point de vue, Tenshu Monogatari n'est pas au niveau de Yotsuya Kaidan. Premier point déjà: je ne suis pas très fan de la direction artistique. Certes, le chara-design est moins "daté", mais je lui trouve également beaucoup moins de charme, surtout en ce qui concerne les personnages masculins, assez laids, il faut bien le dire. Et puis, ces couleurs chatoyantes... Autant, dans l'arc suivant, elles conviennent parfaitement, autant ici, je ne les trouve pas forcément adaptées, il y a quelque chose qui sonne faux. Et puis cette animation... Là, pour le coup, malgré quelques scènes d'action plus réussies, elle plombe vraiment l'histoire. Ohlàlà, ces courses à cheval... Je n'en ai pas vu d'aussi raides depuis la Playstation première du nom... Et pour un arc qui en comporte autant, c'est vraiment dommage!

Mais le principal grief que je pourrais faire à l'encontre de Tenshu Monogatari concerne son récit. Non, je ne suis pas vraiment un grand fan des histoires d'amour. Ou plutôt, pour être vraiment exact, j'aime bien les romances, mais quand elles interviennent dans le contexte d'une autre histoire. Mais pourquoi pas, après tout; fondamentalement, je n'ai rien contre, juste que ça ne me passionne pas et qu'il en faut beaucoup pour me convaincre. Autant vous dire que d'emblée, Tenshu Monogatari ne partait pas vraiment gagnant. Et n'a pas fini gagnant non plus, en y réfléchissant.
Parce que, si j'ai apprécié le personnage de la Princesse Tomi, tiraillée entre ses origines, son rang, et sa curiosité envers les humains, je suis en revanche loin d'avoir porté dans mon coeur le jeune fauconnier. Assez rapidement, son caractère et son comportement me sont sortis par les yeux, et je me suis retrouvé du côté de la vieille Uba, à souhaiter qu'il se barre, se suicide, ou accepte de se faire manger par des fourmis en offrande aux kamis. Même leur supposée histoire d'amour sonnait creux, j'ai vraiment eu l'impression que le récit forçait les choses pour le bon déroulement de l'intrigue... mais non... Ce n'est pas comme ça que les sentiments fonctionnent... Et surtout, pas comme ça que vous réussirez à conserver mon intérêt. J'ai presque dû me forcer pour regarder les deux derniers épisodes!

Il y avait pourtant de bonnes idées, une histoire poétique sur le papier, quelques scènes plutôt jolies et réussies, certains passages mélancoliques, et même pour ce qui est du chara-design, les personnages féminins ont quelque chose d'assez gracieux. Et surtout, la bande-son est superbe (m'enfin, elle est commune à tout la série, pas uniquement à cet arc) et plonge tout de suite dans l'atmosphère mystico-fantastique étrange de la série. Mais à côté, tout cela est gâché par une romance assez plate à mon goût, des personnages peu intéressants, et une réalisation qui ne suit pas toujours. L'arc le moins bon des trois à mes yeux.

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Arc III : Bakeneko - Kenji Nakamura


Seule histoire vraiment originale du trio, Bakeneko présente un fantôme japonais très populaire - le... bakeneko. On y suit un étrange apothicaire, également exorciste, sur le lieu d'un mariage où la promise a été mystérieusement assassinée. Il s'avère bientôt qu'il s'agit de l'oeuvre du fameux bakeneko, revenu pour se venger. Chargé de son élimination, l'apothicaire ne peut toutefois le défaire sans connaître les raisons de sa haine. Il lui faut donc lever les mystères qui pèsent sur la Maison, afin de pouvoir vaincre son adversaire. Lourds secrets de famille, action idyllique et ambiance huis clos pour ce dernier arc visuellement atypique.

Sans aucun doute le plus intéressant des trois arcs en terme d'animation et de mise en scène, et peut-être mon préféré, même si Yotsuya Kaidan m'a davantage marqué. C'est une véritable extase visuelle, fourmillant de détails et de couleurs dans un style très marqué qui rappelle les estampes japonaises. On a également pas mal de bonnes trouvailles au niveau de la mise en scène qui viennent appuyer cette ambiance colorée un peu irréelle. J'ai également trouvé l'histoire et la narration très intelligentes, cette façon d'installer peu à peu le malaise dans ce huis clos, qui nous pousse finalement à vouloir en apprendre davantage sur les personnages, à savoir pourquoi on en est arrivé à cette situation. Et au final, là où dans Yotsuya Kaidan, dès le début, la couleur était annoncé, ici le masque de légèreté tombe de plus en plus au fur et à mesure des épisodes, pour révéler encore une fois la cruauté des sentiments humains. Oh, il y aurait tant à dire sur ce dernier arc, sur sa direction artistique, sur son ambiance, sur son héros, cet apothicaire si mystérieux et pourtant tellement charismatique... Toutefois, pour éviter de trop me répéter par la suite, je m'arrêterai ici. Car, peut-être le savez-vous déjà, mais le succès de cette dernière histoire fut tel qu'une autre série d'une douzaine d'épisodes reprenant le même personnage principal et se déroulant dans le même univers, a été produite. Cette série, Mononoke, je compte bien la regarder prochainement, et à ce moment-là, je vous en reparlerai plus en détail!


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Alors, en conclusion, Ayakashi, c'est à voir ou pas?


Hé bien, je dirais que si vous êtes féru de folklore et de légendes japonaises, vous pouvez tenter l'expérience. L'atmosphère est clairement un des points forts de la série, tous arcs inclus - oui, même le second que je n'ai pas aimé. Au niveau de la réalisation et de la direction artistique, c'est kif-kif bourricot, à vous de voir, en revanche la bande sonore est une vraie réussite. Après, gardez à l'esprit que chaque arc est totalement indépendant, donc si l'un ne vous branche pas trop, vous pouvez directement enchaîner avec le suivant sans être perdu - le dernier en revanche est incontournable, ne serait-ce que pour le côté expérimental de sa patte graphique et de sa mise en scène particulières.

Le mot inutile de la fin


Mais au final, Tonton Artalok, je n'ai toujours pas la réponse à ma question: horreur ou pas horreur?
Ne t'inquiète pas, cher petit lecteur perdu, je vais te répondre. C'est peut-être le titre qui t'a attiré vers cette série, avec l'éventuelle promesse de vivre une expérience gore et épeurante qui ferait passer Corpse Party pour un épisode des Bisounours**. Mais l'horreur d'Ayakashi n'est pas celle d'aujourd'hui, mais celle des origines, à base de folklore, de malédictions et de noirceur humaine, d'où provient la J-Horror actuelle. Ce n'est donc peut-être pas exactement ce que tu recherchais, cher petit lecteur, mais c'est aussi bien pour enrichir ta culture, tu ne crois pas? Allez, mes amitiés à toi, et que tes pas te guident vers de bonnes découvertes!

[** Après, tout dépend: si par exemple vous êtes comme moi, et que la perspective d'avoir à ne serait-ce qu'en supporter le générique constitue déjà en soi une expérience horrifique, inutile de dire que cette expression ne fonctionne pas.]