dimanche 7 décembre 2014

Nouveau rendez-vous dans ma PAJ [02]

Vous vous souvenez de la dernière fois, quand, par un bel après-midi du mois d'août, j'ai décidé de cuisiner le concept des "rendez-vous PAL" en l'adaptant aux jeux vidéos? Ça fait un pitit moment, hein? Mais qu'à cela ne tienne, voici un second épisode fraîchement livré! Si c'est pas super, ça!
Pour ce second rendez-vous, je vous ai sorti du placard L'Amerzone. On reste sur un titre PC, pour l'instant, parce que bon, voilà quoi. Non, en fait, il n'y a pas de raison particulière. 


D'accord, la jaquette n'est pas géniale, mais j'y suis pour rien.
"Plongez dans l'univers imaginaire de l'Amerzone. Un vieil explorateur, mourant, vous lègue son terrible secret. C'est de vous désormais que dépend la survie d'une espèce unique: les grands oiseaux blancs d'Amerzone..."

L'Amerzone, également sous-titré Le testament de l'explorateur, est un jeu vidéo d'aventure en point'n click, sorti en 1999. Inspiré de la bande-dessinée du même nom - dont il se détache pourtant énormément - il s'agit du premier jeu vidéo de Benoît Sokal, alors uniquement auteur de bande-dessinée, et auquel on doit nottamment la série Canardo.

J'avais déjà tenté l'aventure Syberia - un autre jeu de Benoît Sokal, pour les ignares - il y a quelques années, et même si je n'en garde que de très vagues souvenirs, je me rapelle une expérience plutôt positive. J'ai alors eu envie de m'essayer à L'Amerzone, le premier jeu du bonhomme. Il y a quelques mois, j'ai finalement pu mettre la main sur un exemplaire d'occasion vendu par un particulier lors d'un vide-grenier. Ni une, ni deux, il a donc rejoint ma "petite" étagère vidéoludique.



Mais pourquoi donc que ce jeu me tente?


L'Amerzone, c'est le jeu qui sent l'artisanal, le fait-maison, un peu comme les gâteaux de votre grand-mère ou la cabane du fond du jardin construite quand vous aviez quelques dizaines (voire centaines) d'années de moins. Tu sens que l'auteur y a mis tout son coeur, pour pondre quelque chose à la fois de beau, jouable, avec une histoire qu'il a lui-même écrite, un truc à la fois personnel et qui plaira aux joueurs. Ici, on est loin des énormes productions triple A (et même des gros rouleaux compresseurs de l'époque) le jeu n'est pas inutilement ambitieux. Benoît Sokal a simplement la volonté de nous inviter à un voyage imaginaire dans lequel il a mis une part de lui-même. Et ça, déjà, ça me plaît. D'abord parce que le bonhomme est à la base dessinateur de bédé et qu'il teste d'autre médiums pour raconter ses histoires de manière différente (un gars polyvalent, quoi, et c'est plutôt sympa) , mais en plus parce que ça donne du charme au jeu, alors que je n'y ai même pas encore touché.

Quand je vois un superbe carnet de bord comme ça,
ça me donne des envies de voyage.
Evidemment, même si c'est pour moi un gros point d'or, mon intérêt pour ce jeu ne se limite pas à ça. Ce qui me tente, surtout, c'est ce parfum de voyage que promet L'Amerzone, le tout dans un bon vieux jeu d'aventures point'n click à l'ancienne comme on en fait plus vraiment. Depuis le temps, le jeu a ans doute vieilli autant graphiquement qu'au niveau du gameplay, mais de ce que j'ai pu en voir, il tient encore plutôt la route. Ce que j'apprécie surtout, c'est cette ambiance "carnet de voyage" qu'il promet. Quand j'étais (beaucoup) plus jeune, je jouais aux aventures de l'Oncle Ernest, une série de jeux PC dans lesquels la "carte" était en fait le carnet de bord du fameux Oncle Ernest. On y naviguait de page en page, afin de collecter des objets, résoudre des énigmes, etc. Le tout nous faisait voyager tout autour du globe dans des décors magiques. 
C'est ce côté-là, cette ambiance particulière, que j'aimerais retrouver dans L'Amerzone. Parce que j'aime jouer les explorateurs dans des contrées inconnues avec un joli carnet de bord à portée de main. Alors, quand on m'en fait la promesse, forcément, ça m'intéresse! Du coup, je m'y essaierai sans doute une fois que j'aurais un moment. 

