mercredi 29 avril 2015

Pause tortu... lecture - défilé de mauvaise foi, magie chamanique et coucheries dans tous les coins.

Les Mystères de Saint-Pétersbourg, de Christian Vilà


Un rituel magique est à l’origine de la Révolution d’octobre...  
Pour Éfim Stoïkov, jeune chaman sibérien, tout commence à Barabinsk, son village natal. Une vieille femme à l’agonie lui confie la garde d’une mystérieuse créature qui lui ouvre la voie vers le Pays Violet, le monde des esprits. Ayant survécu aux premières épreuves de l’apprentissage chamanique, il émigre vers Saint-Pétersbourg. 
Dans la capitale tsariste, où la police dispose d’alliés surnaturels, où complots politiques et combats de sorciers font rage dans les bordels et les palais, Éfim achève son initiation et subit le joug des terrifiantes Reines-Sorcières, qui se livrent une guerre secrète dans les coulisses de l’Histoire.  
Sa route va croiser celle de Raspoutine, qui lui a été désigné pour ennemi. Mais derrière le moine maudit se cache un Ennemi plus redoutable encore : le Prince des Nocents, souverain occulte de la cité. Pour vaincre, Éfim devra franchir les Seuils Violets qui palpitent dans l’horizon du monde des esprits, et où affluent les âmes des soldats morts dans les combats de la première guerre mondiale. En ces lieux singuliers vont se jouer son destin... et celui du siècle.


      Infos complémentaires:
      Origine: France
      Edition: Bragelonne (2003)
      320 pages


Don't judge a book by its cover, dit un célèbre proverbe anglais. L'expression me paraît parfaitement appropriée à la situation présente, au sens figuré comme au sens littéral. Je me permettrai même de la compléter un peu: Don't judge a book by its cover and its plot summary. Il m'est certes déjà arrivé de tomber dans les filets d'une superbe édition mais me faire embobiner à ce point, ça, jamais. Voilà bien longtemps que je n'avais pas connu une telle déception. Je me demande même si ce n'est pas la plus grande que j'aie jamais rencontrée... Oh, certes, j'en ai connu des ignominies bien pires, des horreurs qu'on oserait à peine qualifier d'oeuvres, des films mauvais à en vomir, des livres détestables, des jeux médiocres, et même des trucs pas forcément ratés, mais que tout le monde aime sauf moi. Mais en général, dès le début - non, avant, même - je sens bien que quelque chose ne va pas. En général, le bouquin ne me fait pas l'affront de me faire miroiter monts et merveilles avant de me cracher à la gueule tout en arrachant son masque avant de pousser un rire machiavélique qui ferait frémir Chrisopher Lee.

La couverture de la dernière édition,
qui a quand même de la gueule, disons-le!
Pourtant, ça augurait plutôt du bon. Si je trouve la couverture sympathique sans plus (je préfère largement celle de la dernière édition!) le résumé m'avait en revanche mis l'eau à la bouche! Il promettait entre autres une intrigue mêlant mystères, mysticisme, magie et politique. Mais à vrai dire, c'est surtout le contexte historique qui m'intéressait - la Révolution d'Octobre. Je m'attendais à une réécriture intelligente mêlant habilement Histoire et Fantasy, avec de surcroît une mythologie russe peu couramment utilisée. De fait, j'ai ouvert le livre sans aucune apréhension, des rêves plein la tête, et le sourire aux lèvres.
Dès le début, en réalité, les choses ne se sont pas déroulées exactement comme je l'avais prévu: la plume de l'auteur ne me convainquait pas, et j'avais du mal à trouver de l'intérêt à ce que je lisais. Il faut dire que l'enfance d'Efim, notre personnage principal, est loin d'être le passage le plus mouvementé - enfin, quand on voit ce qui suit, on se dit que finalement... Le narrateur - Efim himself! - se contente d'y raconter ses jeunes années comme il l'aurait fait dans des mémoires, avec un certain détachement qui se ressent dans l'écriture, et de se fait lors de la lecture. Du coup, je me suis un peu ennuyé durant ces passages, j'avais du mal à continuer, mais j'ai tout de même persévéré. "Ce n'est que l'introduction, après tout!", me disais-je, espérant que la suite serait plus palpitante. 
Mais s'il est vrai que le narrateur s'implique davantage dans le récit par la suite, les prémisses des problèmes qui plus tard se révèlent dans toute leur splendeur commencent déjà à poindre: la nature du personnage principal, et surtout le choix de la narration à la première personne. L'auteur est parvenu à "gary-stu-iser" son héros, et ce même gamin... Etait-il nécessaire d'en faire autant sur ses particularités physiques, surtout quand celles-ci ne sont d'aucune utilité pour la suite (alors qu'il y avait moyen d'en faire quelque chose) - nottamment ses yeux "si uniques, ohlàlà!"? Avait-on besoin tout le temps de la ramener sur son caractère soi-disant "spécial" - d'ailleurs, il faudrait qu'on m'explique en quoi? Non, il faut absoooolument qu'il soit unique en tous points, aussi bien physiquement que dans son histoire, pour montrer à quel point c'est un personnage faaaantastique. Il ment aussi bien qu'un pied de chaise, mais le tsar lui-même le félicite pour ses boniments. Il était un véritable cancre à l'école, mais c'était uniquement sa volonté, car lorsqu'il décide de s'y mettre sérieusement, il parvient sans effort à surpasser le maître dans tous les domaines, même ceux qu'il ne lui a jamais enseignés. Il est tellement innocent mais attirant à la fois que tout le monde veut coucher avec lui - aussi bien les damoiselles que les damoiseaux -  et une fois sur deux, ça marche. Mais comme il est innocent, bien sûr, ce n'est jamais de sa faute, c'est lui la victime dans l'histoire. 

