lundi 4 août 2014

Non, le dernier article n'était pas une métaphore sur la mort du blog.

Où l'on annonce (surtout pour soi) la reprise du beulogue.


Vous savez, les copains, le temps est quelque chose de très subjectif. Lorsqu'il y a bientôt pratiquement deux mois, j'écrivais "en vitesse" (et là déjà, c'est subjectif, votre "en vitesse" à vous, ne sera pas forcément le même qu'à moi, de même que mon "en vitesse" à moi sera sans doute très différent d'une chose à l'autre) un petit article sur une réflexion autour de la mort, je n'imaginais pas abandonner ce blog pour une période si longue.
Il faut dire que tout d'abord, le mois de juin a été étonnamment chargé. Oui, même pour moi. Et puis après, j'ai eu droit a une pause s'étirant sur environ 10 jours, du temps brillamment consacré à glaner sur les forums, à regarder quelques films et vidéos, à lire - très peu - et à geeker - énormément. Pour vous dire à quel point cette période a été inhabituelle, figurez-vous que je suis même sorti pour voir des gens. Des vrais, avec de la chair, des os, et tout. Et pour couronner le tout, ces gens étaient des amis. Oui, oui, vous avez bien lu. Une période très chargée, donc.
Ont ensuite suivi deux semaines de villégiature en Nouvelle-France, comme disent les jeunes, durant lesquelles je n'avais évidemment pas le loisir d'aller titiller la toile quand bon me semblait. Et puis, la semaine dernière, j'étais encore une fois... occupé, disons. Et donc, là encore, le blog est resté sur le côté de la route, jusqu'à ce que je me décide enfin à venir le chercher.

Tout ça pour vous dire que, de une: non, je n'ai pas ressucité, pas plus que le blog, puisque cela aurait nécessité au préalable la mort des participants. Et, pour en revenir au sujet de départ: le temps est une valeur très subjective, et du coup, il est passé très vite ces derniers temps, suffisamment pour me surprendre moi-même. Parce que non, cette pause - pourtant bien méritée! (hum...) - n'étais à la base pas véritablement au programme.

Mais baste, ce qui est fait est fait, on peut donc désormais passer à la suite, et avec le sourire, s'il-vous plaît!
J'annonce donc la reprise de "Deadly Dull" en ce beau mois d'août ensoleillé (bouh!), après deux mois d'arrêt, pour le meilleur, et surtout pour le pire.


Fin de l'entracte
*le rideau se lève*




jeudi 12 juin 2014

La vie, la mort, et le reste.

(C'est bien beau, comme titre, mais ça n'a pas grand-chose à voir...)


Il il y a moins d'une journée, j'ai appris le décès de JewWario, qui avait pourtant eu lieu plusieurs mois plus tôt, fin Janvier très exactement.* Ça m'a fait un petit choc.



Mékikecé JewWario demanderaient éventuellement les plus curieux d'entre vous, si plus d'une personne  - c'est-à-dire au moins Moi - passait par ici. Hé bien JewWario, les cocos, c'était un vidéaste-sur-Internet américain, membre de la team de That Guy With the Glasses**, le site de Doug Walker - le NC, pour les intimes et les autres. Je ne le connaissais pas trop, les seuls trucs dans lesquels je l'ai vu étant les films que le NC a tournés avec toute sa clique. Mais étant donné que je suis une tanche l'anglais ce n'est pas trop mon truc, je n'ai jamais vraiment regardé ses vidéos. Je ferai sans doute un effort, ne serait-ce que pour sa mémoire et savoir davantage qui il était. Je suis peut-être un vieux con grincheux, mais je ne suis pas un gros connard être déplaisant (enfin juste un peu...) pour autant.