Mais d'abord, Morrowind!



vendredi 5 décembre 2014

Le nouveau bilan du trimestre, il est frais, il est beau, il sent bon le sable chaud! [édition 03]

Salut les humains, comment ça va?
De mon côté, c'est correc'. Si on sent doucement que l'hiver s'impatiente, avec une polaire et une paire de gants, ça passe. Bon, ça n'empêche qu'on n'y voit pas à cinq mètres, et que quand je rentre en plein après-midi dans ma caverne, j'aime pas trop qu'il  fasse déjà nuit noire, mais on va pas trop chipoter non plus. Bref. Pour en revenir à des sujets plus intéressants...
Et encore, là, il fait beau!
Ça y est, le troisième trimestre de Deadly Dull vient de s'achever, et mine de rien, ça fait bientôt un an, les cocos! Un an de bêtises, de râlage en conserve, de racontage de vie, de chroniques insipides, bref, un an à vous pourrir les Internets - moins que je ne l'aurais voulu, toutefois, on ne peut pas tout avoir! Mais n'enfonçons pas trop vite les oignons dans la boîte à sucres  (ou quelle que soit l'expression) avant que ce premier anniversaire n'arrive, il nous reste tout de même encore trois mois.
(Allez, allez, je sais que c'est dur, mais calmez-vous. Tenez, vous pouvez aller faire un tour dehors si vous voulez, le froid mordant aura vite fait de vous faire retrouver vos esprits.)

En attendant, nous avons un trimestre à traiter.

Alors, que s'est-il passé sur Deadly Dull en septembre, octobre et novembre 2014?

Tout d'abord, une chose importante à noter, c'est que j'ai retrouvé un semblant de vie sociale en septembre. Oui, je sais, croyez-moi, j'en suis le premier fâché. Mais si je veux savoir faire de la bédé comme les pros, et gagner de quoi me sustenter et acheter mes bouquins, il faut bien que j'aille lorgner un peu du côté des autres humains... Je ne peux pas compter éternellement sur la forêt à ce niveau-là, c'est triste, mais bon. Je précise bien tout de même que le "un semblant" n'est pas là pour la frime, et niveau sorties, je me contente du strict minimum - on ne se refait pas! De toute manière, je n'ai pas trop le choix, étant donné la quantité astronomique de boulot que je me récupère au coin de la pomme...
Forcément, et même si j'ai réussi à rattraper le bateau avant qu'il ne coule, cela a un peu déteint sur le rythme d'écriture et de parution des articles. On note ainsi plusieurs périodes de rien, notamment trois semaines en octobre - du 5 au 26 - et deux fois deux semaines en novembre - du 1er au 15, puis du 15 au 25 - après un mois de septembre plutôt régulier et qui avait rempli son contrat à ce niveau-là. A vrai dire, cette "inactivité irrégulière" n'a pas seulement touché le blog, mais aussi mes activités à côté, puisque j'ai beaucoup moins lu, jeu-vidéé, et regardé que je ne l'aurais voulu.
Comme je le disais tantôt, j'ai tout de même réussi à réorienter le tir, ainsi c'est tout de même une petite quatorzaine (?) d'articles bien dodus qui a vu le jour en l'espace de ces trois mois.

Mais keskedonc qui a paru durant ces trois mois?

Hé bien, voyons cela de plus près... Nous avons donc:
(Comme d'hab', vous pouvez accéder aux différents articles en cliquant sur les machins.)

Pour ce qui est des lectures:
→ Le retour des avis express (alias Des lectures en vrac)
→ Une petite pause littéraro-apocalyptique avec La Route, de Cormac McCarthy
→ Un recueil de nouvelles de Kafka (Le retour de l'ami Kafka!)
→ L'Hiver des loups, le second tome de la série de romans jeunesse Garin Trousseboeuf (Rencontre sympathique avec un jeune enquêteur médiéval)
→ La Compagnie de la Foudre, le premier tome de la série fantasy Orcs (Forgés pour la guerre, mais pas pour la vaisselle, voici les peaux-vertes! - cherchez pas, je fais n'imp' avec les titres)
→ Les recettes de Nounou Ogg, un livre de cuisine très... Pratchettien. (Cuisine, dépendance et sorcières)
→ Le tome 4 (ou 6, tout dépend) de la Saga du Sorceleur, à savoir La Tour de l'Hirondelle (Retrouvailles avec un fameux guerrier mutant aux cheveux blancs - à savoir que cet article a bien dû traîner un mois et demi dans mes dossiers avant de paraître, si c'est pas malheureux...)