Un chaman sibérien, photo datant de la fin du XIXe
Pour résumer, l'auteur fantasme du début à la fin sur son personnage, ce qui est tout bonnement insupportable. Et pour ne rien arranger, j'en arrive au second point: le choix d'une narration à la première personne. Alors certes, ça ajoute peut-être une dimension "récit autobiographique" à l'histoire, mais ça mine également encore plus l'attachement et l'identification au personnage, qui étaient déjà bien mal en point. Surtout que, Efim étant une projection littéraire des fantasmes de l'auteur, j'avais constamment l'impression qu'il se mettait en valeur sans arrêt, le tout teinté de fausse modestie, ce qui ne le rendait à mes yeux que plus égocentrique, orgueilleux et arrogant. Et s'il y a bien un type de personnages que je déteste par-dessus tout, ce sont les égocentriques orgueilleux et arrogants - si ce sont de faux gary-stus, en plus, c'est l'apocalypse assurée.

"Ce ne sont que les prémisses", vous disais-je, et pourtant, voyez à quel point j'ai déjà déversé ma bile... C'est dire à quel point ça s'aggrave par la suite... Parce qu'effectivement, les choses sérieuses ne font que commencer, lorsqu'Efim arrive enfin à St Petersbourg. A ce moment-là, je m'imaginais encore naïvement qu'on en viendrait assez vite à la joute avec Raspoutine, puis à la fameuse Révolution promise, dans laquelle la magie chamanique jouerait un rôle important. Malheureusement, il n'en est rien. 
Pendant deux cent pages, on se contente ainsi de suivre la vie d'Efim à la capitale tsariste, à la découverte de la société magique et de la guerre intestine qui s'y déroule. Il est du coup vraiment dommage qu'on en apprenne finalement si peu sur cette société, et qu'on ait finalement qu'un aperçu plus que limité de cette lutte de pouvoir, qui était pourtant un aspect bien plus intéressant que les journées médiocres du paltoquet qui nous sert de personnage principal. Choix étonnant de la part de l'auteur: pourquoi avoir pris la peine d'imaginer autant d'éléments de background, pour finalement les utiliser si peu que certains sont à peine mentionnés? Trouvait-il son personnage si génial qu'il a préféré se concentrer uniquement sur lui, au détriment de son univers? Cela en valait-il vraiment la peine, quand on voit le résultat?

Car, croyez-le ou non, chaque chapitre trouve le moyen d'enfoncer le clou un peu plus. Pas un pour racheter l'autre. J'ai même failli à un moment de ma lecture balancer le livre et lui sauter dessus à pieds joints, ce qu'après m'avoir à ce point craché au visage, il aurait bien mérité. Et je l'aurais fait sans l'ombre d'un doute si je n'avais pas été dans le métro à ce moment-là. Mais, je m'égare, pardonnez-moi.