Pourquoi alors est-ce que ça m'a autant touché? Je dirais même, fait un choc? Alors que je ne le connaissais pas forcément, que des milliers de personnes meurent chaque jour, certaines dans d'atroces souffrances, que des gens se suicident en première page des journaux? Pourquoi lui, parmi tous les autres? Je ne sais pas trop. Peut-être que c'est la peine de ses amis vidéastes (Spoony et le NC en tête) qui m'a atteint. Peut-être que les rares fois où je l'ai vu dans une vidéo ont suffi pour créer une espèce de lien, comme lorsqu'on est attristé par le décès de quelqu'un avec qui on a pourtant échangé une seule phrase - mais une phrase qui a suffi pour qu'on prenne conscience de l'existence de cette personne. Qui suffit pour qu'on se dise par la suite "c'est quelqu'un que je connaissais qui est mort","ça n'arrive pas qu'aux autres".
Je pense qu'il y a un peu de tout ça, mais c'est peut-être aussi son statut de vidéaste qui a pu jouer sur mon ressenti: sur Internet, celui qui se crée un personnage, participe à un projet, poste une vidéo, acquiert une forme d'"immortalité". Comme un personnage, on n'imagine pas que cela puisse s'achever un jour, que cette personne puisse mourir. Et lorsqu'on est ramené à la réalité, ça marque d'autant plus. Car on réalise que cette "immortalité" était finalement toute relative, et qu'Internet est intimement lié au "monde réel de la vérité vraie": la mort est irréversible, et peut frapper n'importe qui, même ceux qui paraissaient intouchables.

Alors bien sûr il y a de l'empathie, de la compassion, mais aussi une part de cette prise de conscience sur la Réalité. Et tout cela forme un tout, qui entraîne inévitablement tristesse et mélancolie.
C'est tout ce que j'avais à dire.

(C'était l'instant "réflexions inutiles" d'Artalok. A votre service depuis beaucoup d'années.)

Inévitablement, ça me rappelle le décès d'Isendil, qui en 2006, 
avait ébranlé le petit monde de la Saga Mp3.
(Bon là en fait, c'est JBX, mais soyez gentils, évitez de toujours vouloir chercher un rapport.
entre le texte et l'image. Au pire, vous n'avez qu'à faire comme si c'était Isendil. 
S'il vous plaît.)

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* Oui, je suis en retard, merci de me le rappeler. Mais que voulez-vous, c'est ça de vivre dans une grotte.
** Si je ne dis pas de bêtises, ce qui est fort probable. Merci de me corriger si vous vous y connaissez un peu mieux que moi.

lundi 9 juin 2014

Post-it 03: Bilan Trimestriel des trois mois. [première édition]

Oui, ça fait un peu pléonasme, mais vous savez ce qu'on dit dans ces cas-là: zut.


Allez, on est début juin, c'est férié et il fait moche dehors: c'est donc l'heure d'un petit bilan!
Normalement, il aurait dû sortir il y a un mois, mais suite à quelques soucis informatiques, tout ce que j'avais commencé à rédigé s'en est trouvé supprimé. C'est bien dommage, mais c'est le genre de choses qui arrivent lorsqu'on décide de vivre dans une grotte. M'enfin, vu que j'étais quand même un peu dégoûté par ce qu'il venait de se passer, j'ai préféré laisser de côté la rédaction de cet article pour plutôt en sortir un le mois suivant. Parce que j'aime bien faire des "petits" bilans, et qu'en plus comme ça, ça fait un machin trimestriel. Super, non?

Les trois mois du blog

Hé oui! Ce blog a été lancé il y a déjà trois mois! Mine de rien, je suis plutôt fier d'avoir réussi à tenir jusque là, malgré une groooosse baisse de régime en avril, honteusement dûe à une Warcraftisatïte aigüe qui m'a soudainement frappé en plein week-end. Ouais, c'est pas bien, mais de toute façon, je fais ce que je veux, les cocos.
Donc, les trois mois du blog. Le premier article publié est en effet daté du 5 mars. Je suis donc en retard de quelques jours, mais ça va, j'ai fait bien pire, ceux qui me connaissent doivent le savoir. Dans cet article, j'annonçais également que le blog traiterait d'un peu tout et n'importe quoi - et à vrai dire, surtout n'importe quoi. C'est ce que j'avais écrit, en effet, mais il semble tout de même, malgré un post entièrement dédié au "râlage en conserve" que "Deadly Dull" s'oriente plutôt vers la chronique/critique personnelle d'oeuvres en tous genres. Je prévois une série d'articles type "dossier", mais il est vrai que ça reste un peu secondaire.
Sinon, 10 articles déjà, les copains! 11, si vous voulez, en comptant celui-ci. Des articles qui traitent de sujets plutôt variés, comme:

            → Des livres (Le pousse-pousse, Les Lames du Cardinal)
            → Des flims (Cette nullité qu'est Resident Evil: Retribution, Alceste à bicyclette, The Blues Brothers , Saint Seiya: Legend of Sanctuary)
            → Des jeux vidéal'z (Resident Evil 3: Nemesis, Fragile Dreams)
            → Du mangasse et de la Japanimation (Ah! My Goddess)

Le tout bien sûr agrémenté d'humour pas drôle, de réflexions idiotes et d'oeuvres d'art trouvées sur les Internets grâce à Google Images.
Sinon, je suis plutôt content, même si je ne suis pas quelqu'un de très régulier, je commence à acquérir un certain rythme d'écriture, et je trouve que mes articles sont de moins en moins brouillon et fouillis qu'au début. Ça s'améliore, les copains, ça s'améliore!

Niveau challenges

Je me suis inscrit à deux challenges au cours de ces trois mois: le challenge Kafka et le challenge Viking, qui consistent à chroniquer des oeuvres en rapport avec ces sujets. Le challenge Viking attendra un moment, j'ai d'autres choses prévues avant. Pour ce qui est du challenge Kafka, il s'est officiellement terminé il y a une semaine (le 3 juin) mais j'espère tout de même pouvoir publier un ou deux articles, ne serait-ce que pour vraiment participer - au moins de manière posthume. "Le procès" et "Dans la colonie pénitentiaire" n'attendent plus qu'un petit article de ma part. J'ai un peu traîné pour ça à cause de la Warcraftïte aigüe que j'ai évoquée plus haut. (Oui, c'est pas bien, je sais, mais je m'y suis remis récemment, et c'est un très bon aspirateur à temps.)

Les achats du trimestre

Si ces trois derniers mois ont été moins prolifiques qu'espéré niveau lectures, jeux vidéos et films vus, ils ont au contraire été très riches en achats - surtout mars et mai, à vrai dire.

Les achats de mars-avril:



Niveau livres "classiques" et romans, 6 nouveaux titres:
→ Les annales de la Compagnie Noire, tome I - recherché depuis longtemps, en neuf ou en occase, enfin trouvé en magasin.
→ Anno Dracula - totale découverte. Le piège de la couverture alléchante, une fois de plus.
→ Janua Vera - découverte aussi. Ç'avait l'air de s'éloigner un peu de ce que je lis d'habitude en fantasy, ce qui m'a entre autres poussé à l'acheter.
→ La carte du Disque-Monde - sans commentaire!
→ Dans la colonie pénitentiaire - sera détaillé dans l'article consacré.
→ Au guet! - Un nouveau groupe de personnage du Disque-Monde que jusqu'ici je ne connaissais que très peu. Ce tome des "Annales" était l'occasion de m'y intéresser. 


Niveau mangasses, 15 petits nouveaux:
→ Les Vacances de Jesus & Bouddha, 7.
→ One Piece, 70 - parce que oui, il m'arrive aussi de lire les même trucs que tout le monde.
→ Silver Spoon, 6.
→ Pandora Hearts, 21.
→ Bride Stories, 6 - parce que cette série est juste géniale!
→ The Swordsman, 1 - recherché depuis longtemps, librairie enfin réapprovisionnée, et du coup, voilà!
→ Excel Saga, 1 - on commence les occazes!
→ Cowboy Bebop, 1 & 2 - adapté de l'anime.
→ L'apprenti mangaka.
→ You're Under Arrest, 7 - l'autre série phare de Fujishima!
→ Plein de tomes de Ah! My Goddess - pour compléter les trous de ma collection!