Des lectures aussi, mais plus "visuelles" (ou mangasse et bédé, pour simplifier) :
→ Des chroniques sur les tomes 1 et 2 de la série de bandes-dessinées Merlin, signée par Istin - entre autres (Chronique du tome 1 ici, Chronique du tome 2 par là)
→ De la bédé, encore, avec une chronique consacrée au dyptique bédé-esque Odin, signé Jarry et Seure-le-Bihan
→ Du mangasse, avec les derniers tomes d'Emma, de Kaoru Mori (Du thé, s'il vous plaît. Beaucoup de thé. Oh, et je voudrais lire en paix. - je ne vous cache pas que je me demande encore ce qui m'a pris pour ce titre-ci.)

Au niveau des challenges déjà en cours, j'ai pu enfin achever celui sur Kafka (en retard, mais chut) Mes lectures sur Odin et le Sorceleur m'ont également permis de véritablement entamer le Challenge Vikings, et celles sur le Sorceleur et Orcs ont fait avancer mon Challenge Dark Fantasy. Même si j'espérais avancer davantage, je suis tout de même satisfait à ce niveau-là. Toutefois, ce n'est pas tout, car je me suis également inscrit à 2 nouveaux challenges, à savoir:
→ Le Challenge légende arthurienne d'Auudrey (avancé grâce à Merlin)
→ et le Challenge Moyen-Âge de Hérisson (avancé grâce à Garin) 

Enfin, un petit article intrus est venu se glisser discrétos entre deux chroniques, à savoir:
→ A la réflexion, jamais je n'aurais dû y foutre les pieds, un article dans lequel je râle beaucoup et désespère une fois de plus du genre humain.

Qu'en est-il des achats du trimestre?

Hé bien il y a eu des choses. Plein de choses. Beaucoup plus que je ne l'avais prévu, parce que malgré mon budget serré - et ma radinerie exemplaire surtout - ma PAL monstrueuse qui ne cesse de s'agrandir jour après jour et ma bibliothèque qui commence doucement à déborder, je trouve encore le moyen de céder. Notons tout de même que je me suis limité à des lectures, cette fois-ci, parce que les films et les jeux vidéos, ça va bien cinq minutes, mais la pile de ceux que j'ai à terminer (voire à commencer, pour certains!) est suffisamment importante pour que je lui accorde la priorité. Je serai toutefois bien incapable de vous lister tous mes achats du trimestre, il y en a trop, la plupart sont déjà rangés, et étant donné que je n'ai pas tenu de liste (je devrais) je risque vite de m'emmêler les pinceaux. De toute façon, ce n'est pas ça qui vous intéresse, si?

Les choses à venir sur Deadly Dull

Outre les prochaines chroniques sur les lectures que je vais bientôt/je viens d'achever, je prévois de renouer avec la diversité que j'avais initialement prévue pour ce blog, et que j'ai un peu laissée de côté depuis juin environ pour me consacrer presque exclusivement à la chronique littéraire. Ce qui signifie que, si je contiuerai bien sûr à rédiger des chroniques sur mes lectures, d'autres types d'articles verront bientôt le jour. Parmi ceux en préparation, on retrouve ainsi du jeu vidéal et de la Japanimation. Ah, et vous vous souvenez - si vous y étiez - quand, au tout début du blog, j'évoquais rapidement les Sagas mp3? J'avais un projet de série d'articles, histoire de faire un dossier, que j'avais un peu rangé dans les tiroirs et oublié. L'idée n'est toutefois pas complètement abandonné, et je compte bien la ressortir prochainement pour enfin la concrétiser! Affaire à suivre!
Par ailleurs, et ils sont en tête sur ma liste de priorités, je prévois une autre série d'articles, sous forme de rétrospective, sur Saint Seiya. Si vous me connaissez un peu ou si vous êtes tombé sur quelques-uns des "anciens" articles, vous savez peut-être que je suis un gros fan de cette série. Bien sûr, tout ne me plaît pas dedans, loin de là, mais c'est un sujet que j'aborderai plus tard. La première partie de cette rétrospective sera une série d'articles consacrée aux films dérivés de la série (oui, je sais, je commence par le début) qui devraient tous adopter un plan-type déjà prêt, et tout. Je vous explique ça vite fait:

  1. Une première partie faisant office d'"introduction", avec le contexte et l'historique de la création, la fiche technique, le résumé, etc.
  2. Une seconde partie analysera la place des films dans la licence (qu'est-ce que le film apporte à l'univers, comment il se situe par rapport aux autres...)
  3. Une éventuelle troisième partie qui constituera en une petite analyse perso du film ou d'un point particulier. Cela dépend bien évidemment, entre autres, de mon inspiration et du degré d'intérêt. (en gros, s'il n'y a rien à analyser, cette partie peut tout à fait être absente.
  4. Ça par contre, pas moyen d'y échapper: je vous y offre gracieusement mon humble avis de vieux grincheux sur le film dont il est question.
Bon, en fait, ça ne vous intéresse peut-être pas de savoir ça... Et puis après tout, vous le constaterez bien par vous-mêmes quand ils seront publiés... Les deux premiers ne devraient pas tarder, d'ailleurs.