Dans cette partie à Saint-Petersbourg, le périple d'Efim l'amène à rencontrer différents membres de la société magique et chamanique, et à ce moment-là, le bouquin change complètement de bord, en passant du récit initiatique maladroit au récit érotico-harem maladroit. C'est sûr, ça a l'air alléchant, dit comme ça, mais je vous rassure tout de suite, il n'en est rien. Chaque chapitre n'est qu'une nouvelle série de prétexte destinée à mettre Efim en avant, et il est siiii attirant que même si c'est encore un gamin, toutes les femmes se sentent soudainement des cougars dans l'âme et en pincent pour lui. Même les lesbiennes. Même celles qui ont déjà quelqu'un. Et même certains hommes, à bien y repenser.

Saint-Pétersbourg, en 1900. Il est dommage que le livre soit si avare en descriptions,
tout le monde n'est pas familier  avec la vieille capitale tsariste.

Et tout ce qu'on voit du conflit magique se résume à ça: des coucheries. On passe son temps à alterner entre des anecdotes sans intérêt sur la vie d'Efim, des voyages bizarres dans le monde des esprits, et Efim qui se fait draguer à droite ou couche à gauche. Des fois c'est avec une sorcière, histoire de nous faire croire qu'il y a une quelconque notion d'enjeu, mais en fait non. On se croirait dans un mauvais eroge. Inutile également de préciser que lors de sa première fois, loin de susciter les gloussements d'otarie de sa partenaire à la suite de ses pitoyables compétences en la matière, il est déjà un dieu du sexe. Le pire, c'est qu'il trouve aussi le moyen de jouer les martyrs, en disant qu'"il est tellement une victime de ce qu'il se passe", alors que visiblement il ne fait volontairement rien contre, et même en redemande. Ouais, sacré martyr, hein. Jésus peut aller se rhabiller.
Non mais sérieusement... Tu parles d'un héros! Le gars est investi d'une mission de la plus haute importance, on lui refile pour ça un héritage chamanique d'une puissance incommensurable, ses actions peuvent potentiellement influer sur la situation géopolitique de la Russie toute entière, et lui, sa seule préoccupation, c'est de savoir avec qui et quand il pourra coucher la prochaine fois. Le gars ne "réfléchit" vraiment qu'avec ses parties, c'est insupportable... Quand je vous disais qu'on était passé à de l'"érotico-harem", je n'exagérai pas! C'est ÇA Les Mystères de Saint-Pétersbourg! Du sexe maladroit, des orgies, du flirt, de la perversion pas dérangeante. Et il y en a pour tous les goûts! Du sexe lesbien, gay, de l'orgie, du maître-élève, du cougar-gamin (souvent), du "romantique", de l'"adultère", du SM, sans oublier du presque-viol, du presque-inceste, et même de la presque-zoophilie! Faîtes votre choix! Personnellement, j'ai eu ma dose au bout de la première fois. Surtout que ce n'est même pas écrit de façon jouissive, comme si l'auteur n'assumait même pas ce virement total de l'intrigue. J'en veux pour preuve la tentative de justification foireuse au fait qu'Efim soit autant porté sur la chair, alors qu'il est un chaman, je vous rappelle - le côté spirituel, l'élévation de l'âme, tout ça...
Raspoutine, surnommé "le moine fou", 
et supposément le grand méchant de l'histoire...

Au bout d'un moment, tout de même, l'auteur se souvient qu'il a une intrigue à faire avancer, et après deux cent pages, on fait enfin la rencontre de Raspoutine, qui n'est finalement pas bien méchant. Oui, Raspoutine. Celui qui d'après le résumé, est considéré comme l'un des grands enjeux de l'intrigue, avait jusque là à peine été mentionné. Et le bonhomme dure à peine cinquante pages. Est défait dans un combat "final" minable, sans aucun enjeu ni intérêt. Et le pire, c'est que la seule raison qui pousse Efim au combat, c'est la jalousie. Parfaitement. C'est uniquement pour satisfaire sa libido, et non pour accomplir sa tâche et potentiellement sauver le monde qu'il tue Raspoutine. Le grand méchant- je ne parle même pas de l'"Ennemi plus redoutable encore", le Prince des Nocents, sinon je risque de m'énerver... - d'après le résumé, qui dure tout juste à peine  cinquante pages, et dont le rôle est réduit à celui du perdant d'un duel de mâles en rut. Et du coup, sa disparition n'implique rien, pas d'enjeux, pas d'objectif à accomplir, rien. C'est juste un combat comme un autre, comme on aurait pu en voir à la pelle dans le roman si l'auteur avait choisi de s'attarder dessus. Ce qui aurait pu être un climax s'essouffle comme un ballon de baudruche. J'insiste sur ce point, pour que vous compreniez bien à quel point ce résumé est une escroquerie. J'attends d'ailleurs toujours de savoir quel est ce fameux "rituel magique" qui serait à l'origine de la Révolution d'Octobre.