Et quand c'est rangé, ça donne ça. 'fin 'videmment, c'est pas rangé comme ça dans ma bibilitothèque, mais c'est pour vous donner une idée de la place que ça prend théoriquement. Vous noterez qu'il y a un petit timide qui s'est discrètement inséré entre Silver Spoon et Anno Dracula, c'est normal, j'ai juste oublié de le photographier au milieu des autres: il s'agit de Dans la solitude des champs de coton, de Koltès. Du théâtre, pour varier un peu.
L'art de la mise en scène.
Les achats de mai - début juin:
Ces derniers temps ont été très riches en achats eux aussi. La faute à une brocante à laquelle je me suis rendu, et où j'ai acheté pas mal de trucs. Et puis, la vadrouille en libraire, ça joue pas mal aussi.

→ Le Criton/Apologie de Socrate - histoire de renouer avec les gros classiques de la philosophie.
→ Warcraft: Lord of the Clans - récupéré d'occaze lors d'un pitit voyage à Londres, vu qu'il est très difficilement trouvable chez nous. En VO, of course.
→ Le cycle de Pendragon, I: Taliesin.
→ La Légende de Sigurd et Gudrùn - une oeuvre de Tolkien qui s'éloigne un peu de la Terre du Milieu. Je pense que je pourrais le chroniquer pour le challenge Viking.
→ Mortimer - le tome 4 des Annales du Disque-Monde manquait à ma collection!
→ Saint Seiya, 12 & 13 - pareil, ils manquaient à ma collection.
→ Saint Seiya: The Lost Canvas, 1 & 2 - j'ai longtemps hésité à m'y mettre, mais bon, je les ai trouvés en brocante ceux-là, donc...
→ Anthologie du franponais - brocante.
→ Le Chef de Nobunaga, 1 & 2 - brocante aussi, mais aussi gros coup de coeur!
→ You're Under Arrest, 6.
→ 4 bouquins trouvés en brocante aussi: Je ne suis pas coupable, Celle qui devait disparaître, La troisième fille & Histoires à faire froid dans le dos.

Vous noterez, tout en bas à droite, un petit Conseils aux jeunes littérateurs, de Baudelaire. Il s'agit en fait non pas d'un achat, mais d'un petit cadeau sympathique qu'on m'a fait. Je n'ai malheureusement pas encore eu le temps de le lire, mais nul doute que cela se fera très prochainement!





Et puis aussi 4 nouvelles bédés, récupérées en brocante également:
→ Sarah Bernhardt - parce que Lucky Luke, c'est quand même 'achement rigolol.
→ Thorgal, 29: Le Sacrifice.
→ Thorgal, 30: Moi, Jolan.
→ Thorgal, 31: Le Bouclier de Thor - de quoi alimenter ma bibilitothèque - et mon challenge Vinking!







Sinon, niveau jeux vidéal'z, L'amerzone, Les Royaumes d'Amalur et Enslaved: Odyssey to the West rejoignent ma ludothèque.
Mine de rien, la bibliothèque commence à se faire petite! Je pense que je vais bientôt devoir m'acheter une autre pioche pour pouvoir me creuser une nouvelle pièce. Ou un marteau-piqueur, ce serait peut-être plus efficace. Mais plus cher, aussi. Le doute me taraude...

Le mot de la fin

Quoi qu'il en soit, ces trois mois ont été déjà aussi bien remplis, que ce soit au niveau de ce blog ou dans la vraie vie de la réalité véritable, quoique l'activité par ici ait été un peu ralenti à cause du fait que je me sois remis à WoW, après plusieurs années de rien. M'enfin, ce premier bilan s'avère plutôt positif, et de nouvelles choses (articles, dossiers, chroniques...) devraient arriver pour remplir peu à peu ces pages. Deadly Dull semble donc avoir de beaux jours devant lui!