Sur ce, quittons-nous.

Bon, sinon, c'est pas tout ça, mais j'ai des choses à terminer, moi. Du coup, sans transition, je vous dis bonjoir, à la prochaine, et surtout, prenez bien soin d'vous-ôt'! Ce serait quand même dommage de perdre mes quelques rares lecteurs à cause d'une bête pneumonie!


dimanche 30 novembre 2014

Retrouvailles avec un fameux guerrier mutant aux cheveux blancs

La Saga du Sorceleur, tome 4: La Tour de l'Hirondelle, de Andrzej Sapkowski
Note: la numérotation concerne l'édition Bragelonne, celle que j'ai lue, qui est différente de celle en cours chez Milady, laquelle fait de ce tome le sixième, et non le quatrième (les deux volumes de nouvelles étant considérés comme des tomes à part entière)



Le sorceleur Geralt de Riv poursuit son périple vers le Nord pour retrouver la jeune Ciri avant qu'elle épouse l'empereur de Nilfgaard. Ses fidèles compagnons, Jaskier le barde, Milva l'archère, Régis le vampire et Cahir le Nilfgaardien font route avec lui. Refusant les lois de la Loge des magiciens, Yennefer décide quant à elle de faire cavalier seul pour sauver celle qu'elle considère comme sa fille. Tandis que les traîtres se dévoilent, les doutes sur la véritable destinée de Ciri hantent tous les esprits. Surtout qu'elle est aux mains d'un monstrueux chasseur de primes...
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"Ce ne sont pas les hommes mauvais et malhonnêtes qui plongent, oh non! Ceux-là, ils sont très déterminés et n'hésitent pas à faire plonger dans le gouffre les gens respectueux de la morale, honnêtes et nobles, mais maladroits, hésitants, et plein de scrupules."



Infos complémentaires:
Titre original:  Wieża Jaskółki (1997)
Série: La Saga du Sorceleur (Wiedźmin)
Traduction par Caroline Raszka-Dewez
Edition: Bragelonne (2010)
430 pages


La bouille de Watson l'auteur
C'est toujours avec un plaisir à peine dissimulé que je me replonge dans les aventures du Sorceleur Geralt - que ce soit en jeu vidéo ou en livre, d'ailleurs. Cela faisait pratiquement huit mois que j'avais terminé Le Baptême du Feu, il était donc temps que j'attaque la suite. J'avoue que j'ai eu un peu de mal à me remettre dans le bain, au début: il faut dire que le laps de temps ayant été plutôt important entre les deux lectures, j'ai dû me remémorer beaucoup de points que j'avais oublié, et La Tour de l'Hirondelle n'aide pas beaucoup, puisqu'on rentre directement dans le récit. Et puis finalement, le charme a opéré de nouveau, et mon addiction à la saga s'est réveillée d'un coup.  

Cela va sans dire, je suis toujours autant conquis par la plume de Sapkowski, qui parvient à me captiver même lorsqu'il ne se passe pas grand-chose. Sapkowski brouille les pistes, multiplie les points de vue et les intrigues, il va même jusqu'à ralentir l'action pour étoffer le background, bref, il s'amuse avec son lecteur, et il le fait ma foi fort bien! Il livre un récit sans temps mort - et non, je ne considère pas les moments de calme comme des temps morts - mené tambour battant du début à la fin. Il y a de l'action, mais pas trop, du suspense, des intrigues politiques, des anecdotes en tous genres, des relations qui s'étoffent, un méchant pas sympa, bref, de tout et en bien dosé.

Leo Bonhart, par JustAnoR
Plus que jamais cette fois, le récit est consacré à Ciri et à son devenir. On la retrouve ainsi opposée à un chasseur de primes plutôt sadique nommé Bonhart, qui ferait passer Boba Fett pour un enfant de choeur. Ce dernier fait figure d'adversaire redoutable face à la jeune fille, et j'ai adoré le détester. Triss et Yennefer ont également droit à une apparition le temps d'un long chapitre, dont le dénouement laisse présager de la suite.