Ah oui, et tant qu'on y est, la fameuse Révolution d'Octobre, non seulement mise en valeur par le résumé, mais aussi par l'illustration de couverture... soixante pages à la fin, à tout casser. C'est dommage, parce que même si les défauts du reste du roman sont toujours présents, on y entrevoyait enfin vraiment une histoire de machination politiques, la guerre intestine de la société magique, et même un passage avec de l'action qui dure plus d'un paragraphe. Il est du coup regrettable qu'en plus d'être trop court, l'auteur ai choisi de mettre dans ses chapitres l'accent sur la grande orgie de dix jours qui dure à Saint-Pétersbourg et la vie de couple de cet imbécile d'Efim. De fait, même si ce long épilogue est loin d'être aussi mauvais que le reste du récit, il n'en demeure pas moins une nouvelle occasion ratée de la part de l'auteur de réussir à faire quelque chose de son histoire.

Pierre Ier le Grand, Empereur de Russie, serait le véritable "méchant" du livre.

Bilan des courses


Je sais que j'ai pas mal déversé ma bile dans cet article, peut-être même plus que nécessaire. Au fond, ce n'est peut-être pas un si mauvais livre que je l'affirme - malgré tout je reste persuadé que même objectivement, il est loin d'être bon. Mais il est tellement à des années-lumière de ce qu'il prétendait être que forcément, la déception n'en a été que plus grande. Sérieusement, si j'avais voulu une histoire erotico-pornographique avec des sorcières sur un fond historique sans intérêt, j'aurais choisi Youporn ou hentai.net. Pas Les Mystères de Saint-Pétersbourg.


Les "mouaif" du bouquin:
→ Un résumé sympathique
→ Une mythologie et un système de magie peu couramment utilisés
→ Un contexte historique théoriquement intéressant
→ Il ne m'aura coûté qu'une piastre (acheté d'occase)








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Les "p****n mais non les gars!" du bouquin:
→ Un mauvais héros, détestable et imbuvable
→ Des personnages insipides
→ Une "intrigue" sans intérêt
→ Une plume ennuyeuse
→ Un univers très mal - voire pas du tout! - exploité
→ Aucune notion d'enjeu
→ Des occasions ratées de faire quelque chose de l'univers et des personnages, de mettre de l'action, de l'émotion, ce genre de choses.
→ Une série de prétextes destinés à mettre du sexe "à toutes les sauces sur le tapis"
→ Un résumé et une couverture plus que mensongers - une véritable escroquerie!







2 commentaires:

  1. Aouch, j’avoue que j’aurais été piégée par la couverture aussi de la dernière édition, sans compter que le contexte m’aurait piégée aussi : la Russie, de la magie, le début du XXème siècle… Mais si l’auteur s’englue dans les clichés et ne décrit même pas Saint-Pétersbourg qui est la ville tsarine, une des plus belles du pays, c’est quand même dommage ! Choisir une telle ville, c’est pour un certain intérêt dans le décor, quoi… :/

    Hum… Je le piquerai à la bibli’ si je le trouve et je m’y risquerai peut-être… Enfin, si je ne l’efface pas de ma mémoire dès demain !

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    1. Si c'est l'aspect mélange historique/magie-fantasy qui t'intéresse, effectivement, tu risques d'être bien déçue! Personnellement, je m'attendais à un truc un peu à la Pevel, et au final... Bon, ben voilà quoi! :-/

      Après, je pense qu'il sera difficile d'être aussi déçu que je l'ai été, mais je te déconseillerais tout de même de tenter l'aventure! ^^"

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