"Longue vie et prospérité", comme disent les jeunes!

dimanche 8 juin 2014

Lecture: Le Pousse-pousse - Lao She

"Siang-tse, le grand Siang-tse, le courageux, le fort, celui qui avait tant rêvé, tant cherché la réussite, combien de morts avait-il accompagnés jusqu'à leur tombe? Lui, le malheureux, le déchu, l'"individualiste" qui croyait pouvoir réussir tout seul, quand donc serait-il enterré avec cette société cruelle et pourrie qui l'avait enfanté?"
(extrait du chapitre 24)


Portrait de l'auteur, Lao She.
Le pousse-pousse, ou Le tireur de pousse suivant les traductions, c'est tout simplement un roman phare de la Chine du XXe siècle. Lao She, de son vrai nom Shu Qingchun, reste d'ailleurs aujourd'hui un des écrivains chinois les plus célèbres dans le monde, ardent défenseur du peuple et un temps auteur officiel de la République Populaire de Mao, sans non plus être marxiste convaincu, en bon intellectuel qui se respecte. 
Malgré mon attrait pour la littérature asiatique, en particulier nippone, coréenne et chinoise, je ne m'étais pourtant jamais intéressé de près à cet auteur, à défaut d'en avoir véritablement entendu parlé. A vrai dire, et comme souvent, d'ailleurs, je suis tombé sur ce roman en farfouillant dans la bibliothèque de membres de la famille à la recherche d'un livre à lire, mais rien de particulier. Ç'avait trait à l'Histoire de la Chine d'un certain point de vue, et c'était pas trop long, il n'en n'a pas fallu plus pour me pousser à le lire. Et au final, je ne l'ai pas regretté. Tout ça pour dire qu'en se jetant dans l'inconnu, on peut certes souvent avoir de mauvaises surprises, mais aussi de très bonnes. Du coup, je vous encourage à faire pareil: fouillez, intéressez-vous à ce que vous ne connaissez pas, goûtez-y avant de dire que c'est mauvais, et vous ferez sans doute de très belles découvertes, des rencontres qui peuvent être inoubliables.
Je disgresse, je disgresse, mais c'est dans mes habitudes, vous commencez à me connaître. Revenons-en au sujet de base, à savoir Le pousse-pousse.

Un tireur de pousse pékinois
Le pousse-pousse, donc, c'est l'hisoire de Siang-tse, un jeune homme de la campagne venu à Pékin dans l'espoir d'y trouver du travail. Il parvient à se faire embaucher comme tireur de pousse, et se fait rapidement une réputation dans le milieu, grâce à sa force, sa rapidité, et son caractère plutôt facile, comparé à la rudesse de ses collègues. Bien vite, son ambition sera de posséder son propre pousse, et il semble pouvoir y parvenir, jusqu'à ce que les déconvenues de la vie commencent à le frapper.
De désillusion en mésaventure, on suit donc ce personnage à la fois sympathique, entêté, et quelque peu philosophe qu'est Siang-tse. A travers son destin, c'est en fait celui du petit peuple de Pékin et de cette Chine en proie aux conflits intérieurs, alors que s'engage la guerre contre le Japon, qui nous est raconté. Emaillé de quelques descriptions, le roman nous fait découvrir le dur monde des tireurs de pousses, les ruelles sombres de Pékin, les belles maisons des quartiers riches, la rudesse de la vie dans les quartiers plus populaires, au gré des saisons et des ans. C'est un peu comme du Zola, en fait, mais en moins chiant long et moins lourd: tout cela reste assez léger, et interrompt assez peu le récit.

Pékin, Av. Qianmen, dans les 30's
Peu à peu, la chute progressive de Siang-tse se fait de plus en plus nette. La malchance semble le suivre à chacun de ses pas: sitôt qu'il semble être parvenu à une situation à peu près stable, un évènement malheureux arrive qui le dépossède de tous ses biens, l'oblige à partir, à recommencer à zéro, et ce jusqu'à la fin, extrêmement pessimiste. A travers les mésaventures de Siang-tse, c'est en fait une critique sociale que dresse Siang-tse: il nous dépeint une "société cruelle", absurde, qui laisse dans la misère les travailleurs les plus acharnés, oblige ceux qui la composent à survivre plus qu'à vivre. Un portrait de la face obscure de la société, quoi. Encore une fois, comme du Zola - mais pas trop en fait.