Du côté de Geralt, le groupe poursuit sa quête. On ne s'attarde pas beaucoup sur eux - contrairement à Ciri - ce qui peut parfois donner l'impression que leur aventure stagne un peu. Sapkowski se concentre en fait surtout sur la vie de groupe, qui suit tranquillement son cours. Une nouvelle venue fait d'ailleurs son entrée, une jeune fille péchue nommée Angoulême, qui n'a pas sa langue dans sa poche mais qui m'a beaucoup plu. J'adore toujours autant Régis le Vampire et ses réparties, et si j'ai parfois un peu de mal avec Jaskier, le pauvre barde me plaît de plus en plus.


Par ailleurs, le personnage de Cahir, le jeune Nilfgaardien, que je n'appréciais jusqu'ici pas des masses, a lui aussi finalement trouvé grâce à mes yeux dans cet opus. Il est même parvenu à me toucher, par moments, et j'ai beaucoup aimé le duo qu'il forme pour un court laps de temps avec Geralt. Une espèce d'étrange relation quasi-silencieuse se tisse entre ces deux-là, un mélange indescriptible d'amitié, de répulsion, de crainte et de respect mutuel, qui a quelque chose de fascinant et d'émouvant à la fois. Deux hommes de la même trempe, des guerriers, à la fois semblables et très différents, peu loquaces, mais à l'objectif similaire, qui peinent à se comprendre mais cherchent malgré tout à se rapprocher l'un de l'autre. C'est finalement assez dommage que l'on ne s'attarde pas davantage sur leur duo, qui aurait gagné à avoir plus de temps d'antenne.

Un jouli n'artwork réunissant Ciri et Cahir, intitulé "An unfulfilled dream", signé ellaine

Mais le vrai couple-phare de ce tome, c'est celui formé par le vieil ermite Vysogota et Ciri. Vysogota m'a plu, normal, c'est un collègue. Quant à Ciri, plus vraiment adolescente, mais pas tout à fait adulte, elle a à lui opposer toute la fougue de sa jeunesse. La jeune princesse rebelle et pleine d'énergie, le vieil homme désabusé qui a fui son ancienne vie; deux personnages en totale opposition que le destin a amenés à se
Les adieux de Vysogota et Ciri (steamey)
rencontrer. C'est un réel plaisir que de les voir se disputer pour un rien, s'envoyer des piques, ou tout simplement au coin du feu, en train de se raconter des histoires, comme un grand-père et sa petite-fille. Ça peut certes paraître un peu "cliché" comme duo, mais moi j'affectionne beaucoup ce genre de relation dans les récits, qui ont le don de m'attendrir comme un caramel un peu trop mou. Par ailleurs, Ciri arrive assez tôt dans le marais où vit Vysogota, et ne le quitte que très tard: donc même si l'histoire est entre-coupée par le récit que fait la jeune fille de tous les évènements qui l'y ont amenée et l'avancée du groupe de Geralt, leur relation a le temps de s'étoffer amplement.

Dans un registre différent, l'autre élément qui m'a marqué dans ce tome, c'est l'aspect politique qui est encore plus présent ici - on sent venir les complots et grosses confrontations finales! - et je dois dire que c'est loin de m'avoir déplu, même si l'absence de carte officielle rend le tout parfois difficile à suivre, puisqu'il faut constamment garder à l'esprit la disposition de tous les pays par rapport aux autres et les relations entre tel ou tel personnage important dont parfois seul le nom est cité. J'attends en tout cas de voir comment les choses vont se dérouler à tous les niveaux - la façon dont les Royaumes du Nord vont contrer Nilfgaard, le devenir de Ciri et Geralt, la fin de l'Arc Yennefer/Triss... C'est donc avec plaisir et sans doute très bientôt que je m'attèlerai à la suite, mais aussi la fin, de la Saga. La fin d'une aventure littéraire, que j'aurais suivie pendant près de deux ans et demi, et dont le terrain est parfaitement préparé par cet opus.

La bande de Geralt (Veganya) Allez, sorceleur, arrête de
faire la tronche et viens manger un morceau!

Bilan des courses


J'ai tout simplement adoré ce tome! Passé le petit temps d'adaptation nécessaire, dû au trop important laps de temps avec la lecture du tome précédent, j'ai retrouvé avec plaisir la plume de Sapkowski, son univers et ses personnages, pour une nouvelle aventure haute en couleur, avec action, intrigues et tout le tintouin. Sans doute la dilution de l'intrigue et le ralentissement de la quête de Geralt au profit de Ciri et de l'étoffement du background et des relations entre les personnages ne plaira-t-il pas à tout le monde, mais moi, une fois de plus, j'y ai trouvé mon compte. Monsieur Sapkowski, merci je suis conquis!