Car tout cela est narré avec tant de légèreté et d'ironie, que si l'on plaint bien sûr Siang-tse, son malheur n'apparaît pourtant jamais si tragique. Certaines situations en sont même rendues amusantes, comme un épisode où, arrêté par des militaires, il parvient à s'enfuir avec un troupeau de chameaux, sans avoir aucune idée de la façon de s'en occuper. Tout l'humour de Lao She parvient ainsi à rendre légère une histoire en apparence très tragique.

Le mot de la fin:


Le pousse-pousse m'a laissé un très bon souvenir. Pas trop long, il raconte avec beaucoup d'humour et de légèreté les mésaventures de ce pauvre mais sympathique Siang-tse, mais également de ses contemporains, sans jamais faire preuve d'un quelconque jugement moral envers leurs actes. Avec ce style unique, Lao She nous dépeint brillamment le petit Pékin du début du XXe, alors que s'amorce peu à peu un tournant décisif dans l'Histoire de la Chine. Nul doute que je me tournerai prochainement vers les autres écrits de cet auteur, ce premier livre s'étant décidemment révélé une belle découverte.

Le chant des premières pousses (XIIIe), Ma Yuan,
peintre de l'Académie Impériale de Pékin 

Si vous souhaitez plus d'informations sur l'auteur, Lao She, au lieu de bêtement chercher sur Ouikipédia, je vous encourage à aller consulter cette page.
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Vous avez sans doute remarqué que cette fois, il n'y a pas trouze-mille astérisques. Pas d'inquiétudes, je vous laisse en bonus avec un buste de Lao She. Ne me remerciez pas, c'est gratuit!

samedi 24 mai 2014

Lecture: Les Lames du Cardinal, I - Pierre Pevel

 1633, sous le règne de Louis XIII. Le cardinal de Richelieu veille à la bonne marche du royaume de France, de plus en plus menacé par l'Espagne et ses nouveaux alliés: les dragons. Or, à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels: le Cardinal se voit contraint de faire appel à une compagnie d'élite qu'il avait lui-même dissoute. Sous le commandement du capitaine La Fargue, les bretteurs les plus vaillants et les plus intrépides que possède le royaume sont ainsi réunis pour former à nouveau les redoutables Lames du Cardinal.


Je le dis sans honte, je suis tombé dans le piège de la belle édition - je ne pense pas être le seul, d'ailleurs. En l'occurence, on tient là un beau spécimen, qui a le chic pour vous mettre dans l'ambiance avant même de l'avoir acheté. Regardez-moi cette couverture, façon détournement de tableau baroque, qui est juste magnifique... Il y a même de fausses craquelures, c'est dire si c'est pas du beau boulot! Par dessus tout, il nous ont ajouté une jolie jaquette parcheminée avec un plan du vieux Paris en fond, ils ont choisi une jolie police d'écriture, et les lettres sur la tranche et la couverture sont en relief! Ben moi, j'appelle ça du beau boulot. Un beau piège à lecteur. Alors moi je passe, tranquillement, histoire de voir s'ils n'ont pas du Terry Pratchett que je n'aurais pas déjà lu et là, PAF! 
... non, ça ne fait pas de chocapics. 
... et donc, je tombe là-dessus. Qu'est-ce que vous vouliez que je fasse d'autre, monsieur le Juge? Il me regardait, avec sa belle couverture implorante, et son résumé alléchant... Alors forcément, je l'ai pris - avec un voisin Pratchettien, cela va sans dire, mais ceci est une autre histoire.



Comme vous l'aurez sans doute deviné, Pierre Pevel puise son inspiration entre autres chez Dumas, pour nous livrer ce premier tome d'une trilogie éponyme mêlant fantasy et roman de Cape et d'Epée. Personnellement, je ne suis pas très familier avec ce type d'oeuvres - même si j'adore "Le Scorpion" et "De Cape et de Crocs" - c'est plutôt l'aspect "roman historique" qui m'avait intéressé. (Et oui, les dragons aussi. Mais pas que.) De ce côté-là, je suis plutôt satisfait de cette lecture: le style de l'auteur, simple mais efficace, nous transporte agréablement dans cette France du début du XVIIe, à l'aide de quelques descriptions discrètes et de nombreux détails. On a même parfois droit de la part de l'auteur à une petite leçon d'Histoire, sur le Palais-Cardinal, les faubourgs de Paris... Fort heureusement, tout cela est parfaitement distillé, et ne vient jamais gâcher la lecture ou interrompre le récit trop longtemps - on n'est pas non plus chez Zola, ici. Non, on a juste de quoi visualiser ce Paris du XVIIe, son ambiance, sa vie grouillante, ce que l'auteur parvient à rendre avec justesse. Une carte est d'ailleurs présente en début de tome pour aider le lecteur à se situer, bonne initiative de la part de l'éditeur (de l'auteur?).* 
Bref, on prend un réel plaisir à se promener en ville aux côtés des personnages.

L'ancien Palais-Cardinal, aujourd'hui le Palais-Royal, 
que Richelieu fit construire en 1628, théâtre de nombreuses intrigues.

Puisqu'on parle des personnages (notez la transition) on a affaire ici à un joli petit groupe de têtes ma foi fort sympathiques. Pas un héros, mais tout un groupe, les fameuses "Lames", chacun ayant sa personnalité et son histoire propres, qui sont malheureusement encore trop survolées dans ce premier tome. Aucun n'est vraiment davantage mis en avant que les autres, ce qui est une bonne chose - il n'y a rien de plus exaspérant que de voir un personnage que l'on trouve insupportable prendre la vedette - et chacun aura son moment de gloire. J'ai tout de même l'impression que l'auteur éprouve une sympathie particulière à l'égard de Marciac, le bellâtre coureur de jupons de la bande, avec lequel j'ai parfois un peu de mal** bien qu'il reste tout de même assez sympathique pour ne pas être à mes yeux entièrement détestable. Je regrette également qu'Almadès, le maître d'armes espagnol, se montre si effacé - alors qu'il avait tant de potentiel!
Davantage de scènes où les Lames sont réunies n'auraient pas non plus été de trop. Peut-être enfin leur manque-t-il une touche de profondeur, pour qu'on réussisse vraiment à s'attacher à eux. Sans doute aurait-il donc fallu allonger un peu le récit, où réduire le nombre, assez élevé, de personnages présentés dans ce premier opus. Ces scènes de groupe, si elles avaient été plus nombreuses, auraient pu être l'occasion de les développer davantage, d'autant que certains paraissent finalement plus être des archétypes qu'autre chose. Non et puis, par moments, j'ai vraiment eu l'impression de voir des attitudes, des façons d'agir, des répliques clichées, vues mille fois ailleurs, aussi bien dans les livres qu'au cinéma, d'ailleurs. Dommage!

La couverture de l'édition Bragelonne. Plusieurs Lames manquent à l'appel, 
dont - entre autres - Almadès. Le pauvre n'a décidemment pas de chance...

Mais globalement, malgré ces quelques points, les personnages restent assez réussis, étant même une des forces de ce premier opus. Personnellement, j'aime beaucoup le mystérieux Saint-Lucq, et surtout le Cardinal - qui a un petit côté "Patricien Vétérini", ce qui n'est pas pour me déplaire. Les personnages féminins, Agnès en tête, ne se laissent pas marcher sur les pieds, et parviennent facilement à tenir tête aux mâles forts et courageux. Les "méchants" non plus ne sont pas en reste, avec à leur tête un excellent duo  très charismatique, formé de la belle vicomtesse de Malicorne, dragonne à l'apparence trompeuse, et de son bras droit-ami le marquis de Gagnière. Très sincèrement, les scènes entre ces deux personnages sont tout simplement jouissives. J'ai d'ailleurs trouvé dommage que la conclusion de ce tome semble apparemment mettre en péril le devenir de cet excellent couple. Sans trop spoiler, disons qu'au vu de la conclusion, il est probable que les principaux antagonistes des tomes suivants soient surtout des nouvelles têtes.