(Je ne résiste pas à l'envie de vous mettre un autre artwork que j'ai trouvé) 
Ciri speaks with Vysogota, par Miriamele Tremere
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Si la série peut évidemment être classée en "Dark fantasy", on note également de nombreuses références nordiques; mais surtout, un long passage - environ un bon dixième du tome! - avec Triss et Yennefer se déroule sur les îles Skellige, dont la culture est clairement basée sur celle des norrois (ou les vikings, si vous préférez). Cela me permet donc de faire concourir cette chronique non seulement pour le Challenge Dark Fantasy de Zina, mais également pour le Challenge Vikings du Vampire aigri!




Cuisine, dépendance et sorcières

Les recettes de Nounou Ogg, de Terry Pratchett


Nounou Ogg, l'une des plus célèbres sorcières du Disque-Monde, publie une sélection de sa vaste collection de recettes parmi les plus savoureuses. Mais au-delà des délices de la " Branlante aux fraises " ou du " Poudingue de l'araignée de la maman de Chicard ", Madame Ogg partage ses pensées sur la vie, la mort, les convenances (" Si vous allez aux obsèques des autres, alors ils feront en sorte de venir aux vôtres "), la séduction, les enfants et le mariage, et ce dans un style raffiné qui ne pourrait offenser même la plus délicate des âmes. Ou pas trop. Avis au lecteur : la plupart de ces recettes ont été goûtées par des gens qui sont encore vivants...
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"Si vous produisez de la bière, elle se conservera bien si quelques chopes ont été portées à la sorcière locale. Elle sera trop polie pour refuser."
Infos complémentaires:
Titre original: Nanny Ogg's Cookbook (1999)
Illustrations de Paul Kidby
Traduction par Jacques Collin
Edition: Pocket - Fantasy (2014)
200 pages



Gytha "Nounou" Ogg a ressorti sa vieille plume du placard! Après les interdits de vente Les plaisirs de la chère et Les histoires de la Mère l'Ogg pour les Petites gens (anciennement publiés chez JHC Biqueberger, maison d'édition, Ankh-Morpok), voilà qu'elle nous propose un livre de cuisine des plus... particuliers! Toutes les personnalités du Disque-Monde - ou au moins d'Ankh-Morpok - ou au moins une partie - ont cette fois-ci accepté de collaborer (il faut dire que la vieille sorcière sait se montrer très persuasive) pour livrer leurs recettes les plus fameuses, de la banane du bibliothécaire au sandwich au fromage de Léonard de Quirm, sans oublier le curry Klatchien de la famille Colôn (garanti sans curry!) et la très célèbre et indispensable "branlante aux fraises".*

La couverture anglaise, qui fait
davantage "vieux livre de cuisine"
Le pire dans tout ça, c'est que ce sont de vraies recettes! Enfin, évidemment qu'elles sont vraies, par définition, une recette est une recette. (Merci Captain Obvious!) Mais la plupart sont des recettes de trucs bons. Ou au moins mangeables.** Essayez tout de même d'éviter de tester le Vindaloo de rat, et la tourte aux fruits de Bougre-de-Sagouin Jeanson, qui nécessite plusieurs tonnes de farine et un parking entier si votre maison n'est pas suffisamment grande pour y faire entrer le plat. Personnellement, je préfère une clairière, mais ça c'est parce que j'habite en forêt.
C'est toujours un réel plaisir en tout cas que de retrouver l'humour Pratchettien, surtout lorsque le "narrateur" est cette fois l'un de ses propres personnages - à savoir la fameuse sorcière Gytha Ogg, du pays de Lancre! Bien entendu, Nounou Ogg oblige, les sous-entendus en tous genres sont légion - et ce malgré le gros travail de "ratiboisage" effectué par Messieurs Minerve, prote, et Biqueberger, éditeur, assisté de sa femme dont les gloussements sont un très bon indicateur. Ne faisons pas non plus l'impasse sur l'indispensable guide de savoir-vivre fourni à la fin, qui livre des commentaires de l'auteure sur sa vision très particulière des bonnes manières, de la tenue en société, de la vie, du mariage, de la mort, bref, ce genre de choses dont on se passerait volontiers si l'on n'était pas soi-même vivant.