Cette conclusion réserve d'ailleurs quelques - autres - surprises, en plus d'être bourrée d'action. Les évènements s'enchaînent à toute vitesse, là où le reste du récit avance tranquille-pépère, présente beaucoup de choses et ouvre beaucoup de portes, sans toutes les refermer. L'intrigue prend donc son temps pour se mettre en place, et ne démarre véritablement qu'à partir de la seconde partie, à 150 pages sur 400, donc, lorsque les Lames commencent seulement à se réunir. Ainsi, tout au long du récit, on sent bien qu'on n'a affaire qu'au premier tome de cette trilogie, ce qui lui confère par moments un côté "Introduction à la série" - bien qu'il soit évidemment possible de le lire de manière indépendante.
Je reste en outre un peu dubitatif quant à la façon dont est tournée la conclusion: pour moi elle déteint un peu avec le ton adopté lors du récit. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose, mais j'ai eu l'impression que les éléments se précipitaient plus par nécessité, parce qu'il fallait bien qu'on termine le tome sur un moment épique, que par un véritable enchaînement naturel des choses. Ce qui rend l'apparente séparation du couple Gagnières-Malicorne d'autant plus frustrante, étant donné que leurs projets semblent déjoués avec un peu trop de facilité, sans réelle opposition, et surtout sans que personne ne l'aie vraiment vu venir, lecteur y compris.

Reste que globalement, l'intrigue reste plutôt maîtrisée, de bout en bout, jusqu'au retournement de situation final, qui donne vraiment envie de lire la suite pour en savoir plus. Quant aux dragons, l'élément fantastique, je les ai trouvés intégré de façon assez naturelle au récit, faisant partie intégrante de l'univers. Il se sont pour le moment fait plutôt discrets, mais nul doute qu'il prendront plus d'importance lors des tomes suivants!

Durant ma lecture, je m'imaginais Savelda, un sale type à la solde de la Loge Draconnique, 
en David Suchet version "Going Postal", le haut-de-forme en moins. Allez savoir pourquoi.


Les "pluches" du récit:
→ Le groupe de héros
→ Les méchants
→ Richelieu
→ Les dragons, discrets mais bien intégrés à l'univers
→ Niveau roman historique, ça se tient
→ Une bonne alchimie fantasy-cape et épée
→ Des moments héroïques et épiques
→ Les retournements de situation
→ Un style efficace, facile et rapide à lire.
→ Un univers intéressant
Les "oui mais non" du récit:
→ Un style qui ne m'a pourtant pas vraiment conquis
→ Pas mal de clichés
→ Un côté un peu trop "introduction"
→ Une conclusion qui semble un peu forcée et expéditive
→ Pas suffisamment de scènes de groupe
→ Pas assez de profondeur dans certains des personnages.



Le mot de la fin:
Si ce premier tome fut une lecture agréable, je n'ai pas non plus été totalement transporté. Si le récit est plutôt rythmé et globalement maîtrisé, avec des personnages charismatiques et un univers intéressant, il subsiste néanmoins des défauts qui le rendent un peu inégal. De plus, malgré les qualités que je lui trouve, le style de l'auteur ne m'a pas emballé plus que ça. Cela ne m'empêchera cependant pas de lire la suite (sans doute pas avant un moment, toutefois) ce qui a été grandement influencé par les retournements de situation finaux.

Allez, ça reste quand même un bel hommage à l'oeuvre du "Père Alexandre", et les amoureux des Mousquetaires devraient y trouver leur compte. Disons que je lui décerne une Rapière d'Or, un prix à cent pour cent made in moi-même!


"Le cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle", de Paul-Henri Motte (1881). 
Si historiquement, ce siège (1627-1628) fut une victoire pour l'Armée Royale de France, 
Pierre Pevel propose une version toute différente des évènements...


__________________________

(*) On regrettera juste que les noms des principaux faubourgs et artères ne soient pas indiqués; pour des gens comme moi ne vivant pas sur la capitale, c'est parfois un peu gênant, bien qu'on parvienne malgré tout à s'y retrouver.
(**) Remarquez, c'est plutôt ce type de personnages que celui-ci en particulier qui m'insupporte.