Quelqu'un s'est visiblement essayé à une recette naine
à base de rats en sauce...
Sacré personnage en tout cas que Nounou Ogg, entre sa bonne humeur permanente, ses anecdotes inutilement indispensables sur l'ancien temps, les coutumes, la vie et les jeunes de nos jours, son application constante du fameux proverbe "faites l'amour, pas la guere, sauf s'il y a un buffet garni après", et sa conception très... Lancrienne (on va dire ça comme ça) de la bonne conduite! Pour ma part, si je l'apprécie beaucoup, je trouve tout de même que les personnages de Terry Pratchett fonctionnent beaucoup mieux lorsqu'ils sont en groupe - la bande des Mages de l'Université Invisible, et le trio des sorcières de Lancre en sont selon moi les meilleurs exemples - puisque tout repose sur leurs interactions. A ce titre, les quelques notes de communication entre Biqueberger et Minerve parsemant le bouquin - et concernant, entre autres, les ennuis financiers de l'éditeur ou les passages auxquels sa femme a gloussé - font figure de compensation réjouissante à ce "manque d'interactions".
Toutefois, le fan de Pratchett ne pourra que se réjouir et se retrouvera vite en terrain connu: l'ouvrage est en effet bourré de références aux Annales, chaque personnage a droit à une "apparition indirecte" par le biais des recettes, du manuel de savoir-vivre indispensable ou des illustrations de Paul Kidby, et ça, ça fait plaisir au fan! Enfin, évidemment, c'est avant tout un ouvrage qui s'adresse au connaisseur/amateur, les autres y verront juste un livre de cuisine écrit bizarrement avec des images qui semblent n'avoir rien à faire là... Ils pourront toujours s'essayer aux recettes ou apprécier l'humour, mais forcément, le mieux est d'être familier avec l'Univers du Disque-Monde pour pouvoir le savourer pleinement.

(Oh, et puis en plus, on a droit à touuut plein d'illustrations de Paul Kidby à l'intérieur, et ça, c'est super! C'est juste dommage que cette première édition française n'ait pas choisi une charte graphique proche de l'édition anglaise, pour lui donner davantage un côté "livre de cuisine")

Bilan des courses


Un recueil de recettes improbables qui ravira le fan de cuisine et de l'oeuvre de Pratchett. L'humour est au rendez-vous, pour un joyeux festival d'absurdité et de nonsense propre à l'auteur, superbement illustré par Paul Kidby. L'expérience se poursuit avec le manuel de savoir-vivre, encore plus drôle que les recettes, à défaut de pouvoir être appliqué (à moins que vous ne craigniez pas d'être placé sur la liste noire de tout le pays pour les quinze générations à venir) Il en ressort un tome "hors-série" indispensable pour tout fan de l'univers du Disque-Monde qui se respecte! Un régal!

Respecte le pouvoir de la barbe Pratchettienne!

*Je vous l'aurais bien montrée, d'ailleurs, mais il paraît qu'il y a des jeunes qui passent ici... Du coup, je vous laisse chercher par vous-même.
**Enfin, je ne les ai pas encore testées - ça ne saurait tarder! - mais je m'y connais un minimum en cuisine, du coup je sais à peu près reconnaître un machin qui fonctionne, d'un autre qu'il vaudrait mieux éviter - sauf si la vieille et richissime tante Octavie-Micheline-Adélaïde est invitée à la réunion de famille, auquel cas le second défi sera de réussir à lui faire modifier son testament avant de passer à table.
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mardi 25 novembre 2014

Du thé, s'il vous plaît. Beaucoup de thé. Oh, et je voudrais lire en paix.

Emma, tomes 4 et 5 (édition intégrale), de Kaoru Mori (manga)
Note: j'ai un don pour trouver des titres parfaitement appropriés au contenue de mes articles.



Infos complémentaires:
Titre original: エマ (Emma)
Série: Emma (5 double-tomes/10 tomes "simples")
Série finie, 2002-2008
Traduction par Yohan Leclerc
Edition: Ki-oon, collection Latitudes (2014)
Nombres de pages: 477 (tome 4) - 447 (tome 5)



Aaawwwwh...
Kaoru Mori est une auteure que j'adore. Chacune de ses pages respire la passion. Son trait fin et détaillé, ses personnages attachants, ses histoires simples mais touchantes, ont su me conquérir, et c'est toujours avec un réel plaisir que je relis ses oeuvres, qui font d'ailleurs sans conteste partie de mes lectures préférées. Avec Emma, elle nous invite à un voyage dans l'Angleterre de la fin du XIXe. Emma, une jeune femme de chambre, et William Jones, fils aîné d'une grande famille bourgeoise, s'éprennent l'un de l'autre malgré leurs rangs sociaux diamétralement opposés. Mais évidemment, en pleine époque victorienne, une telle relation n'est pas du goût de tout le monde... On suit donc les pérégrinations des deux personnages, d'abord dans l'évolution de leurs rapports, puis face aux contraintes de la société. Le tout dans une ambiance typiquement victorienne, des grandes rues de Londres, aux couloirs sans fin des manoirs de campagne, sans oublier les bals, les voyages en train à vapeur, les petits villages du bord de mer et bien entendu, des visites obligées au Crystal Palace. En résumé, un joli voyage dans le temps, ponctué par de nombreuses rencontres avec des personnages attachants et hauts en couleurs.

Un joli fanart plein de couleurs signé Waprom
Si j'avais bien aimé, mais sans plus, les deux premiers double-tomes de cette nouvelle édition, je suis en revanche complètement tombé sous le charme d'Emma à partir du troisième. Avec ces deux derniers tomes, c'est toute un périple qui s'achève. C'est donc avec regret que j'ai quitté mes personnages le dernier chapitre achevé, avec toutefois le sentiment d'avoir pris part à une fantastique aventure. Ces deux tomes sont toutefois un peu particuliers, dans le sens où ils sont essentiellement consacrés (60 à 75 pourcents je dirais) à des chapitres "bonus" centrées sur les personnages secondaires, et donc sans rapport direct avec la trame principale. Et je dois dire que j'ai tout simplement a-do-ré! A la fois drôles et touchantes, ces petites histoires  sans prétention permettent d'enrichir ces personnages attachants, qui sont l'une des deux grandes forces de la série - l'autre étant justement ces histoires toutes simples, sans chichi, qu'elle arrive à rendre passionnantes. Gros coups de coeur, sans hésiter, pour les différentes histoires consacrées aux domestiques de la famille Mölders ainsi qu'au double-chapitre sur les chanteurs d'opéra!

Il y a même une histoire consacrée à l'écureil de compagnie du
jeune fils Mölders - si ça c'est pas du bonus qui déchire!
Finalement, avant qu'on ne les quitte, tout ce petit monde se réunit une dernière fois pour un beau final en grande pompe autour du buffet de mariage de William et d'Emma (parce que c'est la nourriture et l'alcool qui permettent de rassembler les gens, quoiqu'on en dise), un long passage magnifique où tout le monde fait une apparition - sauf ce vieux gâcheur de Campbell, qui a coupé tout lien avec les Jones... - et qui conclut parfaitement la série en prenant bien son temps - et moi, vous le savez, j'aime les trucs qui prennent leur temps. Le seul regret que j'ai avec cette conclusion, finalement, c'est que j'aurais aimé en (sa)voir plus sur la période précédant le mariage d'Emma et Jones, la vie chez Mme Trollhope, "l'apprentissage" d'Emma... parce qu'il s'écoule bien plusieurs années (au moins 3 ou 4) entre les noces et son apparition précédente... Enfin bon, de toute façon, j'aurais aimé avoir plus de tout, c'est ça l'ennui avec les gâteaux bien trop excellents: on a envie d'en reprendre, mais il n'y en a déjà plus, soit parce qu'il n'y en avait déjà pas beaucoup à la base, soit parce que votre frère s'est incrusté pour le déjeuner et qu'il s'est empiffré sans vous laisser une seule miette.

En tout cas, visuellement, c'est toujours aussi réussi. L'édition "intégrale" permet entre autres de profiter en grand format des superbes planches de Kaoru Mori, soignées, fines et bourrées de détail. Les décors fidèlement retranscrits semblent prendre vie aux côtés des personnages, c'est un vrai régal pour les yeux! Dommage pour les couvertures par contre, qui pâtissent vraiment de la charte graphique de la collection... Et puis pas de pages couleurs, non plus. Tant pis!

C'est vraiment dommage qu'on n'ait pas d'illustrations couleur, parce que vu  le niveau
de skill de Kaoru Mori, ça déchirerait la rétine à coup de bulldozer.

Bilan des courses


Deux très beaux double-tomes pour conclure brillamment l'autre série-phare de Kaoru Mori, qui ne cessent de me rappeler pourquoi j'adore cette auteure. C'est beau, c'est drôle, c'est émouvant mais pas mièvre pour un sou, bref, c'est génial. Une série dont je me rappellerai longtemps, et que je relirai avec plaisir.

Honte sur moi, c'est seulement à la lecture des bonus du tome 4 que j'ai appris qu'il existait un anime adapté d'Emma - qui est moins joli que le mangasse mais a une BO sympa. A vrai dire, je ne l'avais même pas soupçonné, étant donné que l'autre grosse série de Kaoru Mori (Brides Stories) n'a pas encore fait l'objet d'adaptations... (et c'est là qu'on m'apprend dans les commentaires qu'il existe une comédie musicale live et six eroge sur Bride Stories...)

Conclusion du machin

Lisez Emma. Emma, c'est Bien.